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La déclaration de Bologne nous a été présentée comme une formidable opportunité d’harmoniser les systèmes éducatifs européens, histoire de favoriser les échanges et les études dans un autre pays, phénomène connu sous le nom de mobilité.
Sous couvert de cette magnifique occasion de s’épanouir en suivant une partie de son cursus dans une ambiance style « Auberge Espagnol », la déclaration de Bologne a été créée et imposée dans un seul et unique but : façonner et gérer le monde de la formation comme n’importe quel marché, en y appliquant des lois du monde économique comme par exemple la productivité, la flexibilité ou encore la mise en concurrence.
Le texte de la Déclaration de Bologne est d’ailleurs précis à ce sujet : parmi les 6 points principaux, nous retrouvons « favoriser l’intégration des citoyens européens sur le marché du travail », « améliorer la compétitivité du système d’enseignements supérieur », « niveau de qualification approprié pour l’insertion sur le marché du travail », et plein d’autres références tout aussi jouissives.
Plus de petites travailleuses formées à la pensée unique, plus vite disponibles sur le marché et dépourvues de moyens (pratiques et intellectuels) pour remettre en question l’ordre des choses : voilà l’esprit de Bologne !
Et pour celles qui se demanderaient pourquoi s’intéresser de si près au monde de l’éducation supérieure, l’OMC fournit la réponse : selon une étude présentée en 2000, ce « marché » représente un potentiel de 2'000 milliards de dollars. Dans ce même « marché », les connaissances se capitalisent en crédits et les étudiantes sont des clientes !
Les accords de Bologne, histoire d’un passage de témoin L’année 2004 signe l’application définitive, à pratiquement tous les niveaux, des accords de Bologne. Les législations fédérales et cantonales ont été modifiées, le financement fédéral passera par l’adoption de Bologne : pas d’accords, pas de sous ! La démocratie à la sauce helvétique …
Pratiquement, les changements se résument en un « dédoublement » des titres universitaire, un titre au bout de 3 ans, le Bachelor, et un autre 2 ans après, le Master. C’est la réponse du marché au fait que de plus en plus de monde peut accéder à l’éducation supérieure et donc au titre actuelle de Licence. Cette massification des études risques, aux yeux des classes dirigeantes, de remettre en question l’école comme reproducteur social, ce qui représente un danger pour les gardiens du temple capitaliste. Rien n’est, par conséquent, prévu pour favoriser l’accès au deuxième titre. Au contraire, le projet est celui de limiter l’accès au master, de façon à marquer encore plus le clivage entre celles qui pourront se permettre (économiquement, socialement, …) de prolonger leurs études et celles qui seront obligées de se contenter d’un titre intermédiaire.
Toujours d’un point de vue des conséquences pratiques, modifier des plans d’études de 4 (Licence) à 3 ans (Bachelor-Master), cela passe forcément par une diminutions de la qualité d’enseignement (moins de cours, réduction du choix entre les matières, …) ou par une densification telle des programmes (même nombre de cours dans un laps de temps diminué) que les étudiantes ayant des charges diverses (charges familiales, travail, …) ne pourront pas suivre le rythme imposé. D’ailleurs, les chiffres sont clairs : au Royaume Unis, pays exportateur du système BA-MA, le 80% des étudiantes arrête ses études au stade du Bachelor. Ce qui nous permet de revenir à l’enjeu principal de Bologne, du moins selon la vision du patronat : la formation coûte trop chère et les étudiantes restent trop longtemps sur les banc d’école, ne participant donc pas à la croissance économique d’un pays !
Ces arguments apparaissaient déjà dans les documents de la Table Ronde Européennes des Industriels (TREI) de 1993, ils sont repris par la suite par l’OCDE et l’OMC, et sont encore aujourd’hui parmi les arguments principaux des défenseurs de l’AGCS (Accords Générale sur la Commercialisation des Services). Le monde politique s’en fait le relais logique pour proposer plusieurs réformes, parmi les quelles la Déclaration de Bologne. Ces liens organiques entre le politique et l’économique n’en sont que plus raffermis.
Bologne, une sauce parmi d’autres Il est important de signaler que Bologne est une reforme parmi bien d’autres, qui proposent des changements tout aussi importants et délétères. En triant sur le volet, nous pourrions citer l’augmentation des taxes universitaires à 5'000 Fr.- par année ou le début de la scolarité obligatoire à trois ans (propositions du Think-Thank AvenirSuisse, véritable fer de lance du patronat helvétique). Ou encore, pour montrer que tous les niveaux de l’enseignement sont touchés, la réorganisation des Hautes Ecoles Spécialisées (HES) ou la généralisation des concepts de qualité en lien avec la reconnaissance (et donc le financement) des institutions d’enseignements.
Si, pour contrer l’adoption de Bologne, il ne reste plus grand-chose à faire, il faut continuer le combat en considérant cette réforme comme exemplaire de ce qui nous attend dans un futur proche. Toutes ces propositions sont le résultat d’une vision capitaliste de l’éducation et de la recherche scientifique, vision qui doit être dénoncée et combattue comme un tout, même si les différents projets se présentent séparément : la pieuvre capitaliste n’est souvent pas qu’une simple image ! Plus d’informations sont a disposition dans une récolte de textes, disponible ici, éditée par la CUAE, le syndicat étudiant de l’Uni de Genève.
A la recherche d’un système alternatif Refuser les réformes ne signifie pas défendre le status quo. Dans l’état actuel, il y a bien peu de choses à sauver dans le système éducatif en Suisse. Les jeunes sont par exemple poussées à faire des choix déterminants toujours plus tôt. Or, la vision sclérosée qui réduit le tout à l’alternative, basée sur des présumée potentialités naturelles, entre les études (collège, UNI ou HES) et le travail (éventuellement l’apprentissage) continue a empêcher tout débat sur une autre conception de l’enseignement. D’autant plus que cette vision et biaisée par une série de stéréotypes et d’héritages culturels, fils d’une société de classes, basée sur des valeurs telles que le patriarcat ou la loi du plus fort.
Face à la privatisation et à la marchandisation de l’éducation, la réponse qui consiste à réagir au coup par coup n’est plus satisfaisante. Le moment est venu de sortir des sentiers battus et proposer une vision réellement alternative, avec un projet de société qui pourrait répondre, au moins du point de vue économique, à une égalité de chances sans discrimination. Dans ce sens, quelques pistes de réflexion sur l’introduction d’un revenu de base pour toutes ont été abordées (à consulter ici une brochure CUAE sur le sujet). Cela dit, le plus urgent est de réinvestir le monde de l’éducation et d’y développer une pensée critique, une véritable vision alternative qui nous permette de ne plus plier régulièrement devant les agendas concoctés par les décideurs.
le texte de la Déclaration de Bologne - http://geneva2003.unige.ch/asso-etud/cuae/DOSSIERS/BOLOGNE/declaration_bologne_1999.pdf
Infos:
http://www.unige.ch/asso-etud/cuae/REGARD%20CRITIQUE/contrevisioncapitaliste.pdf
La CUAE: www.unige.ch/asso-etud/cuae |
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