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«Projet? Vie en groupe, en plein air, dans des roulottes individuelles autour de lieux communs (sanitaires, cuisine, salon). Pourquoi?
Nos moyens financiers et surtout un rejet du quotidien conventionnel nous ont fait prendre un choix décisif de mode de vie: en collectivité dans le respect de chacun, l'égalité, la communication et avec des buts communs.» Ces intentions sont celles du Collectif ex-Haro & Co. Squatters plusieurs fois évacués, ils ont décidé d'expérimenter un quotidien différent, nomade pour l'instant –le temps de trouver un terrain où poser leurs maisons (lire ci-dessous).
Dans sa roulotte –petite table en bois, bibliothèque étoffée, chambrette derrière des rideaux–, Maurice* explique qu'il a accepté de répondre aux questions parce qu'il ne veut plus «se défiler», mais qu'il ne peut parler que pour lui et pas au nom de la communauté.
C'est cet ancien habitant du squat des Etuves et de l'usine Haro qui retrace l'histoire du projet roulottes. «Au départ, nous étions deux familles de squatters. Après de multiples déménagements et évacuations, nous avons décidé de ne plus avoir à constamment reconstruire notre maison. Il est impossible de conduire un projet associé à un territoire si l'on change tout le temps de lieu. Alors, chacun d'entre nous s'est bâti une maison roulante. Au départ, nous considérions plutôt nos roulottes comme des machines de guerre: si nous devions déménager, c'était possible en une après-midi. Aujourd'hui, elles sont plutôt le reflet d'un mode de vie différent.»
WAGENBURG AU QUOTIDIEN
Au jour le jour, il s'agit de «prendre des responsabilités sur les actes qui me concernent, choisir ce que je veux manger et comment je veux habiter. Je n'agis pas par simple nécessité de me loger. Je suis jeune, je peux encore vivre l'utopie du Wagenburg (village de roulottes en allemand, ndlr).» Concrètement, Maurice décrit cette utopie comme une capacité complète de mouvement et la possibilité de construire des machines à partir de pièces récupérées. A terme, il désire cultiver un jardin potager et produire un minimum d'énergie solaire pour le fonctionnement de sa roulotte. «Notre mode de vie est la traduction en actes d'un discours sur l'autonomie partagé par les membres de la communauté», conclut-il.
Insistant sur la relative normalité de la communauté, il tient à rassurer et rappelle, sur le ton de l'autodérision, que chaque membre du collectif a sa chambre-roulotte et que «ne sont communs que la cuisine où nous prenons nos repas ensemble, les sanitaires et le living-room». Et que, dans le collectif, tous les membres ont une activité salariée, à des taux et dans des occupations très différents. Ce qui les unit? «Un fond anarchiste, le refus de vivre dans la société capitaliste, et puis, surtout, l'envie d'être avec des personnes qu'on aime.»
NE PAS ATTENDRE
S'il ne cache pas les contradictions et les difficultés inhérentes à toute forme de vie collective à but égalitaire, il ne comprend pas qu'on puisse le croire individualiste: «Nous ne tenons pas un discours qui exclut. Nous nous sommes accaparés les moyens qui nous rendent heureux. Nous n'avons pas attendu de les recevoir d'un système capitaliste qui ne nous les donnera pas. Récupérer les instruments du bonheur, c'est ce que je souhaite à tout le monde. Prendre en mains sa capacité de changer le monde, c'est ça la révolution.»
*Prénom d'emprunt. Auto-évacuation
VIRGINIE POYETTON Le Collectif ex-Haro & Co a évacué hier soir l'ancien dépôt de chantier de la route de Vessy, propriété de la défunte entreprise Ambrosetti. Quelques heures avant la date fixée par le procureur général pour l'évacuation, les quinze roulottes stationnées à Champel ont pris le chemin des Eaux-Vives pour une nouvelle occupation. Déclassé en zone de verdure en 1995, le terrain d'Ambrosetti est aujourd'hui inconstructible. Estimant sa cliente lésée par ce déclassement, l'avocat du propriétaire, Christian Lüscher, a exigé 12,5millions de francs de compensation. Le collectif dénonce ce procédé dans un communiqué: «Il est choquant qu'un entrepreneur qui fait faillite tout en conservant un empire financier et qui reçoit tant d'indemnités de la collectivité soit défendu par un élu (Christian Lüscher est député libéral, ndlr) pour expulser des gens qui cherchent à se loger sur un emplacement inutilisé.»
Depuis 10 mois –date de l'évacuation de l'usine Haro–, les membres du collectif cherchent une solution de relogement pérenne. Dès le 17 mai, 21 propositions d'occupation ont été formulées à des privés, des sociétés ou des collectivités. Le collectif entendait légalement signer un contrat de prêt ou de bail et honorer un loyer de l'ordre de 10000 francs par année à un éventuel propriétaire. Treize réponses négatives leur sont parvenues. Les propriétaires de la parcelle de Vessy n'ayant pas réagi, le collectif a occupé le terrain. Jusqu'à hier. Quant à savoir pourquoi le propriétaire n'est pas entré en matière sur une location, Christian Lüscher est clair: «Nous n'acceptons pas la politique du fait accompli. Ma cliente est libre de faire ce qu'elle veut de son terrain.»
Selon Maurice*, membre du collectif, les terrains inoccupés où les roulottes pourraient s'installer ne manquent pas. «Et s'il le fallait, je déménagerais tous les jours.» Le collectif espère néanmoins un peu plus de stabilité à long terme. Si l'occasion se présente de faire de l'usine Haro une coopérative d'habitation ou d'occuper un terrain libre, il le fera. «A la base, on n'est pas déterminé à vivre dans des roulottes ou des maisons. C'est un choix commun, l'idéal de la vie en communauté devenu réalité», conclut Maurice. Aujourd'hui, le collectif compte une trentaine de roulottes et une vingtaine de membres. VPn |
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Meme si le Courrier va bien, c'est mieux de connaitre l'avancee des gens par les gens eux meme, c est un peu a ca que sert indymedia d ailleurs... Autonomie dans les choix de vie... dans l'info aussi...