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Les vacanciers attablés samedi à la terrasse de l'Hôtel de la Gare, à Moutier, n'en reviennent pas encore. Il est 17 h 40 lorsque de jeunes casseurs alémaniques apparaissent sur le quai de la gare, tandis que près de la poste arrivent des policiers en tenue anti-émeute. Les jeunes lancent des slogans, des invectives. Les forces de l'ordre observent. On en restera là. Les jeunes prendront le train dix minutes plus tard.
«Des grenadiers à Moutier! Ca faisait un moment qu'on ne les avait pas vu», entend-on un peu partout sur la terrasse.
Mais comment en est-on arrivé là? Récit d'une manifestation de soutien à un détenu politique kurde qui a failli tourner à l'émeute.
Le rendez-vous - la manifestation n'avait pas fait l'objet d'une demande d'autorisation - était fixé à 17 h, à la gare. Une cinquantaine de militants d'organisations régionales de gauche attendent le reste des manifestants qui vont arriver de Berne, où ils ont participé à la manifestation nationale contre le conflit entre Israël et le Hezbollah. Leur train arrive à 17 h 08.
Une centaine de manifestants
Une deuxième cinquantaine de personnes débarque, essentiellement des alémaniques. Tous ont répondu à l'appel de l'organisation «Coalition contre les expulsions et extraditions vers la Turquie». Ils viennent à Moutier pour soutenir Erdogan E., détenu à la prison prévôtoise. Initialement, la manifestation devait avoir lieu à Thoune, où Erdogan était prisonnier. Flairant le coup, les autorités avaient toutefois transféré le détenu mercredi de Thoune à Moutier.
Une banderole, sur laquelle on peut lire «Freiheit für Erdogan», est déroulée. Un cortège se forme et s'ébranle en direction de la prison. Les slogans demandant la libération du détenu fusent, tant en allemand, qu'en français. Dans la petite troupe, on remarque toutefois dix ou vingt manifestants cagoulés, dont les intentions ne sont visiblement pas très pacifiques. Ils se moquent vraisemblablement pas mal de la cause d'Erdogan et ne sont là que pour provoquer la police.
Pétards et déprédations
Aux abords du bâtiment de la police cantonale et de la prison, des pétards sont tirés, puis la porte-parole alémanique de l'organisation lit en allemand un texte d'Erdogan à l'intention des manifestants. Avec un porte-voix, une militante locale apporte, en turc, un message de soutien à Erdogan. La manifestation est pour ainsi dire terminée.
Mais les jeunes activistes d'extrême gauche alémaniques ne l'entendent pas de cette oreille. La cour de la prison de Moutier est entourée d'un mur de plus de deux mètres de hauteur, surmonté d'un grillage de la même hauteur. Ce grillage est doublé d'une épaisse bâche noire et opaque. Symboliquement, les jeunes casseurs déchirent cette bâche, rendant ainsi la vue aux détenus.
Puis, sur le chemin du retour vers la gare, en passant à nouveau devant le poste de la police cantonale, ils tirent des pétards et balancent des bouteilles contre la façade du bâtiment. Arrivent alors les policiers anti-émeute. Dans un premier temps, ils se contentent d'observer.
Mais au bas de la rue du Château, un autre groupe de pandores tente d'intercepter les casseurs, qui réussissent toutefois à prendre la fuite en direction de la gare des marchandises. Les manifestants jurassiens, pour leur part, ont préféré un peu plus tôt prendre leurs distances et observent toute cette agitation de loin.
Grande déception
En arrivant à la gare, ils voient alors réapparaître les jeunes extrémistes sur le quai, tandis que les bus de la police déversent les agents aux abords des bâtiments voisins. La police cantonale affirmait hier avoir encore pris quelques précautions à Bienne, afin d'éviter que les casseurs ne se rendent au centre-ville. Précautions inutiles, puisqu'ils ont changé de train dans le calme et sont rentrés à Berne.
Dans les rangs des sympathisants locaux, la déception était grande après cette manifestation. Les discussions allaient bon train et chacun s'accordait à penser que le comportement irrespectueux et imbécile de ces quelques casseurs a terni leur cause et surtout desservi Erdogan.
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La Turquie demande l'extradition d'Erdogan E.
Erdogan E., le détenu dont la libération était demandée par les manifestants de samedi, à Moutier, est réfugié politique. Il a fui la Turquie, car, comme jeune militant kurde, il y était la cible de persécutions politiques. Il est en Suisse depuis neuf ans avec un permis F. Il a été arrêté le 21 février dernier, à Biel-Benken (BL), à la suite d'une demande d'extradition de la Turquie. Ankara l'accuse d'avoir participé, à l'âge de 15 ans, à une action d'un groupement kurde qui a entraîné la mort d'un policier. Depuis février, Erdogan E. a connu cinq prisons. Les autorités avaient assuré que le transfert à Thoune serait le dernier. Mais l'annonce d'une manifestation a donc provoqué un nouveau transfert à Moutier. Il fait la grève de la faim depuis le 10 juillet «contre toute forme de fascisme et contre ses mauvaises conditions de détention». Qu'il ait commis ou non les faits qui lui sont reprochés, Erdogan E. est considéré par les manifestants de samedi comme un réfugié politique, dont les actes ont toujours eu une portée politique. Son retour en Turquie pourrait lui être fatal. (chw)
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