| |
Chiapas : situation actuelle a Jech’vo, municipalité de Zinacantan
(telle que racontée par les companer@s en résistance de Jech’vo à 8 campamentistas en juillet et août 2004)
Jech’vo est une communauté qui fait partie de la municipalité de Zinacantan, dans la région de Los Altos au Chiapas, près de San Cristobal de las Casas. La communauté en résistance de Jech’vo est née en 1994 avec le soulèvement zapatiste, plus ou moins 200 familles se sont séparées de Pasté (communauté à l’époque priiste) est ont crée la communauté zapatiste de Jech’vo. Depuis 1995, plusieurs familles de Jech’vo ont abandonné la lutte et accepté les aides gouvernementales (procampos, creditos,…) du PRD (parti de la révolution démocratique). La stratégie du gouvernement pour diviser les communautés, qui consiste à octroyer des aides financières aux personnes qui acceptent la carte du parti, a donc en partie fonctionné dans le passé. Actuellement 41 familles continuent de résister aux tentatives de manipulation paternaliste du gouvernement et à être zapatistes, elles sont donc une minorité à Jech’vo. Toutefois un companero nous a raconté que ces derniers temps plusieurs familles perredistes ont « abiertos los ojos » et demandé de pourvoir réintégrer la lutte zapatiste.
Les problèmes récents avec les perredistes de Jech’vo et de Pasté (communauté désormais totalement perrediste, à 5 minutes à pied de Jech’vo) ont commencé le 14 décembre 2003. Les enfants zapatistes ont dû abandonner l’école puisque menacés de mort. Le 21 décembre, le gouvernement perrediste a interdit l’accès au puit d’eau aux familles zapatistes. Etant donné que Jech’vo est située loin d’une quelconque source d’eau, ceci constitue un problème énorme. Suite à cela, beaucoup de compas zapatistes se sont mobilisés pour emmener de l’eau dans cette communauté, la mobilisation la plus importante a eu lieu le 10 décembre 2004 : une caravane de 450 véhicules chargés de récipients pleins d’eau est arrivée à Jech’vo (ainsi qu’à Elambo Alto, Elambo Bajo et Apaz, 3 autres communautés avec présence zapatiste dans la municipalité de Zinacantan). Au moment du retour de la caravane vers San Cristobal, ont commencé les problèmes les plus graves. Les perredistes de Pasté ont bloqué les véhicules en queue de la caravane et ont agressé les compas au moyen d’armes à feu, pierres et coup de « machete ». Plusieurs personnes ont été blessées, 35 de manière grave ( un companero nous a raconté qu’il a vu un autre compa recevoir un coup de balle dans la tête). Ensuite les perredistes ont appelé d’autres renforts avec un mégaphone, ils ont incité toutes les personnes armées à se retrouver dans la place de Jech’vo. Les compas zapatistes, qui ne possèdent aucune arme, ont dû abandonner leurs maisons et fuir dans les montagnes. Pendant leur absence, les perredistes ont détruit leurs récipients d’eau, quelques maisons et le petit magasin zapatiste (après l’avoir dérobé). Les compas, hommes, femmes et enfants, au total 109 famille (484 personnes) des 4 communautés zapatistes, sont restés 15 jours dans les montagnes, sans habits de rechange ni nourriture. Le 25 avril, sous conseil de la Junta de Buen Gobierno de Oventic« Corazon Centrico de los Zapatistas Delante del Mundo », ils sont retournés à leurs maisons, accompagnés par une caravane de soutien composée de zapatistes et de représentants de la société civile. 5 personnes de la caravane se sont arrêtées à Jech’vo comme observateurs pour la paix. Dès le 25 avril, des observateurs pour la paix sont constamment présents dans les 4 communautés zapatistes de Zinacantan : Jech’vo , Elambo Alto, Elambo Bajo et Apaz.
Actuellement la situation à Jech’vo est très difficile pour les 41 familles zapatistes (d’autres campamentistas nous ont dit que la situation est la même dans les 3 autres communautés de Zinacantan). Les menaces continuent (le dernier événement duquel nous sommes au courant, concerne une companera qui a été menacée par un perrediste le 6 août alors qu’elle se trouvait chez elle toute seule, cet événement a déjà été dénoncé à la Junta de Buen Gobierno de Oventic). La peur et la tension sont palpables à Jech’vo, chaque fois que les perredistes se réunissent à Pasté, les zapatistes ont peur que la situation tourne à nouveau à la violence et que les perredistes les attaquent une autre fois. Les enfants zapatistes n’ont plus accès à l’école depuis décembre et les familles sont préoccupées pour l’avenir de leurs enfants. Concernant la construction d’une école autonome, la question est en attente, actuellement il n’y a aucun jeune de Jech’vo qui est en train de suivre la formation pour devenir promotor d’éducation (enseignant). Les jeunes avec lesquels nous avons discuté, nous ont dit que c’est très dur pour eux de faire un choix dans ce sens, surtout en ces moments difficiles, car leurs bras sont indispensables dans les champs. Concernant l’eau, la situation est dramatique, la Junta de Buen Gobierno nous a confirmé qu’il s’agit toujours d’une urgence. Malgré le fait qu’actuellement c’est la saison des pluies, les précipitations ne sont pas aussi abondantes que les autres années, et la situation est destinée à empirer avec l’arrivé de l’automne.
Notre expérience comme campamentistas nous a laissé avec un sentiment d’admiration profonde pour le courage des compas en résistance de Jech’vo (Jech’vo paradoxalement en tzotzil signifie « puit d’eau »). Ils nous ont donné espoir, envie de lutter, ils nous ont appris ce qu’ils appellent la « dignidad rebelde ». Ils n’abandonnent pas la lutte, ils ne se laissent pas avoir par le « malgobierno » et ils continuent à sourire, malgré les menaces, malgré le fait qu’on leur a volé une de leurs ressources naturelles les plus indispensables : l’eau. L’eau n’appartient à personne, elle devrait être à disposition de tout le monde, en effet comme nous l’enseignent les zapatistes « la terre est notre mère, et une mère, on ne la vend pas ».
|
|