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QUAND CHIRAC JOUE AU ROI, LA SUISSE APPLAUDIT |
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22-11-2005 13:14
Auteur : Jeunesse SolidaritéS
:: : http://www.jeunessesolidarites.ch
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Vendredi dernier, notre président Samuel Schmid s’est rendu à Paris pour rendre visite à son homologue Jacques Chirac. De quoi ont-ils bien pu parler ? De la grippe aviaire ? Des émeutes en banlieues ? Non, de la réhabilitation des gardes suisses ! Qui ? Ces contingents suisses de mercenaires que le roi Louis XVI utilisait pour se protéger contre les insurrections populaires. Bel autogoal tout de même, de la part du président de la République française, de réhabiliter toute une troupe royaliste au service de l’aristocratie et de l’Ancien Régime ! Au moins, les Français sont informés : s’ils veulent un jour une vraie République, il ne leur reste plus qu’à prendre l’Elysée – à défaut des Tuileries… |
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Un communiqué de l’ATS paru samedi (le 19 novembre) donnait l’information suivante :
« Jacques Chirac a accueilli hier Samuel Schmid à l’Elysée. Le temps d’un tour d’horizon politique et d’une cérémonie à la mémoire des sept cent gardes suisses tués aux Tuileries en 1792. »
Un petit rappel historique s’impose.
En août 1792, nous sommes encore dans la période transitoire de la monarchie constitutionnelle. Les aristocrates ont abandonné leurs privilèges trois ans plus tôt, le droit divin n’est plus reconnu, et Louis Capet (Louis XVI pour les nostalgiques) a été forcé de jurer sur la Constitution – c’est-à-dire sur la Déclaration des Droits de l’Homme – et d’accepter, entre autres choses, la fin du système féodal et la séparation de l’Eglise de France d’avec Rome. Notre bon roi a mal digéré tout ça, il a laissé sa femme, l’ « Architigresse » Marie-Antoinette, prendre des initiatives et préparer la Contre-Révolution avec le soutien de plusieurs monarchies européennes, dont l’Autriche et la Prusse. De fait, Marie-Antoinette entretient une correspondance secrète et abondante avec tous ses alliés de l’étranger et prépare consciencieusement l’attaque militaire de la France et la libération de la famille royale par les troupes de la réaction.
Les premiers complots ne tardent pas à être mis à exécution : en 1791, c’est la fuite de Varenne. Sur les conseils de son épouse et du comte Fersen (l’amant de cette dernière), Louis Capet et sa famille tentent de quitter la France sous une fausse identité pour rejoindre les troupes autrichiennes (commandées par Léopold, le frère de Marie-Antoinette), mais le roi est reconnu et arrêté à Varenne. Le peuple, qui avait jusque là conservé un peu de confiance dans son monarque, est grandement déçu par son attitude, et une fois de plus, la révolte recommence à gronder. L’Assemblée nationale législative, qui craint un coup d’Etat et sait que sans le roi, le régime en place (la monarchie constitutionnelle, régime dont elle est l’organe législatif) n’a plus sa légitimité, essaie de calmer le jeu, sur les conseils du marquis de La Fayette, en faisant croire que Louis n’a pas voulu fuir mais qu’il a été enlevé par des contre-révolutionnaires. La version officielle se répand, mais les patriotes sont plus que sceptiques. Quoi qu’il en soit, ils savent qu’ils n’ont plus à compter sur Louis (qu’on appelle déjà le Gros Cochon) et qu’un jour ou l’autre, il faudra l’écarter du pouvoir, pour l’intérêt de la France. On recommence à parler de république…
Il faut savoir qu’à cette époque, le roi et sa famille vivent en plein Paris, aux Tuileries, qui leur servait d’habitude de palais d’hiver. S’ils ont dû y établir résidence, c’est qu’en 1789, au plus fort de la famine, les femmes parisiennes ont marché sur Versailles pour demander du pain et pour réclamer la présence du monarque au cœur de la capitale, gage, selon elles, d’une plus grande attention portée sur les miséreux. Au courant du mois d’août 1792, les Tuileries sont attaquées une première fois. Il s’agit moins d’un assaut que d’une incursion de quelques sans-culottes excédés et désorganisés qui prennent le roi à parti et l’obligent à se coiffer d’un bonnet rouge et à boire à la santé de la nation. Effrayé, le roi s’exécute et les visiteurs applaudissent, réconfortés par ce geste symbolique dont ils ne perçoivent pas, sur le moment, l’inanité. Ils s’en vont ragaillardis. Mais la trêve sera de courte durée.
Le 10 août 1792, après une nuit d’émeutes et de combats, le palais des Tuileries est pris, par le peuple parisien – femmes et enfants compris – et grâce aux renforts des troupes marseillaises. Dans l’autre camp, les hommes du roi et un contingent de gardes suisses payés pour défendre le tyran. Le peuple remporte la victoire et de nombreux gardes suisses sont passés par les armes. Le roi et sa famille sont évacués en urgence et se réfugient auprès de la Convention nationale. La Convention accepte de les protéger contre les insurgés mais leur demeure s’arrêtera désormais à la prison du Temple. Peu de temps après, la République est proclamée.
La prise des Tuileries est un événement essentiel dans l’histoire de la Révolution française, peut-être plus encore que celle de la Bastille, car elle symbolise le passage de la monarchie à la République, d’un gouvernement monopolisé par l’aristocratie et le Clergé à un gouvernement confié au Tiers-Etat. La chute de Louis Capet entraînera celle des Girondins, d’une bonne partie des forces de droite et des opportunistes de la bourgeoisie d’argent. L’actuelle Ve République, malgré son état de corruption avancé et sa gestion catastrophique du pays, doit beaucoup à ces événements du 10 août 1792 et il est regrettable qu’à la tête de cette République trône un homme capable de prendre parti publiquement pour le roi, la monarchie de droit divin, le système féodal et les anciens privilèges. C’est ce qui s’appelle cracher dans la soupe – et Dieu sait si la sienne est bien servie, à en juger par ses frais de bouche !
L’ATS nous dit encore la chose suivante :
« Samuel Schmid a dévoilé hier au Musée de l’Armée [musée officiel de la République !] une plaquette commémorant le massacre de la garde de Louis XVI aux Tuileries le 10 août 1792. »
Mettons-nous bien d’accord : on ne reprochera pas à Samuel Schmid de défendre la position qu’il défend ; il est issu d’un parti clairement réactionnaire (l’UDC) et qu’il flirte avec les royalistes ne nous étonnera pas outre mesure. C’est inquiétant, certes, de la part de quelqu’un qui siège dans l’exécutif d’une Confédération, mais il pourra toujours se cacher derrière l’excuse de la mémoire nationale. Je n’ai rien contre le fait d’honorer nos grands hommes, bien au contraire, mais nous n’avons rien de commun avec ces gardes suisses, cette bande de soldats sans foi ni loi s’offrant sans cesse aux plus offrants et n’hésitant jamais à se battre aux côtés des pires despotes pour autant qu’ils paient bien. A défaut d’un mercenariat militaire qui a heureusement disparu depuis dans notre pays, on apprendra avec intérêt dans la presse du même jour que jusqu’à aujourd’hui, la Suisse fournissait des armes au gouvernement fasciste de Pinochet. Il faut croire que la neutralité ne nous a pas rendu plus blancs…
Laissons donc le ci-devant Schmid à ses nostalgies de sang bleu, disais-je, et arrêtons-nous plutôt sur Chirac. Certes, Chirac n’est en tout cas pas plus progressiste ni plus démocrate que son collège suisse, mais il y a tout de même une différence de taille, c’est que lui, il est l’héritier officiel de cette République ! De la République qui a vu se lever contre elle, alors qu’elle n’était qu’à l’état embryonnaire, les baïonnettes royalistes des gardes suisses ! Vous me répondrez que cet événement de vendredi, simple échange de courtoisies diplomatiques, n’a pas de réelle importance sur le cours des choses de l’actualité, et je vous le concède, mais sur le plan des symboles, c’est extrêmement inquiétant. En réhabilitant les ennemis de la République, la République – malheureusement personnifiée par Chirac – oscille entre le suicide et la complaisance masochiste. Si Chirac veut se sacrer lui-même roi à Reins, qu’il le fasse, mais qu’il appuie aussi lui-même sur le levier de la guillotine le moment venu. Quant à nous, nos deux mains seront bien trop occupées à applaudir.
Je me souviens, l’été dernier, avoir visité les catacombes de Paris. Dans une des galeries, je suis tombé nez-à-nez (si je puis dire) avec un énorme amoncellement de crânes surmontés d’un écriteau nous informant qu’il s’agissait des hommes tombés lors de la prise des Tuileries. Lorsque de demandais à la guide de quels hommes exactement il s’agissait, elle me répondit qu’on avait entassé là indifféremment les cadavres des patriotes et ceux des gardes suisses. J’avais trouvé l’idée bizarre, puis m’étais dit que c’était une manière comme une autre – un peu morbide, certes – de réconcilier les ennemis. J’espère qu’on se souviendra de cette fraternité des catacombes le jour où M. Chirac nous fera l’honneur de nous quitter, et qu’on lui y réservera une petite place. Il aura alors tout loisir d’expliquer à ses compagnons d’éternité sa conception de la république…
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Hommage aux Gardes Suisses |
2006-06-29 04:41 |
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"Honneur et Fidélité"
"Cette Journée du 10 août 1792 est un cauchemar dans l'histoire de France" René Benjamin, de l'Académie Goncourt.
"Nulle insurrection, en effet, ne fut préparée avec moins de mystère que celle du 10 août. Tout se fit au grand jour, tout fut connu à l'avance." Pierre gaxotte.
"Génocide : Crime commis dans l'intention de détruire un groupe humain, national, ethnique, racial ou religieux" dictionnaire Larousse.
J’apprécie cette citation d’un descendant d’un des chefs des Gardes Suisses (cité par Lévis-Mirepoix) :
« On n’avait rien épargné pour les corrompre, promesses, menaces, exemple des autres troupes, rien ne les ébranla. Leur fidélité jeta l’ancre au milieu de la tempête politique. Depuis cent cinquante ans, le régiment était au service de la France. L’Honneur de ces républicains a été de tenir leur parole à la Monarchie. »
Avec son accord, voici un message de Monsieur Esclafer de la Rode, fondateur de l’Institut de la Maison Bourbon : « Les Suisses martyrs qui reposent dans cette enceinte, dans ce lieu sacré par excellence, méritent la plaque que vous leur destinez , et l’IMB a la vocation de vous soutenir, de vous appuyer et de faire connaître la mission que vous remplissez avec courage et détermination. Tout légitimiste, tout chrétien, tout français reconnaissant, fidèle à son histoire, a le devoir d’être à vos côtés, et de vous porter aide et appui. »
« J’entendais toujours des coups de fusil du côté du château ; on me dit qu’on tuait les Suisses qu’on rencontrait, et la populace criait chaque fois : Vive la Nation ! Le peuple, inquiet, courait les rues avec le silence de la stupeur. On voyait des groupes de femmes, vraies furies, dont quelques-unes portaient des têtes au bout de manches à balai. Chacun s’écartait avec des signes d’horreur de ces forcenées, qui avaient endossé les habits des Suisses, en façon de spencer. Elles s’arrêtaient à chaque marchand de vin, les forçant de leur servir à boire et disant que la nation les payerait. Cela était horrible à voir. » Mémoires du Comte de Paroy, publiés par Etienne Charavay.
« Vous lui reprochez d’avoir encore des gardes suisses à cette époque…Louis pouvait donc avoir des Suisses….Veut-on le malheur du peuple, quand, pour résister à ses mouvements, on ne lui oppose que ses propres défenseurs ?....Et qui donc ignore aujourd’hui que longtemps avant la journée du 10 août on préparait cette journée, qu’on la méditait, qu’on la nourrissait en silence, que cette insurrection avait ses agents, ses moteurs, son cabinet, son directoire ? Qui est-ce qui ignore qu’il a été combiné des plans, formé des ligues ? ce ne sont pas là, législateurs, des faits qu’on puisse désavouer ; ils sont publics ; ils ont retenti dans la France entière…il est impossible que Louis soit l’agresseur. Vous l’accusez pourtant ! Vous lui reprochez le sang répandu !... Ah ! il gémit autant que vous sur la fatale catastrophe qui l’a fait répandre ; c’est là sa plus profonde blessure, c’est son plus affreux désespoir ; il sait bien qu’il n’en est pas l’auteur, mais qu’il en a été peut-être la triste occasion ; il ne s’en consolera jamais. » Citoyen DESEZE, le mercredi 26 décembre 1792, l’an 1er de la République, à la Convention Nationale.
« On a comparé la journée du 10 août à celle des thermopyles. Les Spartiates combattaient pour leurs femmes, pour leurs enfants, pour leur gloire, pour leur patrie, pour les autels de leurs dieux, les Suisses pour le sentiment du devoir, de la foi aux serments, de l’honneur de leur pays. Les spartiates et les Suisses savaient d’avance qu’ils marchaient à une mort inévitable ; ils l’ont acceptée de sang-froid, sans délibérer ni se plaindre. » Colonel Pfyffer.
J’ai reçu de Monsieur Alain BERBOUCHE, Maître de Conférences des Facultés de Droit, signataire de la pétition, le message suivant (que je publie avec son autorisation) : « Historien républicain et progressiste social résolu, j’aurais sans doute été révolutionnaire en 1792 ; mais aujourd’hui j’estime que l’histoire nationale n’appartient qu’à ceux qui la connaissent et en respectent les victimes. Les Gardes Suisses furent victimes de leur fidélité : je les aurai peut-être combattus car ils étaient effectivement des mercenaires au service du maintien de l’ordre injuste d’un pouvoir qui n’était plus légitime. Mais je considère à présent qu’ils doivent être respectés dans ce rappel élémentaire de leur sacrifice au service d’une parole donnée à la France. Qui à l’époque, était royale ; qu’on le regrette ou non ! »
www.gardessuisses.blogspot.com/ _ |
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Lehaire |
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