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A l'heure où l'oeil de Big Brother se dissimule jusque dans le téléphone cellulaire de votre voisin, il ne fait pas bon avoir de sosies. Un jeune Zurichois en sait quelque chose, lui qui a été «formellement» identifié sur le site Internet de la police genevoise[1] en train de jeter des pierres sur la maréchaussée. La scène se passait lors des manifestations anti-G8 de juin 2003. Le hic, c'est que, hormis sa «troublante ressemblance» avec le jeteur de pierres immortalisé par un vidéaste amateur, rien n'a pu être reproché au jeune manifestant. Près de trois ans après les faits, la Chambre d'accusation a prononcé (le 28 mars dernier) un non-lieu à l'égard de Pietro[2], sur requête du procureur général, Daniel Zappelli. En effet, si le rapport de la police technique et scientifique a certes «révélé certaines concordances anthropométriques» entre Pietro et l'homme de la vidéo, il a également mis en évidence des différences. De plus, le lanceur de cailloux est manifestement gaucher, quand Pietro écrit de la main droite. Faute d'éléments plus probants, ce dernier a donc été libéré des inculpations d'émeute et de violence ou menace contre les autorités qui pesaient contre lui. Une fois n'est pas coutume, Pierre Garbade, avocat du zurichois, salue l'initiative, «inhabituelle venant d'un procureur général», de requérir lui-même le non-lieu. Le procureur avait d'abord classé l'affaire, nous apprend MeGarbade, puis l'avait renvoyée à l'instruction, à la suite du recours contre le classement... de l'accusé. «Un non-lieu est préférable à un classement», justifie l'homme de loi. D'abord parce qu'une procédure classée peut toujours être réouverte, contrairement au non-lieu (sauf faits nouveaux). Mais aussi parce que son client a passé une nuit à la prison de Champ-Dollon en plus d'un transfert des plus inconfortables de Zurich à Genève dans un wagon cellulaire surchauffé. Il a d'ores et déjà demandé une indemnité compensatoire, ce qu'il n'aurait pu faire s'il y avait eu classement. Mais l'avocat mène aussi un combat de principe. Il veut que le dénonciateur –bien ou mal intentionné– soit formellement averti de sa méprise ainsi que de ses conséquences. Une lettre à été adressée à cette fin au chef du Département des institutions, Laurent Moutinot. Rétrospectivement, si MeGarbade se félicite de l'issue finale, il reproche à la police genevoise de ne «pas avoir pris la peine de vérifier ses informations, se fiant à un simple coup de téléphone». Et l'avocat d'appeler à la plus grande prudence dans le maniement par la justice des documents vidéo. PHILIPPE CHEVALIER
Note : [1]Une polémique avait éclaté après que la police avait livré sur son site Internet des photos de personnes présentées comme des casseurs. Lire Le Courrier du 1erseptembre 2003. [2]Prénom fictif.
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