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De bout en bout le Ministère public (accusation), volant au secours de la police et de « l’honneur de l'Etat », s'est appuyé sur l’argumentation pseudo-juridique du caractère « imprévisble » de l’action des deux altermondialistes qui rendrait les fautes des policiers inopérantes. L 'une des deux victimes, après la coupure délibérée de la corde, a fait une monstrueuse chute dans le vide, lui infligeant de très graves blessures alors que l'autre, une femme, est demeurée plus d’une demie-heure ,dans une angoisse indicible, suspendue entre ciel et terre ne sachant si son ami allait survivre à ses blessures.
Cette insistance du Ministère public (MP) à vouloir démontrer le caractère imprévisible de l'événement est illustrée par la manière dont il a posé ses questions. Avec une manie névrotique quasi obsessionnelle, les accusés et les témoins cités par la défense ont dû répondre à cette interrogation récurrente:
Avez-vous vu une manifestation semblable dans votre carrière ?
Pourquoi une telle insistance ? L'avocat des victimes altermondialistes, Me Jean-Pierre Garbade (Barreau de Genève, Suisse) explique « Parce que pour la police et pour tout militaire, le pire cauchemar, c'est... l'imprévisible c'est-à-dire tout ce qui n'entre pas dans les rangs, qui n'est pas prévu dans les manuels, tout ce qui n'a pas été préparé. Face à l'imprévu, la police panique et surtout, elle est vexée ! Vexée de devoir affronter une situation qu'elle n'avait pas envisagée. Toutes les guerres, poursuit l'avocat, toutes les batailles gagnées l'ont été parce qu'on a surpris l'armée ennemie par ce qu'elle n'avait pas prévu ».
En l'occurrence, les altermondialistes, lors du sommet du G8 à Evian, ont bel et bien réussi parfaitement un scénario que la police vaudoise n'avait pas prévu. Les mesures de blocage imaginées et mises en oeuvre par les militants sur le pont de l’Aubonne se sont révélées efficaces malgré les stratégies élaborées de la police vaudoise qui croyait avoir tout prévu.
Au procès d'Aubonne, la puissance publique ne pardonne pas à de simples citoyens militants d'avoir fait baisser le pantalon à la police. C'est ce qui explique que lors des plaidoiries des avocats des deux policiers accusés, on ne cesse d'entendre l'argument rebâché du caractère « imprévisible » de l'exploit acrobatique des militants.
Ils sont allés jusqu’à leur reprocher de ne pas avoir prévenu la police de cette manifestation symbolique, de ne pas avoir averti puis attendu que les cameramen de télévision aient pu en capter des images avant de quitter les lieux.
Les militants ont été d'ailleurs légèrement condamnés précédemment pour entrave à la circulation.
« -On veut ainsi les punir une deuxième fois! » s'exclame leur avocat, indigné
En fait, c'est parce que les directives d'engagement policières ont été violées par le sergent-major vaudois que la situation a viré à la catastrophe. Il aurait dû se contenter, comme on le lui intimait, « d'aller voir sur place » ce qui se passait puis il était censé appeler les renforts du service d’ordre pour procéder à l’évacuation. Il n'en a rien fait, commettant du même coup un acte d'insubordination en n'appliquant pas les ordres donnés.
« S'il avait suivi la règle de conduite consistant à prendre contact avec les manifestants pour connaître leurs intentions et permettre au PC d’évaluer les moyens à mettre en œuvre pour les évacuer en toute sécurité, il aurait tout de suite compris la situation et aurait eu le temps d'informer les autres policiers sur place et surtout son subordonné de la présence de militants aux bouts de la corde « , commente l'avocat des victimes, Me Jean-Pierre Garbade.
Mais au contraire, le policier s'est empressé de faire avancer les voitures bloquées depuis dix minutes pendant que quatre témoins parlant français, du côté des manifestants, l’ont informé , selon leur témoignage devant le Tribunal, que deux manifestants se trouvaient suspendus à une corde tendue en travers de l'autoroute 100 mètres plus loin. Le policier a admis en tous cas l’avoir appris plus d’une minute avant de croiser son subordonné suisse germanophone qui, pressé d'en finir et de rétablir la circulation, brandissait déjà un couteau de 22 centimètres de long, doté d'une lame de 10 centimètres...
-Pourquoi n'avez vous pas eu l'idée d'informer votre subordonné de cette situation exceptionnelle et imprévisible, alors que la première idée qui vient à l'esprit quand on voit une corde qui bloque le passage, c'est de la couper ? demande-t-on au gendarme.
-Pourquoi le gendarme vaudois n'a-t-il pas amené son collègue armé d'un couteau près de la corde pour qu'il voie de ses propres yeux les personnes suspendues dans le vide, dès lors qu’il ne comprenait pas le français ?
Je ne me suis plus occupé de lui , avoue piteusement le supérieur.
Cherchez l'erreur...Si le caractère de la manifestation était effectivement et délibérément « imprévisible », la conséquence de la coupure de la corde, en revanche, ne l'était nullement quelques minutes avant le geste fatal.
« En cas de bavures policières, le problème de l’impunité de la police est toujours lié au fait qu'on essaye de justifier ses fautes par une faute plus grave commise précédemment par la victime. Le policier qui tabasse, on l'excuse car le tabassé était dangereux, avait violé un enfant ou mis en danger la sécurité en roulant à 180 km/h en ville », commente Me Jean-Pierre Garbade. Dans ce cas, la victime n'était pas en train de commettre une infraction. La police ne devait pas empêcher une prise d'otages, ni poursuivre un voleur de voitures mais était en face de quelqu'un qui ne faisait de mal à personne. Quant à la circulation, elle était maîtrisée car des déviations avaient été mises en place. Le bouchon provoqué par la manifestation s'arrêtait AVANT la sortie d'autoroute. Il n'y avait donc aucune raison pour les policiers d'agir comme cela . Il n'y avait pas d'état de nécessité .», conclut l'avocat des victimes.
Vu la lourde vexation et la grave humiliation subies par l'Etat de Vaud et sa police, mise en échec par une poignée de militants imaginatifs, quelles sont les probabilités de voir les deux policiers condamnés par le Tribunal d'Aubonne ?
Tom Tullet
( à suivre sur indymedia.ch après le verdict qui devait être rendu le 17 février 2006)
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