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En cette soirée historique de votations fédérales, le peuple suisse peut se rengorger et bomber le torse : aux quelque 150'000 clandestins, requérants d’asile et sans papiers déjà présents et actifs dans le pays vont s’ajouter les immigrants des 15 pays de l’Union européenne au bénéfice de la circulation et de la « stabulation libre ». Ces effectifs – quelle chance pour « l’économie » - précèdent l’arrivée espérée et attendue de nouvelle main d’œuvre taillable et corvéable à merci : Estoniens, Lettons, Lituaniens, Polonais, Slovaques, Slovènes, Hongrois, Tchèques, Chypriotes et Maltais.
Mais non, mais non, les futurs « inspecteurs » que la Berne fédérale a promis d’engager feront merveille dans leur souci zélé d’appliquer les conventions collectives et les minima salariaux ! se récrient les astucieux propagandistes de la « libre circulation » au soir du 25 septembre 2005.
Il est vrai que le patronat suisse, appuyé inconditionnellement par les syndicats, a de quoi se réjouir : la majeure partie des travailleurs du tertiaire n’est pas syndiquée. Aucune loi, hormis celle, pénale, sur l’usure - n’interdit ou ne tempère les ardeurs des employeurs fidèles à leur politique de sous enchère salariale. En particulier dans l’agriculture.
Le spectre du plombier polonais s’est estompé au fil de la propagande massive et univoque des medias proches du gouvernement fédéral (SSR, Neue Zürcher Zeitung, Le Temps etc).
Voici venu le temps de la femme de ménage maltaise à bon compte.
- Huit francs de l’heure pour passer la poussière dans nos appartements, c’est bien suffisant quand on voit le peu qu’ils gagnaient chez eux… ! se récrient en chœur les bourgeoises de Zurich ou de Genève. Celles là même qui, en plus de faire carrière dans la banque ou les assurances, bénéficient du coquet salaire de leur mari, bien assis sur « ses stock options », ne savent à qui confier l’éducation des enfants qu’elles ont conçus et mis au monde par tropisme imitatif. Un peu comme on achète un 4x4. Pour les dames de cette espèce – innombrables entre Genève et Romanshorn – la boniche maltaise peut donc s’estimer heureuse de toucher un salaire mensuel de Frs 800.- . Où est-ce excessif ? Pour combien d’heures de travail par semaine ? Quarante ? Cinquante ? Soixante ? Et avec quels congés réguliers ? L’économie domestique ainsi réalisée sur la tête de ces misérables n’est pas seulement annoncée mais déjà pratiquée à large échelle. Sans que les actuels contrôleurs, inspecteurs et autres agents de l’Etat n’y trouvent à redire.
La Suisse, après tout, n’est-elle pas un pays de liberté ? Liberté d’entreprendre, liberté de circuler et… liberté d’exploiter ?
Bien sûr, il s’agira de songer, l’espace d’un instant, à loger ces arrivages de nouvelle main d’œuvre exotique. Le génie suisse n’aura qu’à puiser dans ses précédents de l’Histoire pour recourir aux baraquements « provisoires » des saisonniers et, s’il le faut, aux abris de la Protection civile. A moins que ladite main d’œuvre ne préfère s’entasser à dix ou quinze, enfants, cousins et bébés compris, dans des studios loués à prix d’or par des marchands de sommeil.
Bien sûr, tout ce petit monde sera, en principe, soumis – comme les indigènes helvétiques - au paiement des charges sociales, AVS, AI, assurance-accidents, assurance-maladie, assurance-chômage. L’intégralité de leur salaire de misère ne risque-t-il pas d’y passer ?
On compte donc sur les futurs 150 « inspecteurs » fédéraux pour faire régner l’ordre dans ce domaine et débusquer les patrons tricheurs et leurs employés au noir.
Et comme la Suisse n’abandonne jamais ses malades, ses victimes d’accidents et ses criminels, les dettes des insolvables continueront à être payées par l’ensemble des contribuables.
Les effectifs des quelque 250'000 « working poors » recensés en Suisse risquent donc de grossir l’armée de « libres circulants ».
La femme de ménage maltaise, le travailleur agricole letton et l’employé de café (à la plonge) tchèque ont de beaux jours devant eux.
Oui, l’ « économie » peut se frotter les mains.
Dissidor
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