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Malgré la modestie qui caractérise l'organisation de la conférence Génération IV: Le Nouveau Nucléaire du 2 décembre 2005 à l'EPFL par les compagnies d'électricité et le Paul Scherrer Institut, des témoignages du monde entier viennent encourager la recherche pour cette énergie fabuleuse, décrite dans le programme comme "disponible en masse, à prix bas et stable, et sans émissions de CO2 ou de polluants dans la biosphère. Par ailleurs, les années d’exploitation qui s’accumulent en Occident, sans dégâts ni nuisances, témoignent d’une maîtrise réelle et mieux perçue de la sécurité des centrales, ainsi que de la gestion des déchets et des coûts". M. Margaritondo, vous qui êtes vice-président de l'EPFL et professeur de physique, pourquoi ne pas faire plus de publicité pour ce joyeux événement, alors que le peuple enthousiaste ne tarit pas d'éloges pour l'énergie nucléaire?
Ecoutez plutôt :
Nous, pêcheurs du Limousin, soutenons que le nucléaire ne cause ni dégâts ni nuisances en Occident, et nous nous réjouissons que vous le souligniez dans le programme de votre conférence. Effectivement, cela ne nous dérange absolument pas que les moules et les poissons du lac de Saint-Pardoux soient radioactifs, ils n'en ont que plus de goût, ça picote dans la bouche et les enfants adorent! Et nous sommes convaincus que la Cogema qui exploitait la mine d'uranium de Bellezane jusque dans les années 90 n'y est pour rien et qu'elle se tirera d'affaire de la comparution en correctionnelle pour pollution et abandon ou dépôt de substances radioactives qu'elle subit si injustement, après avoir généreusement développé la région pendant cinquante ans. Oui, ils faut que les étudiants et les chercheurs sachent que le nucléaire ne génère aucun polluant pour la biosphère!
Nous, habitants de la région de Sellafield sommes heureux d'apprendre que les chercheurs veulent faire le point, et espérons que les compagnies d'électricité qui les cajolent n'insisteront pas trop sur ces rapports alarmistes comme celui de l'institut WISE-Paris qui décrivent les centres de retraitement des déchets de La Hague et de Sellafield parmi les sources humaines de radioactivité les plus importantes du monde. Oublions cette fuite de liquide radioactif de 83000 litres détectée à côté de chez nous le 19 avril 2005, seulement 9 mois après la rupture d'une conduite. Où irait-on si les chercheurs commençaient à être bien informés? Heureusement que tous ces déchets offrent des perspectives fructueuses à très très long terme aux futurs ingénieurs et techniciens en radioprotection, et nous comprendrions leur désarroi si à cause d'un irrationnel besoin de sécurité de notre part l'on cessait immédiatement de produire des déchets radioactifs.
Moi, Pierre Allemann, tient à saluer les recherches en cours, qui sans aucun doute sauront trouver des travailleurs aussi motivés que moi pour s'occuper des déchets des centres comme le CERN, avec une transparence et une reconnaissance semblables aussi touchantes que celles dont j'ai été l'objet. Oui, c'était pour le bien de la recherche qu'on a oublié de me dire que l'uranium dégageait du radon, qu'il ne fallait pas boire l'eau des tours de refroidissement, qu'il fallait se protéger pour scier et découper au chalumeau des déchets radioactifs, que les poils du nez ne suffisaient pas à filtrer les particules radioactives. Alors je vous le dis: oui, il faut avoir confiance en l'honnêteté des institutions scientifiques, grâce auxquelles j'ai maintenant un poumon un moins, un cancer et deux enfants à élever sans dédommagement, et grâce auxquelles j'ai dû fuir le Pays de Gex qui avait tant besoin des emplois grâcieusement fournis par le CERN.
Nous, habitant-e-s de Bordeaux, remercions chaque jour la chance, pardon: la maîtrise de la sécurité des installations de la centrale nucléaire du Blayais, sans laquelle l'inondation du site pendant la tempête Lothar les 27 et 28 décembre 1999 aurait causé cet accident majeur évité de justesse. Nous sommes aussi totalement rassurées que les 600 incidents survenus au cours de l'année 2003 dans les installations nucléaires françaises soient tellement mineurs qu'on puisse comptabiliser une année de plus dans l'accumulation des années d'exploitation sans dégâts ni nuisances en Occident. Il est vrai que nous serions légèrement chagrinés si un accident sur l'un des trains de matériaux radioactifs qui traverse notre ville chaque semaine venait à nous causer un déménagement inattendu.
Moi, Zar Ghoon, habitant de Kundoz en Afghanistan, je remercie l'industrie nucléaire si civile, qui a eu la générosité de fournir l'armée américaine en uranium appauvri pour ses bombardements en 2002. En effet, grâce à elle, la démocratie a gagné. Ma femme, morte suite à l'accouchement d'un enfant malformé, et toutes les personnes de Kundoz, Tora Bora, Bagram, Nanagrhar, Paktia, Paktika, Mazar-e-Sharif ou de Shaikoot qui sont mortes en vomissant du sang sans avoir apparemment subi de blessures physiques, sont éternellement reconnaissantes d'avoir le privilège de compter parmi les dégâts collatéraux du recyclage de l'uranium.
Nous, Vital Michalon et Sébastien Briat, tenons à féliciter M. Uli Windisch, sociologue, qui a eu l'humilité de venir aujourd'hui faire part de ses réflexions sur le débat social, pendant vingt-cinq petites mais ô combien précieuses minutes. Nous sommes convaincus que le public saura apprécier cette récréation de fin de journée, après une bonne dizaine de conférences éprouvantes. Nous aussi, nous avons donné pour le débat social, avec presque autant de dévouement que vous, M. Windisch, lorsque nous succombâmes, l'un sous les grenades des CRS en juillet 1977 à Malville, l'autre sous les roues d'un train de déchets radioactifs lancé à 98 km/h le 13 novembre 2004 à Avricourt. Nous sommes convaincus que grâce à vous, à l'avenir, l'industrie nucléaire saura aussi bien que par le passé retenir le bras des policiers et les moteurs des trains lors des prochains débats sociaux.
Nous, les deux employés du centre de retraitement de Tokaïmura au Japon décédés suite à l'accident du 30 septembre 1999, chantons en choeur avec nos 12 autres collègues irradiés et les milliers de travailleurs qui n'auront jamais accès à leur dossier médical, victimes de maladies non reconnues par les assurances professionnelles: Vive le nucléaire! Vive le progrès! Vive les emplois et le développement économique!
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Les évènements évoqués ici ne représentent qu’une part infime de la vérité occultée par l’industrie nucléaire. Trop de chercheurs et chercheuses n'exercent pas de critiques vis-à-vis des buts et des utilisations de leur travail, et les conséquences peuvent en être très graves! D'autres ont quitté, ou dû quitter leurs fonctions. Un certain nombre de physiciens et autres scientifiques, devenus critiques, élèvent la voix contre leur ancien travail. Pierre Lehmann, Bella et Roger Belbéoc'h, André Paris pour n'en citer quelques-uns.
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Il existe plusieurs associations de scientifiques critiques vis-à-vis de l’énergie nucléaire :
Groupement des Scientifiques pour l'Information sur l'Energie Nucléaire
http://resosol.org/Gazette/index.html Le GSIEN publie le journal La Gazette Nucléaire, une référence en la matière.
Stratégies énergétiques, Biosphère et Société (SEBES)
http://www.unige.ch/sebes/ Lancée initialement comme revue en 1990 par un groupe d'universitaires suisses et français, SEBES s'est transformée en 1996 en une collection. Sur leur site très bien documenté sur toute la problématique énergétique, entre autre concernant la radioprotection et le droit, et écologique, un très grand nombre de tirés-à-part sont disponibles.
Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD)
http://www.criirad.org/
contact@criirad.org La CRII-RAD se bat depuis 1986 pour dénoncer les pollutions, défendre le droit à l’information et améliorer la radioprotection.
World Information Service on Energy (WISE)
http://www.wise-paris.org/
Les associations antinucléaires sont souvent les seules à publier les informations sur les accidents dans les installations nucléaires :
Réseau Sortir du Nucléaire France : http://www.sortirdunucleaire.org (fédération de 700 associations) Suisse : http://www.sortirdunucleaire.ch
ContrAtom
http://www.contratom.ch e-mail: info@contratom.ch
Greenpeace
http://www.greenpeace.ch |
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