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Bonjour
Vous trouverez ci-joint communique de presse de la FONDATION INFO-TURK
A bientôt. ADHK Comite Genève Demir SÖNMEZ
Cordialement,
26 ans après le coup d'état de 1980, toujours le terrorisme militariste
L'anniversaire du coup d'état de 1980 en Turquie
Le 11 septembre, tous les médias du monde rendaient hommage aux quelque 3.000 victimes des attentats du 11 septembre 2001 parlaient du 5e anniversaire de l'attentat contre les tours du World Trade Center, et la plupart des dirigeants politiques du monde étaient "américains" et condamnaient le terrorisme à cette occasion. Or, le 11 septembre était également le 33e anniversaire du coup d'état militaire au Chili fomenté par les Etats-Unis. Plus de dix mille personnes ont marché dans les rues de Santiago hier pour rappeler les 3200 morts et 1200 disparus qu'a laissé la longue dictature d'Augusto Pinochet. Mais aucun de ces dirigeants politiques n'étaient chiliens hier et n'ont prononcé aucun mot pour condamner le terrorisme américain et pro-américain. Et aujourd'hui, c'est le 26e anniversaire du coup d'état militaire en Turquie, fomenté toujours par les Etats-Unis. Le 12 septembre 1980… Les généraux de l'Armée turque ont effectué un coup d'état militaire pour empêcher le progrès des forces civiles défendant les droits sociaux et économiques des travailleurs et les droits nationaux du peuple kurde. Le processus de démocratisation et d'adhésion à la Communauté économique européenne (actuellement l'Union européenne) a été arrêté par force et le pays a été transformé en un immense camp de concentration. En effet, le coup d'état du 12 septembre 1980 était la deuxième phase d'un processus de militarisation dans tous les domaines du pays. Voici le bilan honteux des crimes commis par les putschistes pro-américains du coup d'état du 12 septembre
La Constitution imposée en 1982 par la junte militaire a aboli les derniers vestiges des libertés reconnues par la Constitution de 1961. Cette constitution nie les droits fondamentaux du peuple kurde et des minorités arménienne, assyrienne et grecque de la Turquie. La domination de l'Armée sur la vie politique, économique et sociale du pays a été rendue intouchable par les privilèges reconnus par cette constitution au Conseil de la sûreté nationale (MGK). En deux ans, plus de 650.000 personnes ont été arrêtées et soumises à la torture. 500 personnes ont perdu la vie durant leur détention. Des milliers de personnes ont été rendues handicapées. 210.000 procès politiques ont été ouverts devant les cours militaires. Un total de 98.404 personnes a été jugé en raison de leurs opinions. 6.353 personnes ont été jugées sous la menace de peine capitale. 21.764 personnes ont été condamnées aux lourdes peines de prison. Cinquante personnes ont été exécutées à l'issu des procès politiques. Des fichiers ont été ouverts sur 1.683.000 personnes. 348.000 personnes se sont vues refusées l'obtention de passeports. Les universités ont été placées sous l'autorité du Conseil suprême de l'Education (YOK), dépendant du pouvoir politique. 15.509 personnes ont été chassées de leurs postes universitaires sous la loi N°1402. 18.000 fonctionnaires, 2.000 juges et procureurs, 4.000 officiers de police, 2.000 officiers de l'Armée et 5.000 enseignants ont été forcés de démissionner. Tous les parties politiques ont été fermés. Les activités des 23.667 associations ont été arrêtées. La presse a été soumise à la censure. 4.509 personnes ont été déportées par les commandants de la loi martiale. Plusieurs condamnés ont perdu la vie en prison en raison de mauvais traitement ou lors de la grève da faim en protestation contre ce mauvais traitement. 113.607 livres ont été brûlés. 39 tonnes de livres, de magasines et de journaux ont été détruites par des usines de papier de l'Etat. 937 films ont été interdits. 2.792 auteurs, traducteurs et journalistes ont été traduits devant les tribunaux. Le total des peines de prison prononcées contre les journalistes et écrivains s'élevaient à 3.315 ans et 3 mois.
26 ans après le coup d'état de 1980, toujours le terrorisme militariste
Intervention de Dogan Özgüden
26 ans après le coup d'état, la Turquie a-t-elle pu se débarrasser des vestiges de ce régime? Pour réponse, nous publions le texte de l'intervention de Dogan Özgüden, président de la Fondation Info-Turk, lors de la soirée "Six heures pour nos libertés", organisées le 9 septembre 2006 par le Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association (le CLEA):
L'objet de cette soirée est de défendre nos libertés contre les législations anti-terroristes adoptées depuis cinq ans en Belgique. Une période de cinq ans n'est qu'une courte période d'initiation ou d'apprentissage comparée à la longue expérience des peuples de Turquie. En effet, l'histoire de Turquie, de l'Empire Ottoman à la République de Turque, est l'histoire de la lutte interminable contre le terrorisme. Au début du 20e siècle, la terreur du Sultan Rouge contre les partisans de la démocratisation est suivie par la terreur des Jeunes Turcs, avec comme point culminant, le génocide des Arméniens et des Assyriens. Motif: lutte indispensable contre le terrorisme arménien. Début de la République... Une République fondée avec la promesse de démocratisation… En 1925, la terreur d'Etat contre le mouvement national kurde et les organisations de gauche se déclenche. Les tribunaux Istiklal (indépendance) appliquent une série de lois répressives. Motif: lutte indispensable contre le terrorisme kurde et communiste. Non seulement les dirigeants de ces mouvements, mais également plusieurs figures historiques de la lutte nationale terminent leurs jours à la potence kémaliste. Pire encore... Un des plus grands poètes du monde, Nazim Hikmet, fut emprisonné pendant plus de dix ans. Motif: le terrorisme par l'instigation des forces navales de la République contre le régime kémaliste. Les coups d'état successifs de 1960, 1971 et 1980 sont des tournants historiques caractérisés par l'arrestation, l'emprisonnement, la torture et la pendaison de centaines de milliers d'opposants, toujours avec le même motif : lutte contre le terrorisme. Le coup d'état du 12 septembre 1980 est la plus importante opération menée par les classes dominantes et les militaires, soutenus par les Etats-Unis, pour une militarisation forcenée dans tous les domaines du pays. 26 ans après de ce putsch sanglant, alors que l'Union Européenne marchande avec le régime d'Ankara: Les généraux putschistes sont toujours protégés par le gouvernement et la demande des victimes pour les traduire devant des tribunaux est toujours refusée. Des écrivains et journalistes critiquant les généraux putschistes sont toujours jugés même sous le nouveau code pénal. Le président de la République Ahmet Necdet Sezer et d'autres dirigeants politiques ou militaires du pays rendent toujours hommage au chef de la junte, le général Kenan Evren. La constitution anti-démocratique prônant la supériorité et le monopole de la race et de la langue turques (Articles 3, 42 et 66), imposée en 1982 par la junte militaire, est toujours en vigueur. L'Article 4 déclare que l'Article 3 ne pourra jamais être modifié et que même sa modification ne pourra être proposée. En plus, un système électoral imposant un seuil national de 10% est toujours maintenu au détriment des partis politiques représentant des opinions différentes, notamment pro-kurde ou de gauche. Ceci afin que le parti islamiste reste au pouvoir avec une majorité absolue dans le Parlement malgré un score électoral inférieur à 50%. Malgré la soi-disant "démilitarisation" du Conseil National de la Sûreté (MGK), les militaires continuent à dicter leurs choix par les déclarations médiatisées du chef de l'Etat Major ou des commandants des forces terrestres, aériennes ou navales. De plus, le Haut Conseil Militaire (YAS), chargé de gérer le fonctionnement interne de l'Armée, continue à radier certains officiers considérés "anti-laïques" malgré l'opposition du gouvernement. Les militaires exercent leur contrôle sur la vie économique du pays par le biais de leur holding financier sui generis OYAK et d'une série d'industries de guerre. Tout récemment, un faucon, le général Yasar Buyukanit, a été désigné comme le chef d'Etat Major malgré le fait qu'il a couvert des opérations subversives contre les démocrates kurdes et qu'il exerce toujours des chantages militaristes et ultra-nationalistes contre les forces civiles. Il y a toujours des milliers de détenus politiques dans les prisons turques. Tout récemment, 442 avocats et stagiaires ont signé une déclaration réclamant l'abolition de l'isolement et du « traitement » des détenus notamment dans les prisons de type-F. En même temps, 281 personnalités turques ont fait une déclaration commune qualifiant l'isolement carcéral comme une torture. Ils déclarent que: "Le système d'isolement et le traitement infligé aux détenus depuis le 19 décembre 2000 constitue une violation flagrante et sévère des droits humains." Le nouveau code pénal turc, applaudi par l'Union Européenne, constitue toujours une menace sur la liberté de presse. Plusieurs journalistes sont toujours jugés pour insulte à l'Armée, au gouvernement ou aux forces de sécurité en raison de leurs critiques, en vertu de l'article 301 (l'ancien article 159) du CPT. Récemment, l'Union des Editeurs de Turquie (TYB) a annoncé que, l'année dernière, 530 actions judiciaires ont été lancées contre les journalistes en vertu des articles 213, 214, 215, 216, 218, 220, 301, 312 et 318 du nouveau code pénal turc et des articles 6 et 7 de la loi anti-terreur. 104 de ces procès ont fini par la condamnation des journalistes et seulement 22 par l'acquittement. D'ici 12 jours, le 21 septembre, la jeune romancière Elif Safak sera jugée par un tribunal pénal pour insulte à la nation turque. Le 5 octobre, les procès criminels s'ouvriront ou se poursuivront contre 45 intellectuels… La journaliste Ipek Calislar sera jugée pour insulte à la personnalité de Kemal Atatürk… Sous prétexte de renforcer la lutte contre le terrorisme, une nouvelle version de la loi anti-terroriste a été adoptée par le Parlement turc. La loi prévoit des peines d'un à trois ans de prison pour ceux qui seraient responsables de la publication de communiqués émanant d'organisations terroristes. Des peines analogues sont prévues pour ceux qui seraient convaincus de propagande en faveur des groupes terroristes. Ces peines peuvent être accrues de moitié si le responsable du délit est un organe de presse. La loi prévoit de lourdes amendes pour les propriétaires ou directeurs de publications ayant commis ces crimes ou délits et donne aux juges et aux procureurs le pouvoir de suspendre ces publications. Ces peines s'appliquent également aux porteurs d'emblèmes ou d'uniformes appartenant aux groupes mis hors la loi au cours de manifestations. En vertu de la nouvelle loi, le financement d'un groupe terroriste est passible de cinq ans de prison et de sept ans et demi s'il s'agit de fonctionnaires. Les personnes suspectées de terrorisme peuvent être privées d'avocat pendant les premières 24 heures de leur détention. Enfin, la nouvelle loi autorise les forces de sécurité à faire usage de leurs armes, au cours d'une opération de sécurité, contre les suspects qui refuseraient d'obtempérer. L'exécution sommaire et la torture lors d’arrestations sont toujours pratiquées. Tout récemment, des manifestants kurdes ont été abattus par les forces de sécurité. De plus, les groupes ultra-nationalistes sont encouragés à lyncher ceux qui se manifestent pour défendre les droits du peuple kurde ou pour protester contre les conditions carcérales des prisonniers politiques... Il y a trois jours, le Comité anti-torture du Conseil de l'Europe, dans son rapport sur la Turquie, déclarait: «La situation des droits humains en Turquie continue d’être entachée par l’existence de procès inéquitables. Les personnes inculpées en vertu de la Loi Antiterroriste sont jugées lors de procès interminables et marqués par des irrégularités, qui sont le signe flagrant d’une justice en échec." Malgré quelques réformes cosmétiques, les droits égaux (enseignement, expression audio-visuelle, association) ne sont toujours pas reconnus pour le peuple kurde ainsi que pour les minorités ethniques ou religieuses du pays, notamment arméniennes, assyriennes, grecques et alévites. Toutes les initiatives pacifiques du mouvement national kurde en vue d'arriver à une solution pacifique sont systématiquement déclinées et les opérations militaires se poursuivent afin de satisfaire la voracité de l'Armée et de l'industrie de guerre. La semaine passée, la Commission des Affaires Etrangères du Parlement Européen a voté une résolution demandant la reconnaissance du génocide des Arméniens, Assyriens et Grecs comme un préalable à l'adhésion turque à l'Union Européenne. Toutefois, Ankara ne montre aucune intention de reconnaître les injustices et atrocités commises dans l'histoire de la Turquie et poursuit une politique absolument négationniste. Selon le motif de l'Article 305, les citoyens qui demandent le retrait des militaires turcs de Chypre ou déclarent que le génocide arménien a effectivement eu lieu pendant la première guerre mondiale pourront être poursuivis en justice. En plus, les missions diplomatiques d'Ankara incitent souvent les ressortissants turcs et même les élus ou candidats d'origine turque des partis politiques européens (socialistes, libéraux, écolos ou chrétiens) à faire des déclarations négationnistes. La campagne électorale actuelle en Belgique devient de plus en plus un moyen de règlement de comptes du lobby ultra-nationaliste turc avec les forces démocratiques belges ou turques, et ce sous une étonnante bienveillance des dirigeants politiques belges, notamment du PS, du MR ou du CDH. Je me souviens des années début 70, une époque historique illustrée de solidarité belge avec les exilés espagnols, portugais, grecs, turcs, vietnamiens, chiliens qui étaient déclarés "terroristes" par les dictatures fascistes de leurs pays respectifs. Il est fort possible qu'un Elio Di Rupo, une Laurette Onkelinx, un Didier Reynders, une Joëlle Milquet, en tant que jeunes universitaires ou lycéens de l'époque participaient à ces actions de solidarité ou les suivaient avec une certaine admiration. Ironie de sort… Aujourd'hui, ces mêmes personnalités, soumises aux pressions et chantages des dirigeants des Etats-Unis et de la Turquie, adoptent les mêmes législations répressives et, en ce qui concerne par exemple la Turquie se montrent solidaires non avec les victimes arméniennes, assyriennes, kurdes ou turcs du régime répressif d'Ankara, mais avec ce régime en poursuivant les opposants et en plaçant des Loups Gris ou des négationnistes dans leurs listes électorales. Aujourd'hui, la question des droits de l'Homme en Turquie est également une question pour la Belgique et l'Union Européenne. J'espère que la coopération turco-européenne et turco-belge sera développée non pour le renforcement de la terreur d'Etat mais pour la liberté de tous les citoyens de Turquie. Dogan Özgüden Bruxelles, le 9 septembre 2006
http://www.info-turk.be
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