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L'homme est plutôt fluet, sensible, il a la trentaine et habite Neuchâtel. Membre d'Attac dans son canton depuis 2002, il a participé à la commission chargée d'organiser la manifestation pacifique anti-G8 du 1erjuin 2003 à Genève, dont le mot d'ordre était «pas de violences».
Pourtant hier, c'est en tant qu'accusé que T. s'est retrouvé devant le Tribunal de police genevois, inculpé pour «délit d'émeute» et «menace contre l'autorité». Son portrait avait en effet été diffusé avec ceux de 38 autres suspects sur le site Internet de la police en juillet 2003. Ce qui l'avait conduit à se rendre lui-même à Carl-Vogt à cette époque, dans le but de clamer son innocence et de comprendre les raisons de cet avis de recherche infondé, selon lui. Attac avait déjà mobilisé la presse à ce sujet.
Mais voilà: une vidéo amateur en possession de la police le montre(rait?) un foulard sur le visage, en train de scander des slogans agressifs, au milieu d'émeutiers affrontant les forces de l'ordre et cherchant à attaquer des commerces dans les rues Basses, juste après la dissolution de la manifestation pacifique du dimanche 1erjuin.
RECHERCHÉ SUR LE WEB
De quoi en faire, selon la feuille d'envoi dans laquelle le Ministère public décrit les faits reprochés au prévenu, un meneur dangereux... Qui aurait, à lui tout seul, empêché les policiers de maintenir l'ordre public.
La version des cinq témoins cités à la barre par la défense (tous membres d'Attac), tout comme la version donnée par Tomaso lui-même et l'impression qui se dégage du jeune homme manifestement fragilisé hier, offrent pourtant une image sensiblement différente de celle du meneur violent proposée hier par Daniel Zappelli: reconnaissant que sa curiosité l'a conduit parmi les émeutiers à un moment où il aurait été plus sage de quitter les lieux, et admettant avoir prononcé des paroles accusatrices à l'encontre des cordons de policiers anti-émeutes, il affirme néanmoins ne jamais avoir commis aucune violence, ni incité quiconque à en commettre.
INTENTIONS NAÏVES
S'il court face aux policiers, semblant les «courser» comme le montrerait la vidéo aux dires du procureur, c'est pour «fuir ceux qui chargeaient de l'autre côté» ou pour «observer la suite des événements». Et s'il est en effet masqué de son keffieh, c'est bien dans le but de se cacher, «mais pas par mauvaise conscience, plutôt par crainte d'être fiché par la police».
Quant à la grenade que Tomaso tient dans sa main selon le film vidéo, il «l'a ramassée en se demandant ce que c'était, puis, une fois l'objet plus ou moins identifié, a pensé l'emmener chez lui comme souvenir, s'est finalement ravisé trouvant l'idée stupide, et s'en est alors débarrassé en la jetant à terre». Le procureur devra en effet admettre plus tard dans l'audience que rien dans le film vidéo ne prouve que Tomaso ait lancé quoique ce soit sur les forces de l'ordre ou sur un commerce.
Pourtant visiblement convaincu de la culpabilité de l'inculpé, Daniel Zappelli a mené hier un interrogatoire serré sur un ton très hargneux, allant jusqu'à affirmer lors de son réquisitoire que Tomaso a agi «au mépris de la dignité humaine». Invoquant le si contesté «délit d'émeute» (art. 260 du Code pénal, lire ci-dessous), et la «menace contre l'autorité», il a réclamé une peine de six mois de prison avec sursis. MeJean-Michel Dolivo, à la défense, a quant à lui plaidé l'acquittement ou, au pire, une amende. La Cour tranchera bientôt.
«C'est Attac qu'on attaque»
«En s'en prenant à notre militant, c'est notre association et l'ensemble du mouvement social que vise la justice». Secrétaire d'Attac-Suisse, Alessandro Pelizarri est convaincu que le succès croissant de la contestation altermondialiste conduit les autorités à une stratégie délibérée de criminalisation de ces voix critiques qu'on cherche ainsi à décrédibiliser. «La conseillère d'Etat Micheline Spoerri ne s'y est pas trompée, puisque quelques heures après l'inculpation de notre militant, elle dénonçait les groupuscules qui tiennent un double discours...»
Pour Attac, qui a tenu à organiser une conférence de presse avant l'ouverture du procès, le zèle montré par le procureur général est d'autant plus curieux que les personnes inculpées jusqu'ici dans le cadre du G8 relèvent, au mieux, du menu fretin. «La police a même suivi jusque chez lui un brave père de famille qui avait volé un pull dans une échoppe, dénonce le député socialiste Alberto Velasco. Mais on ne sait toujours pas qui a lancé des cocktails Molotov ou mis le feu à un magasin de motos...»
Attac s'en prend particulièrement à la réapparition de l'article 260 du Code pénal qui permet d'inculper pour délit d'émeute toute personne participant ou même assistant à un rassemblement qui tourne mal. Une disposition «liberticide» qui ouvre la porte à tous les arbitraires, selon Attac. Et qui n'avait plus été utilisée à Genève durant des années, avant de déboucher sur 52 inculpations dans le cadre du G8. «Il est vraiment temps que les démocrates se mobilisent contre les pratiques du procureur général!», lance Alberto Velasco. |
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