|
|
Stratégies répressives contre le mouvement lors de sommets |
|
|
| |
Theme(s)
Répression - Anticapitalisme / Antiglobalisation -
|
|
|
| |
13-03-2005 16:27
Auteur : La suite par ici -
|
|
| |
| |
Dans un premier temps, le nouveau mouvement « anti-mondialisation », avec ses nouvelles formes d'action et d'organisation, a totalement surpris les forces répressives. Les « street party », par exemple, se sont échappés des formes de manifs traditionnelles que la police savait controler. A Seattle (1999), il a suffit de seulement 8000 jeunes, extrêmement bien organisés en groupes affinitaires coordonnés (cadenassés sur place ou simplement bras-dessous bras-dessous) pour bloquer les 13 rues menant au sommet, empéchant son ouverture pour presque toute une journée. Les plans de l'action étaient publics, mais apparemment les flics ont totalement sous-estimé la résistance passive qu'ils allaient rencontrer.
Mais depuis, ils nous prennent très au sérieux ... |
|
| |
|
|
| |
Leurs tactiques évoluent sans cesse et sont élaborées internationalement. Nous avons intérêt, nous aussi, de les observer et de prévoir en conséquence.
Leur premiere réponse (essayant encore d'apparaître démocratique) a été de mettre un barrage de flics autour des sommets et de faire entrer les délégués très tôt le matin. Mais comme par ailleurs les manifs devenaient toujours plus grandes, il nous été possible de les entourer et d'empécher les délégués de sortir.
A Prague (2000), 20 000 personnes ont ainsi si bien assiégé le sommet du FMI/BM, qu'ils ont dù fuir comme des rats par le métro. Cela a été aussi possible parce que - au lieu de se disputer sur les formes d'action - les manifestantEs se sont diviséEs en trois colonnes (une tutti bianchi, une samba rose et une plus hard) qui ont convergé sur la réunion sans se gèner mutuellement. Le lendemain, beaucoup de délégués n'ont pas osé sortir de leurs hôtels et le dernier jour de la conférence a été annulé. Puis il y a eu la conférence de Barcelone qui a été carrément annullée d'avance, face à la mobilisation énorme qui s'annonçait... S'en était trop pour le pouvoir, qui a décidé de sacrifier les apparences démocratiques.
A Quebec ils ont inauguré une stratégie plus aggressive: Il y avait une zone d'interdiction, protégée par une barrière énorme, mais aussi des attaques préventives contre les manifestantEs avant qu'ils y arrivent, de manière à empécher un siège. Ce qui n'a pas empéché que ce soit une victoire politique pour le mouvement, car le régime est apparu comme policier et la population a largement ouvert ses portes aux manifestantEs. Le même scénario a été rejoué encore plus brutalement à Gênes. (Déjà a Goteborg, les chefs d'Etat européens - Jospin en tête - avaient approuvé le tir à balle réelles contre les mani.)
A Gênes, la police a aussi compris qu'elle ne devait pas permettre aux manifestantEs de coordonner différentes formes d'action aussi facilement, en s'accordant sur « la diversité de tactiques » dans des espaces distincts. Elle a attaqué tout le monde avec le même degré de violence, et a même délibérément forcé différentes sortes de manifestations à se mêlanger - espérant ainsi semer la discorde dans le mouvement. Berlusconi l'a dit texto le lendemain: « Il n'était pas possible de faire des distinctions parmi eux ».
Simultanément, les Etats ont de plus en plus restreint le droit de venir manifester du tout. Le droit au libre mouvement dans l'espace Schengen est régulièrement suspendu et n'importe qui identifié comme présent lors d'un sommet est susceptible d'être expulsé (souvent pour plusieurs années) d'un Etat qui organise un autre. (Ces interdictions sont parfaitement illégales, et généralement ne résistent pas à un recours, mais entre-temps la manif est passée.) Les attaques et les intrusions « préventives » sur les centres de convergence sont aussi devenus courantes.
Malgré tout cela, les grandes mobilisations ont continué et il était difficile de les interdire totalement, car elles demeurent très populaires (plus de 60% des européenNEs sondéEs après Gênes, par exemple.) La stratégie actuelle du pouvoir semble être d'essayer de faire paraître les manifs comme suffisamment violent pour que l'opinion accepte leur simple interdiction.
Ainsi, pour Davos (Anti-WEF) 2003, les autorités ont essayé un nouveau truc (utilisé pratiquement simultanément contre la manif annuelle contre l'Ecole des Assassins aux Etats-Unis): la manif serait seulement permise si les manifestantEs se laissaient individuellement identifier et fouiller. Quand la manif a refusé, elle a été violemment attaqué, bien qu'à 30 kilomêtres de Davos.
Le G8 d'Evian (2003) a été précédé par une campagne de terreur particulièrement efficace (tout le centre ville de Genève barricadé), mélangeant évidemment manifs et dangers terroristes et amenant dans la région plus de 20 000 flics et soldats, plus d'une centaines d'hélicos et avions de guerre... A un certain moment la droite du gouvernement genevois a essayé de faire carrément interdire toute manif, mais elle a été minorisée. Cependant, elle a utilisé l'occasion pour préparer l'avenir. La police a reçu des ordres (nous le savons à présent de plusieurs sources directes) de ne pas intervenir contre les destructions dans le centre la nuit avant le sommet. Du coup, celles-çi ont été d'une taille sans précédent.Malheureusement, elles n'étaient pas non plus ciblées et sont tombées en bonne partie sur un quartier populaire. Cela a été immédiatement utilisé pour justifier une violence policière, aussi sans précédent en Suisse (y compris le crime d'Aubonne et le raid illégal et ultra-violent contre le centre Indymedia), puis une interdiction de toute manifestation.
Pour Davos 2004, les organisateurs - voyant le danger de cette surenchère policière - ont décidé d'éviter une confrontation directe. La manif a été appelé non pas à Davos mais à Coire, la capitale du canton. Au lieu de reconnaître ce geste d'apaisement, les autorités semblaient maintenant décidé à écraser toute manifestation, même si celles-ci ne bloquent pas la conférence. Elles ont détourné le train qui ramenait les manifestantEs et ont gazé, matraqué et séquestrés dans le froid plus de mille personnes pendant plusieurs heures.
Davos 2005 était moins violent, mais presque pire. La manif principale a été appelé cette fois-ci dans la capitale fédérale, très loin de Davos. Mais la ville (majorité rose-verte!) a interdit la manif! Au dernier moment (trop tard pour mobiliser), elle a finalement autorisé un cortège, mais la police a fouillé et arrêté arbitrairement les personnes arrivant en ville. Une des manifs dé-centralisées, à Bale,a été attaqué et dispersé à coup de balles en caoutchouc tirées à bout portant. Au moins en Suisse, ils essaient de ne rien tolérer nulle part! Les organisateurs ont réagit en appellant à une manifestation décentralisée, par petits groupes, costumé, avec du théatre de rue, etc. Cela a fait que les habitants on pu voir autant la contestation que la violence disproportionnée de la présence policière. Jointe aux manifs décentralisées, c'était sans doute la meilleure stratégie à moyen terme, mais c'est un moment assez dur.
Et le prochain G8?
Il serait intéressant de savoir comment cette évolution récente en Suisse se compare avec d'autres lieux. Si ça va dans le même sens (et d'après ce que nous avons vu des flics anglais au FSE, où il cherchaient déjà lourdement à criminaliser le réseau anti-G8 Dissent), ils pourraient bien chercher à empêcher et étouffer toute grosse manif contre le G8 en Ecosse. D'abord la frontière de Grande Bretagne est en tout temps la plus dure d'Europe, avec des fonctionnaires aussi dictatoriaux et pinailleurs qu'aux Etat-Unis. Chaque personne est controllée. Je ne peux pas imaginer que des activistes repérés à d'autres sommets ou par leur police locale puissent passer juste avant le sommet.
Et puis l'Ecosse est encore loin, et le sommet est dans la cambrousse...
En somme, je pense que pour les étrangerEs, un plan B est plus important que le plan A.Comme le blocage des frontières? Où des manifs dans toutes les capitales? Où contre tous les consulats et toutes les transnationales des 8 (Ca fait un paquet de lieux à surveiller!).
Et l'avenir?
Clairement, ils hésitent de moins en moins à étouffer le droit de manifester. Même les piquets des syndicats se font criminalisé maintenant en Suisse. Alors comment allons-nous continuer? Ce n'est pas une question de courir plus vite ou d'être plus durs que les robocops. En derniere analyse, nous pourrons défendre le droit de manifester si nos manifs (et le reste de notre travail politique) sont faites d'une manière qu'une grande partie des gens acceptent et comprennent. C'est la seule chose qui peut les obliger à les tolérer. (La situation en Suisse, par exemple, n'est pas encore décidée. Il y a aussi une réaction contre la répression.) Au minimum, cela pourrait nous ouvrir les portes de quelques maisons quand nous en avons vraiment besoin! Ce serait non seulement praitque, mais surtout indiquerait une vraie victoire politique. |
|
| |
|
|
| |
| > Manif contre le G8 en juin 2003 à Genève |
|
|
|
 |
|
|
|
|
| |
> Ajouter un commentaire |
|
| |
|
|
|
|
>
Ajouter une traduction à cet article |
|
|
|
> Télécharger l'article au format .PDF |
|
|
|
> Envoyer cet article par e-mail |
|
|
| |
|
|
|