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Cette cantine qui s’était vu naître, ou renaître, tous les midi avant l’évacuation du squat « Chez Georges » en octobre 06 ; puis poursuivie ensuite de manière itinérante, dit « sauvage » dans la ville, s’approprie à présent de nouveaux espaces publics et privées de la cité genevoise. C’est ainsi qu’une quarantaine de personnes se sont invitées dans cet hôtel, sans fax de réservation préalable certes, mais en y apportant les couverts et les mets. « Nous pouvons manger ensemble là où nous nous rencontrons, sans monnayer l’hospitalité, sans être un support à ce que les plus riches s’enrichissent » (cf tract du manifeste de la cantine).
Le repas, rapide, et sans trop de convivialité de la part des non hôtes de la paix durera une vingtaine de minutes, certain-es sentiront même une ambiance tellement glauque et inhabituelle « que l’on a dû mal à se parler normalement »…. Les offres pour partager le repas avec eux et elles ont bien été tentées, mais en vain : les personnes du soit-disant « accueil de l’hôtel », ne voulant pas nous offrir le même qu’à leur client, omnubuléess qu’elle étaient, par l’intervention de la sécurité de leur vigils, ou autre police ; un client se sauvant à l’arrivée des convives, bien que certain-es aient fait un effort sur la tenue de soirée pour s’intégrer aux codes vestimentaires de l’endroit ; un autre restant avec le personnes dégustant le repas (taboulé , lentilles aux carottes, oignons et vertes épices, tartines de fromages sur un lit de vin blanc et rouge), regard au ciel, et répondant à l’invitation au repas « Non non, j’attends un ami… Merci » ; le dernier, anglophone, tombant dans les bras de son ami, eut plus d’humour et d’ouverture « They are funny, this group of students who are eating here… it’s crazy, isnt-it ? » (« Ils sont fous, ce groupe d’étudiants qui mangent ici… C’est fou, non ? »)… C’est sans nul doute que la folie envahit ces gens, mais ce ne sont pas que des étudiant-es ! Certainement, les travailleuses et autres clients ont été surpris, voir apeuré, par cette banderolle sur laquelle était inscrit « Ils évacuent nos Tours, nous occuperons leurs palais » (cf photos)… Il leur ait donc pardonné leur manque d’hospitalité !
L’arrivée de deux policiers suivit, demandant, comme une mauvaise coutume qu’ils ont du mal à abandonner, un responsable : -« On pourrait parler à un responsable… ou alors on a pas de courage ? » -« Le courage et la responsabilité, c’est différent il me semble ? ».
Les camarades culinaires resteront encore quelques minutes afin de terminer le repas, puis débarrasseront les tables avant de sortir, laissant un peu d’engrais artisanal aux plantes indigènes, du purin de marie-jeanne 100% bio mais avec une senteur un peu intense… Ca ne leur fera à priori pas de mal avec tous les excréments industriels qu’elles semblent recevoir.
Suivra une « déambulation » afin de trouver un autre endroit pour continuer la cantine populaire, plus hospitalier et plus chaleureux… première tentative à « l’hôtel Bristol » (rue du Pont du Mont-Blanc), puis ensuite à « L’hôtel Cornavin » (proche de la Gare) sans succès… A la question de savoir si était disponible un lieu pour manger en toute tranquillité, hors du froid de la rue, n’ayant plus de maisons pour ce faire… les agents d’accueil du premier conseillèrent la gare routière, et les second déclarèrent que ce n’était pas l’endroit approprié, « et votre bar et restaurant, ça a quel utilité alors ? »
Vers 20h30, les flics aux trousses sans qu’ils aient de réelles possibilités d’intervenir à si peu (2 membres), interféraient sur la tranquillité recherchée… La cantine populaire se termina donc pour ce jour. « Nous ne sommes pas sûrs de manger tranquillement parce que la tranquillité se paie. Les vigiles veillent à ce que rien ne perturbe le monde de ceux qui les paient. Dans ce monde, tout s’achète ».
Une action d’appropriation réoccupante de plus sous une autre forme, inattendue et impromptue afin d’élargir les formes pour se faire entendre et respecter, d’investir plus de personnes touchées par ces évacuations et faire barrage à cette spéculation immobilière qui opprime tout le monde… sauf la petite bulle bourgeoise… à moins que nous allions les opprimer sur les terres et leurs palais !
Il est promis par l’Intersquat et autres personnes attenantes que « Ca va continuer »… une seule erreur est à relever, le temps de cette déclaration, car il est certain et visible qu’à présent « Ca continue »…
A certainement très bientôt pour se réappropier une autre parcelle de la ville !
Ian
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