les kids ne courent plus derrière les pneus, ils les brulent
  Theme(s) Anticapitalisme / Antiglobalisation - Médias / Netactivisme - Répression -  
  29-03-2008 01:57
Auteur : antinanti
 
 
  pillages et émeutes voici mon compte rendu de la grève générale dure qui eut lieu à bobo dioulasso, burkina faso, Afrique en février dernier.
une version brochure est en circulation.
salud y viva la revolucion social
 
     
  Bienvenue au Burkina Faso, pays des hommes intègres. Un peuple chaleureux et accueillant, une culture riche et colorée, des paysages magnifiques et un climat bien plus doux que dans nos froides et inhospitalières contrées… Bref ça pourrait être le début d'un guide sur ce pays ou encore un texte sur un dépliant touristique pour que nos chers vacancierEs aillent oublier leur travail pendant 2 semaines avant de retourner vers la dure réalité du salariat dans leur société de consommation en avion. Le Burkina c'est ça, mais pas seulement. C'est aussi l'un des pays les plus pauvres du globe (le 173ème sur 177 en indice de développement humain en 2007…), avec en contradiction, l'un des présidents les plus riches d'Afrique. C'est un pays avec un taux de mortalité infantile de 16,92 ‰ (en 2001), une misère noire et une économie contraignant à la survie plus qu'a la surconsommation comme chez nous. Un pays avec un taux d'alphabétisation et de chômage aberrant tant il est bas pour le premier et tant il est haut pour le deuxième.
Pour connaître un peu la situation économique du pays, je me suis permis de reprendre une enquête effectuée par l'IIES (Institut International d'Études Sociales) dont on retrouvera la totalité de l'enquête (pour les plus motivéEs d'entres vous) ici :  http://www.ilo.org/public/french/bureau/inst/papers/1993/dp57/ch1.htm
Le Burkina-Faso est un pays enclavé dont la population d'environ 9 millions d'habitants est à 90% rurale. Situé dans une zone de transition entre la région soudano-guinéenne et le Sahel, le Burkina-Faso connaît un climat caractérisé par des variations pluviométriques considérables. Les terres, la biomasse et les ressources en eau sont limitées et fragiles. La dégradation de ces ressources s'accentue sous l'effet de la surexploitation résultant de mauvaises pratiques culturales et de la pression démographique. Avec un produit intérieur brut (PIB) d'environ 320 dollars des Etats-Unis par habitant en 1990, le Burkina-Faso figure parmi les pays les moins avancés (PMA), selon la typologie établie par les Nations Unies. Les services sociaux de base sont peu développés, tandis que l'espérance de vie à la naissance (47 ans) et le taux de scolarisation primaire (30%) sont parmi les plus faibles en Afrique au sud du Sahara. Un courant important d'émigration vers les pays voisins (en particulier le Ghana et la Côte d'Ivoire), qui touche surtout la plus jeune tranche d'âge de la population active, a permis de contenir une croissance démographique rapide, tout en assurant au pays des ressources financières importantes provenant de l'épargne des travailleurs émigrés.

Un pays défiguré par les ordures telles que sachets noirs qu'on jette et qui resteront encore suspendus à des arbres des centaines d'années. Un pays au passé « révolutionnaire », indépendantiste du moins, le terme de révolution étant flou, car certains pensent qu'aucune révolution n'a encore vraiment abouti (et je leur donne raison), mais si l'on demande aux burkinabéEs si leur pays a connu la révolution, tous-tes dirront oui et parleront du « capitaine Sankara ».
Tom Sank, comme beaucoup l'appellent, l'ancien président (militaire) marxiste-léniniste avait renversé et pris le pouvoir pour tenter de rendre son pays et son continent moins dépendant de l'économie mondiale néo-libérale et pour tenter d'éduquer le peuple sur ses conditions et son droit à la dignité bafouée depuis la colonisation (terme que l'on peut remplacer par mondialisation actuellement) avec souvent des méthodes discutables (comprendre dictatoriales). Il a fini assassiné par Blaise Compaoré, son frère d'armes, qui avait décidé de « rectifier le pays et ramener la démocratie »… maintenant au pouvoir depuis 20 ans.

Depuis maintenant 20 ans, on assiste à des élections multipartites, il est vrai, mais qui sont loin d'être justes. Dans un pays où l'on peut mourir de faim lors de pénurie de nourriture, ou lorsque t'es malade et qu'on t'emmène à l'hôpital, on regarde d'abord dans tes poches avant de te soigner, donc en gros ou tout s'achète, la corruption généralisée s'explique mieux. On a donc fait un immense pas en arrière, avec un peuple qui côtoie la misère quotidienne d'un côté et une élite qui vit dans un luxe dégoûtant de l'autre.
Loin de moi l'idée de faire le culte de la personnalité à l'égard Tom Sank, il est assez adulé par les Africains et les Burkinabés en particulier, (et je n'ai d'ailleurs aucune confiance en aucun leader politique qu'il soit populaire ou pas), mais il faut reconnaître que ce mec n'était pas comme les autres présidents. Il défendait réellement les pauvres, luttait effectivement contre la mondialisation capitaliste (en refusant par exemple d'entrer en matière sur la soi-disant dette du tiers-monde avec les dirigeants occidentaux) et l'injustice (en faisant rouler ses ministres en mobylette au lieu de grosses Mercedes. Ces exemples font partie de l'une des milliers d'initiatives qu'il a prises en faveur de son continent et du peuple).
Bref, c'est pas avec des chefs et un gouvernement avec des prisons bien remplies qu'il y aura vraiment un changement, mais il y a des types qui sortent du lot des chefs « normaux » qui ne pensent qu'à bouffer et retirer la bouffe à son peuple une fois au pouvoir… Ce que je veux dire c'est que si tous les gens avaient été comme Sankara, peut-être (je dis bien peut-être tout en l'espérant) qu'il n'y aurait plus eu besoin de président au Burkina et dans le monde.
Bref c'est pas simple comme situation. Voici donc une introduction qui va vous permettre de situer le contexte et de mieux cerner mon article dont le but est de relater une grève générale pas comme les autres à Bobo-Dioulasso, la seconde ville après Ouagadougou, la capitale.
Ici, un vent de révolte a soufflé pendant quelques jours et une véritable vindicte populaire s'est déclenchée. Elle n'est pas près de finir, du moins je l'espère toujours. Cet article est loin d'être précis et ne cherche pas à l'être, il veut seulement informer les copainzécopines de ce qui peut se passer sur un autre continent et dans une autre culture lorsque ça chauffe. Le parti est clairement pris pour ceux (et celles car il y en a eu, mais encore trop peu selon moi) qui ont osé vandaliser, piller, saccager, les stations shell ou les commissariats, combattre la police et parfois l'armée, bref ne pas laisser le monopole de la violence à l'état et au grand capital et fait savoir que la lutte contre les pauvres entraîne une défense de leur part. Bref de faire savoir que qui sème la misère se voit forcément un jour récolter la colère. Et ceci que en Afrique comme en Occident ou partout ailleurs. Le parti est clairement pris pour toutes cellezéceux qui luttent contre le grand capital et l'état à leur manière qui s'avère aussi variée qu'utile. C'est parti.

Mercredi 20 février 08, je me réveille en apprenant qu'il y a une grève générale à bobo. Les commerçants sont en colère contre l'augmentation générale des prix (due aux taxes). Le carburant, le riz, le savon, l'huile, bref les divers produits de nécessité première augmentent sans jamais diminuer. L'augmentation des taxes à la douane, des taxes de droit d'occuper une place au marché, des impôts divers et variés et la récente tentative d'instauration de la TVA a fait voir qu'après il ne restait plus grand chose à donner à la famille… L'état et les grands lobbys (de collusion plus qu'effective puisque l' « aristocratie » ethnique des Ouedraogo et autres Compaoré qui sont directeurs d'entreprises ou ministres ou occupant une place de choix dans la hiérarchie des hautes sphères) bouffent tout. Bref, en gros, que le peuple crève la dalle, les ministres et députés s'en foutent pas mal, c'est pas eux qui vont morfler avec leur salaire de ministre et leur compte en banque en suisse. Une situation qui leur est même profitable puisqu'elle permet les pires magouilles, creusant chaque jour un peu plus le gouffre social. On affame le peuple et le contraint à la survie (donc à la soumission aux pires conditions) l'empêchant de bien développer son esprit critique et de créer un sentiment de révolte tout à fait logique. Ceux qui s'en mettent plein les poches sont les mêmes qui détroussent les plus démunis. Ouais mais là, il semblerait que trop serait trop. Je me décide donc de me rendre en ville aller voir de plus près cette grève générale. Pleins de gens me déconseillent d'y aller. En effet, en tant que toubab (blanc) ça comporte plus de détails à prendre en compte (pour ne pas dire risques, en effet une vie humaine n'a pas la même valeur en Afrique qu'en Europe… Tout comme un plat de riz). Mais qu'importe, si une grève générale se déclare, je me dois d'aller voir la situation, « prendre la température », toubab ou pas toubab. J'attend (et essaie d'œuvrer pour) un début de mouvement chaque jour, et le jour où ça se produit, je devrais rester à la maison, me terrer comme un planqué ? Jamais ! tout sauf ça ! Surtout pour un paramètre auquel je n'y suis pour rien, je n'ai pas choisi ma couleur ni l'endroit où je suis né que je sache. Il n'appartient par contre qu'a moi de décider comment je vais mener ma vie. Mais ceci est sujet à un autre article… Certains amis me disent en plaisantant qu'à moitié de faire mon testament. Je prends donc mon stylo, mon cahier (pas pour faire mon testament, hein) et ma mob et pars voir avec un pote africain. Petite préparation psychique et physique avant, 1 ptit jus de gingembre et quelques pas de tai-chi et hop, on se lance. On passe par le centre-ville ou le plus gros s'est passé plus tôt le matin. Maintenant les gendarmes, policiers et militaires contrôlent les points importants. Casques en tête, kalachnikovs en main et tout équipés pour le combat. Certains patrouillent à pied, d'autres sont postés sur des 4x4 pick-up gouvernementaux statiques ou bien roulants à des vitesses variables selon la destination que le véhicule empreinte. Ils protègent les bâtiments officiels qui n'ont pas déjà (ou au contraire qui ont déjà) été pris pour cible. Le marché est impossible à approcher, les flics barrant toutes les routes y menant. On voit les traces des affrontements : cailloux dispersés, pneus fondus fumants, affiches de publicités vandalisées, panneaux de signalisation arrachés, feux de circulation détruits, lampadaires défoncés… on continue jusqu'à arriver dans un quartier où ça chauffe toujours. Des colonnes de fumée noire s'élèvent vers le ciel sur le goudron qui nous fait face. Des pneus brûlent par dizaine, la rue, les gens, ne sont pas comme à l'accoutumée, on sent une tension peu habituelle. Un groupe crie au loin, avec au-dessus des têtes, une forêt de longs bâtons tenus comme des torches. Ce qui m'a choqué au premier abord, c'est l'âge des grévistes. La moitié n'a pas 15 ans. Il y a aussi des vieux, mais la grande majorité des enragés sont en culotte courte. Les gamins ne courent plus derrière les pneus, ils les brûlent. Ça fait réfléchir. Il y a aussi quelques filles parmis les grévistes, mais c'est pas encore du 50/50…Loin de là. Les femmes sont pourtant les premières selon moi qui devraient sortir pour protester car ce sont elles qui sont le plus aux courants des conditions déplorables qu'elles vivent, premièrement comme pauvres et secondement comme femme africaine. Tout l'équilibre précaire de la famille repose sur la femme.

Pour ce que je vois depuis que je suis en Afrique (bientôt 6 mois), il existe 2 « styles contestataires » (bien que le style ne fasse pas la contestation, on est bien d'accords) : les rastas et les yo yo. Pour dire la vérité, je n'ai vu aucun rasta parmis les insurgés, mais essentiellement des rappeurs (mais n'étais pas non plus présent sur tous les fronts, je ne sais pas encore me diviser en plusieurs entités). Et c'est pas forcément les habits qui me font dire ça… En tous cas, ça renforce mon idée sur le hip hop et son engagement révolutionnaire bien qu'une certaine frange de ce style en soit très éloignée… Je tiens aussi à dire que je ne rabaisse pas le reggae, le travail de dénonciation de certain reggae man comme tiken jah fakoly ou Alpha Blondy (et les autres dans l'ombre) est remarquable. Je le dis sans en douter, ce qui se passe aujourd'hui est aussi grâce à eux et leur musique qui ouvre les yeux des Africains.
Voir environ 200 mecs (ainsi que quelques filles) avec des bâtons qui dépassent bien 2 fois leur taille, crier « libérer » à répétition, jusqu'à casser la voix, est réellement impressionnant. AucunE n'est masqué et beaucoup prennent le risque d'être dénoncé ou vendus aux flics. Lorsque je remarque cela, mon ami me rétorque qu'ils n'ont pas la présence d'esprit de se cacher mais juste de se fâcher. Il semblerait que les émeutiers occidentaux (parfois) organisés comme ils sont (tactique de black bloc, de guérilla de rue avec équipement à l'appui, sans oublier la structure pas forcément sinon presque jamais hiérarchique mise en place qu'elle soit provisoire ou effective) seraient plus rodés à ce genre d'exercices. Déjà on est en réelle démocratie, qu'on soit critique ou non envers ce régime, il faut se rendre à l'évidence que les droits humains sont à peu près respectés dans nos sociétés. Ce qui permet aussi de se dire que quand on va « émeuter », on va sûrement pas y laisser sa vie… Quoique… M'enfin, ici c'est bien plus flou… Ensuite on a un passé chargé en mouvements de luttes sociales diverses dures alors qu'ici c'est pas dans les habitudes de faire violence. Enfin dans un pays où l'ignorance est malheuresement très répandue, ceci étant dû principalement au manque d'éveil de l'esprit critique que peut apporter l'école et son alphabétisation (c'est grâce à elle que j'arrive à vous écrire ces lignes et que, pour beaucoup d'entre vous, vous arrivez à les déchiffrer), bref sans ces avantages certains dans la vie, il arrive qu'on ne réfléchisse pas très loin quoi. Ceci n'est pas un rabaissement des Africains mais seulement une observation de la réalité quotidienne. Et je ne dis pas non plus par là que le système scolaire qui est inoculé par le pouvoir depuis l'enfance (ne l'oublions pas) soit parfait. Ceci en Afrique comme partout. Mais bon, ici c'est un pays où suivre sa scolarité sans interruption jusqu'à la fin officielle (« obligatoire ») est une véritable chance. Bref après cette petite digression, revenons à nos très jeunes grévistes africains avec des longs bâtons et pas masqués. Ils s'attaquent à ce qu'ils trouvent. Feux et panneaux de stop, enseignes de pub, c'est d'ailleurs un réel plaisir que de voir s'effondrer par dizaines en quelques minutes les appels à la consommation (qui sont tous de mêmes moins nombreux et envahissants par rapport à l'occident). En tous cas, ce qu'on peut dire c'est que s'ils ne sont visiblement pas organisés ils sont tout de même efficaces ces petits africains enragés. Je me suis vraiment fait plaisir et j'ai encore la chair de poule de raconter à l'instant ou j'écris ces lignes. Si on les lâchait dans une ville occidentale, ils abbatteraient un sacré boulot. C'est moi qui vous le dit. Y'aurait plus rien après leur passage.
Les commerces non solidaires avec la grève sont aussi attaqués et parfois pillés. On peut comprendre que les gros supermarchés libanais richissimes soient attaqués, mais lorsque c'est une maman qui se débrouille comme elle peut pour nourrir ses marmots en vendant son riz préparé au bord de la route, c'est moins intelligent comme cible. Dévaster les bâtiments officiels tels que mairies ou encore gendarmerie ou section financières pour ensuite brûler les papiers officiels est un acte de courage et lutte physique effectif, mais piller quelqu'un qui est dans la même misère que toi n'est pas un acte socialement et politiquement utile. C'est même néfaste car cela entraîne une sorte de discrédit au mouvement, les grévistes deviennent pilleurs de pauvres, bandits, bref malfaiteurs et l'on peut être surs que le pouvoir en place va récupérer ces mauvaises actions pour pouvoir manipuler l'opinion publique. Mais il faut dire que quand tu cries, cours et casse depuis le matin, le ventre vide se fait sentir. Et une vendeuse de riz non solidaire avec ton combat ne va pas te faire pitié, voilà comment on m'a fait comprendre l'essence de cet acte. Il ne s'agit pas de dénoncer ou d'encourager ces actes.
Dès que la police arrive, tout le monde ne cherche pas son reste et se disperse en courant dans tous les sens, pour se retrouver à un autre endroit et continuer. Pour ce que j'en ai vu, l'affrontement direct, le face à face avec la police comme les émeutes de chez nous n'existe presque pas. Et ça se comprend, vu la férocité et l'armement policier et aussi pour toutes les raisons que j'exprimais plus haut. Et quand on ajoute les militaires, la situation devient explosive. J'assiste donc à des émeutes de quartier. Le gros bordel s'est passé le matin en ville vers le grand marché. T'as l'anus serré quand tu les vois passer tout près de toi. C'est toi l'étranger, tout seul face a environ 200 gars armés et enragés, certains me regardent et voient lorsque je les suis que je les soutiens. Quelques regards bien placés et des gestes équivoques les assurent mieux encore de mon soutien envers eux. 2-3 jeunes se détachent de la foule pour venir me parler. Ils déposent premièrement leurs gros bâtons (ce qui me fait desserrer les miches, pour dire la vérité) et viennent me serrer la main. On commence à parler et je leur faire savoir ce que je pense de la situation. Et de commencer à leur raconter comment se passent les émeutes par chez nous et de leur assurer que j'en suis lorsque ça se passe. Leur donner aussi 2-3 trucs à exploiter telle que recette de cocktail Molotov etc.… Ils me parlent des émeutes des banlieues françaises de 2005, ou plus récemment 2007. Je leur parle des récentes évacuations de squats à Genève ou des grands rendez-vous de l'économie mondiale (dernier en date le G8 de Rostock) ou nous essayons de lutter pour un monde plus juste, on se comprend et ça discute bien. Arrive la police, il faut se disperser, on remet cette discute à plus tard, je leur dis de faire bien gaffe à eux et que seule la lutte paye. On se quitte en se souriant. Je n'ai jamais revu ces jeunes. J'espère seulement qu'ils n'auront pas été raflés par la police ou pire, les militaires. On part retrouver les grévistes deux trois carrés plus loin. Ils sont en perpétuel mouvement. Vu de haut la foule devait faire penser à une sorte d'amibe progressant à travers les rues sans jamais venir se frotter aux flics (les globules blancs si on est porté sur les métaphores biologiques). Un petit qui m'avait remarqué depuis olala vient me raconter les événements depuis le début. Il est allé aider premièrement sa maman à aller ramasser ses légumes au marché car des tensions auraient éclaté tôt le matin entre partisans de la grève générale et cellezéceux qui voulaient quand même ouvrir le grand marché. Il restera fermé les 3 jours suivants. Les flics seraient intervenus violemment et ça chauffait déjà à 7 heures du mat' aux alentours du marché. La manif pacifiquement prévue commençait mal. En effet, les commerçants devaient seulement marcher (ce sans aucune autorisation demandée aux autorités s'indigneront les journaux locaux) dans la ville et pour finir venir poser un cahier de doléances à « la maison du gouverneur » (une immense maison blanche dans le plus pur style colonial avec un terrain de plusieurs hectares, s'il vous plait). Les flics déjà remontés par les événements passés auraient bloqué la route et tiré des lacrymos sans sommations en tir tendu sur la foule. Ils seraient allés jusqu'à assassiner un manifestant avec leur saloperies. C'est là que tout aurait véritablement débuté. Les bobolais se seraient levés comme rarement, si ce n'est jamais à entendre parler certains, et pas forcément ceux qui sont le moins au courant. Les destructions auraient débuté dans le centre avec l'attaque du marché, le saccage des stations shell et autres sociétés dealeuses de carburant, des bâtiments officiels tels que la sonabel, la société étatique qui se charge de taxer l'électricité, la mairie de Do dont les documents officiels tels qu'archives d'état et autres documents seraient partis en fumée, les ordinateurs se seraient volatilisés (soit en fumée ou tout simplement physiquement…gniark gniark), ainsi que banques et caisses « populaires » et autres sections de douaniers taxeurs de denrées. Dégâts aussi bien visibles et pas forcément les plus subtils (et utiles à la cause) : les panneaux de signalisation et autres feux de circulation… La liste des dégâts n'est malheuresment pas exhaustive. Le pillage soi-disant organisé de la station shell vers la place de la femme (un carrefour où au milieu, on trouve plantée une statue d'une femme en train de balayer … On a fait plus flatteur et moins patriarcal comme symbolique de la femme…) aurait été une réponse à la collaboration des gros bouffeurs avec les autorités, c'est-à-dire les patrons des stations : Des jeunes émeutiers seraient venus se cacher de la police aux alentours de la station et le patron aurait ordonné aux employés d'attraper ces jeunes pour les dénoncer à la police et ainsi faire son devoir de bon citoyen obéissant. Les témoins de cette scène se seraient levés d'un coup en solidarité avec les jeunes, saccageant la station et la pillant. La statue de la femme qui a maintenant un teint noir (au lieu du teint de bronze qu'elle a normalement) dû au coup de chaleur qu'elle a reçu grâce à un petit incendie à ses pieds a aussi perdu son balai. Elle ne balaie plus, elle est maintenant seulement courbée avec un petit air calciné. Un deuxième foyer de révolte dans la ville serait né de cette façon. Il paraît qu'il y a eu au maximum 5 foyers de révolte disséminés et mobiles dans la ville et qu'à l'heure ou le petit me parle, il en resterait 3 actifs. Tout ça, les flics n'avaient pas prévu. Les CRS (oui ça existe au Burkina et ils sont aussi méchants si ce n'est plus qu'en France) ont vite été dépassés par les événements et décision a été prise d'amener les militaires avec des kalachnikovs en renfort. Des balles réelles auraient été tirées. Ça devient vraiment grave quand ce sont les bérets rouges qui sortent. Les bérets rouges sont des unités spécialement entraînées pour intervenir dans ce genre d'événements et terrasser la population (ce qu'ils arrivent avec une certaine brio) ou toute autre mission délicate spéciale. Ils n'auraient pas peur de mourir et pourraient très bien le faire pour leur président. Les membres de cette « garde plétorienne » auraient été fanatisés, ils n'auraient pas de familles et certains seraient des grands brigands ressortis des plus mauvaises prisons à la seule condition de travailler et mourir s'il le faut pour le bien-aimé président. Et ils sont bien payés pour éviter tout problème de leur côté. Attention toutes ces données ne sont que rumeurs et « on dit », précautions donc à prendre au niveau de la véracité totale de ces informations. Je préfère colporter une fausse information et prévenir qu'elle peut l'être plutôt que de ne rien colporter par manque de sources fiables.
Les flics auraient donc utilisé des gaz lacrymos (en tir tendu…), les militaires auraient tiré à balles réelles (pas d'informations si des tirs avaient été dirigés vers la foule) pour disperser la foule et repousser les jeunes dans les quartiers périphériques (comme celui dans lequel je me trouve en ce moment). Les jeunes se seraient regroupés dans leur quartier, les flics les poursuivant tant bien que mal… La population dans sa majorité soutient les grévistes. La vie, tout le monde s'accorde à le dire sans hésitation, la vie devient de plus en plus dure. Déjà qu'elle n'était pas facile avant, elle devient carrément impossible. Je file un petit jeton à mon informateur de 12 ans pas plus pour qu'il aille manger ou faire ce qu'il veut avec, c'est pas mon problème. Il me remercie alors que c'est à moi de le remercier. On se quitte en se disant à chacun de faire gaffe. Je continue mon chemin pour rencontrer un autre échangeur d'idées.

Un jeune réticent au vandalisme. Il dit que casser les panneaux et les feux de circulation, vraiment ça vaut pas le coup. Ça ne va pas servir la cause, ça va même créer des problèmes en plus. Je lui donne partiellement raison. La signalisation routière est là pour réguler la circulation et éviter les accidents. Les casser ne va pas rendre service à la population, au contraire. Je lui fais remarquer que quand même les petits dégâts impulsivement occasionnés par la jeunesse gréviste en colère ne sont rien comparés à la froide et méthodique entreprise de dégradation des conditions de vie organisée par l'élite « dirigeante et cynique » (dixit Didier awadi le rappeur africain engagé). Les forces de l'ordre (ou du désordre selon votre point de vue) vont petit à petit reprendre le contrôle de la rue. Mais le fait qu'elles l'aient perdu pendant un moment est déjà une immense victoire. Une bataille de gagnée mais de loin pas la guerre. Ya encore du boulot, mais avec des jours comme aujourd'hui, on est sur la bonne voie, je vous le dis. J'aurais voulu être acteur, je n'ai été que spectateur pour ensuite être colporteur. Ces mots que j'aligne premièrement sur mon bloc-notes pour ensuite les retranscrire sur l'ordi des nuits blanches durant, c'est ma contribution au mouv'. De plus, aller au milieu des émeutes comportait 2-3 détails à prendre en compte : premièrement c'est pas ma culture et venir mettre sa bouche dans des histoires qui ne me concernent pas (enfin, c'est ce que l'on croit) ne se fait pas (un dicton dit très justement que ce que tu ne peux pas arranger, faut pas déranger), secondo un toubab' au milieu des farafin (africains, littéralement « peau noire » en dioula), ça allait n'allait pas être remarqué qu'un peu, pour ne pas dire beaucoup, et troisièmement, Faire une émeute à 1 heure de l'après-midi jusqu'à 4 heures environs en plein cagnard africain (35° à l'ombre, je'n'ai pas envie de me noyer dans ma sueur après un 100 mètres avec des flics qui nous charge, et ouais, je sais, c'est de l'activisme de pacotille, digne des révolutionnaires du dimanche, des anarchistes de bistrot, vous auriez certainement participé à faire brûler les pneus ou à tordre les panneaux de stop, mais on n'est pas pareils…) Dans une ville que je ne maîtrise pas encore bien (pour ne pas dire pas du tout), ben, ça me branchait moyen moyen. Il n'y a pas de sous activités et je sais que le travail, je suis en train de faire est aussi important qu'une autre façon de lutter. J'ai parlé, observé, soutenu, couché ça sur papier pour informer les gens que ça bouge aussi ici. Le manque d'informations surtout sur le côté social en Afrique est aberrant. Il est consciemment, sciemment caché et sclérosé pour empêcher une prise de position commune et une tentative d'unité entre les diverses factions insurgées à travers le monde, cette tactique nous faisant croire que nous sommes isolées et que notre combat ne sert à rien vu que nous n'avons pas d'écho alors qu'il n'en est rien. Logique mais épouvantable comme façon de faire. Bin voilà une bonne façon de contribuer à essayer de construire un pont entre nos luttes communes. Depuis que je suis arrivé en Afrique, j'ai bien fermé ma gueule, me suis bien calmé pour pouvoir relativiser, moi qui aimais bien ouvrir ma gueule en Europe. Bin là je suis rempli de haine à l'égard des injustices commises chaque jour, à l'égard des privilèges qui n'ont aucune place à avoir, à l'égard de la tournure du monde et de l'obligation de devoir être entraîné dans ce tourbillon infernal mêlé d'état et de thune. Et les événements comme ce jour me redonnent le courage de continuer et d'utiliser ce sentiment de révolte brûlant au sein de moi-même pour déconstruire ce monde économiquement ignoble, politiquement effroyable et construire doni doni (petit à petit en dioula) un monde, une société, une vie plus juste, plus digne, plus libre. C'est ça le plus important. Demain, on ne sait pas si ça va continuer, mais ah, en tous cas, la nuit sera plus chaude que d'habitude à bobo. Et ce n'est pas la température qui sera forcément entièrement responsable de la chaleur cette fois…


23 :00 ça continue en ville, je rentre comme ça à la maison, les flics patrouillent dans les quartiers (qui pour certains sont encore actifs). Demain la grève est reconduite. Dixit un communiqué annoncé à la radio. « Bizarrement », la télé étatique ne dit rien sur ces événements d'une ampleur incroyable. On apprend aussi que ouahigouya, au nord, aurait été solidaire, que de l'une des mairies et d'un commissariat de la ville il ne reste que les murs…(gniark gniark) Boromo et banfora auraient eu aussi des mouvements d'humeur. Que la statue de blaise compaoré sensé être bras dessus bras dessous avec kadafi a été descendue, mais qu'il reste kadafi. Voilà encore du boulot pour demain les jeunes. Et que l'on comptabiliserait 3 morts, 1 commerçant, 1 enfant et 1 gendarme (mais rumeur ne veut pas dire vérité), pas d'infos par contre sur le nombre de blessés ou le chiffre de dégât matériel et, l'info de la soirée, Ouagadougou sera solidaire le 28 février, c'est-à-dire dans exactement une semaine. To be continued. Demain est un autre jour. Bonne nuit à nous tous et surtout aux enfermés je leur souhaite tout le courage et la volonté de vaincre dont il faudra faire preuve.


Jeudi 21 février 08, grève reconduite. Je sors en ville en fin de matinée trouver des gendarmes bien équipé pour la défouraille bloquant les grosses artères. Ça semble chauffer encore en ville. Passer à travers les lignes ennemies en se faufilant parmi les rues-brèches du dispositif policier ne fut pas de tout repos. Je ne craignant presque rien étant toubab, mais pour arriver au kiosque de mes amis, j'ai du faire pas mal de détours. Bref j'y arrive enfin, après avoir croisé plusieurs bérets rouges avec leur AK, la mine serrée postés vers le vieux quartier qui était comme en état de siège. Ca chauffe sur la route. Je vais voir avec un de mes potes qui est chaud pour aller « se promener » avec moi. Des pneus brûlent par dizaines. Les grévistes m'accueillent et me charrient en me disant que désormais pour passer la barricade de pneus qui brûlent, il faut payer… Je leur fais comprendre que je suis avec eux, ils me disent qu'ils s'amusent avec moi. On va voir les coins qui sont dévastés avec les bénédictions des grévistes. Je croise un ami coiffeur qui m'avait rasé quelques jours auparavant, il est bourré de pneus qu'il ramène sur la route pour en faire un beau feu de joie. Bin maintenant c'est devenu mon coiffeur et mon barbier attitré après l'avoir vu sur les barricades. Sur le chemin, des pneus continuent de brûler ca et là. Les quartiers et leurs jeunes sont bien actifs. En me promenant, je croise un camion rempli de Crs passant à toute vitesse tirant des lacrymos au hasard. Je dis à mon pote que c'est incroyable comment ils lancent leur lacrymos sans regarder, il me fait savoir qu'une lacrymo est tombée dans sa cour alors que sa vieille maman était seule et que c'est les voisins qui ont du la dégager avec une pelle après que la vieille ait bien suffoqué 5 minutes (ce qui est très long, la figure dans les lacrymos). Une atmosphère surréaliste flotte : à 200 mètres de là, des jeunes avec des bâtons 2 fois plus long qu'eux crient et brûlent des pneus, et ici ça discute peinard du dernier match de foot. On va voir les stations saccagées, les caisses populaires pillées et vandalisées, les différentes sections de bâtiments officiels (des finances, mairies…) Qui ont subi la colère populaire. Lorsque je veux prendre une photo avec mon appareil photo intégré à mon portable (vive la technologie de notre bonne société de consommation qui a permis de faire que ton téléphone ne serve pas seulement à appeler mais aussi à prendre des photos des vidéos ou encore te tracer n'importe ou que tu sois, et ya encore plein d'autres fonctionnalités) la porte défoncée d'un bâtiment officiel et que 3 personnes sont devant, je leur demande si je peux prendre la photo, eux qui en prennent eux-mêmes, ils me répondent non. Ça devait sûrement être un chef flic et son journaliste à qui il va raconter sa version de fait, qui sortira sûrement telle quelle dans le journal de demain. Je finis mon petit tour (d'environ 2 heures à marcher le long du boulevard de la révolution) en prenant 2-3 photos de shell cassé et consort. Je retrouve mon frère africain au kiosque familial et on décide de faire un tour, mais cette fois en mob, mes pieds criant souffrance. Il prend le guidon pour que j'observe bien. On va voir l'état de la statue de blaise espérant voir kadafi être aussi descendu dans la nuit ou la matinée et bingo, il ne reste rien de nos 2 pères fouettards. Plus rien qu'un socle ridicule. Ça donne le sourire aux lèvres de voir ça. Vous ne pouvez même pas imaginer. C'est plus qu'un sourire c'est un éclat de rire. Les militaires sont présents en force dans la ville et ils reprennent le contrôle des rues. Le centre-ville premièrement, puis les quartiers sensibles après. Après cette petite promenade de santé, nous décidons que faim se fait sentir que ventre nous allons remplir. On va à la maison subvenir à nos besoins primaires, se reposer, et prendre l'appareil photo. Après une pause de 2 heures environs à la baraque, nous ressortons trouver une ville en état de siège militaire. Trouver du carburant devient un réel problème. On doit aller jusqu'à la périphérie pour en trouver, on en profite pour faire le plein car on ne sait pas comment va se présenter la situation pour l'avenir. Les militaires sont chauds chauds en tous cas. On dirait que c'est la guerre vu leurs équipements (c'est pas la guerre c'est la grève les gars avais-je envie de leur dire, mais me suis retenu pour des raisons évidentes). Mon frère me dit que s'ils sont sortis avec leurs gros sacs, ils vont commencer à vraiment faire du mal ce soir pendant le couvre-feu. Ils sont en situation de combat contre la population. Autrement dit, ils combattent pour la sauvegarde des injustices et pour la misère partagée par tous, pour la garde des richesses par les élites. Si seulement ils se retournaient contre leurs dirigeants, leurs patrons et c'en serait fini de cette mauvaise plaisanterie qui a déjà trop duré. Mais non. Ils préfèrent taper sur le peuple, ya bien plus de cibles. Ils veulent faire peur. Les bérets rouges sont les plus drôles avec leurs têtes de pitbull et la mine serrée parce qu'ils n'ont pas mangé depuis le matin. Et leur kalash qu'ils portent bien haut pour bien montrer à tous que c'est eux qui ont les armes léthales. En tournant, nous croisons un convoi de camions de flics. En regardant bien à l'arrière des 4x4 pick-up gouvernementaux, on voit que les flics sont assis sur des civils, des prisonniers tout juste raflés malchanceusement. En roulant à côté d'un terrain vague, j'aperçois un keuf kalash à la main en train de torturer un prisonnier. Sa méthode : le faire traverser le terrain de long en large les mains sur la tête et à genoux nus. Inutile de parler du soleil qui brûle. Gare à toi si tu faiblis, un coup de crosse d'AK47 pour te remotiver. T'aura sûrement pas d'eau avant un ptit moment. Faire une photo aurait été vraiment intéressant pour appuyer mes paroles, mais vraiment c'était trop chaud. Le terrain était bien gardé. Ça devait être le coin de détention provisoire. Ou quelque chose comme ça. Voilà l'un des nombreux sorts réservés aux grévistes qui seront attrapés. Et ils seront beaucoup, vu que la délation et la corruption sont ici malheuresement bien répandues. Vers la soirée, tout est redevenu calme. Les militaires et gendarmes sont postés à chaque coin de rue, armés jusqu'aux oreilles (ça fait plus que les dents encore). On dit que cette nuit c'est couvre-feu. Les gens sont toujours énervés. Demain sera peut-être plus calme. Selon certaines sources plus sures que d'autres, je cite : « Les dégâts s'élèvent à 23 milliards de francs CFA. Mais ceux que les grévistes ont pillés sont majoritairement des personnes possédant des comptes à l'étranger (en suisse de préférence…). 3 ministres sont venus de ouaga pour arriver et se faire caillasser par les grévistes, ils ont été surpris d'une grève d'une telle ampleur et pensaient que l'on pouvait voir ça seulement à ouaga. Les grévistes auraient été organisés quartiers par quartiers, L'information serait bien passée entre eux. Ils ont donc fait preuve de coordination lors des émeutes. La répression fait état d'environ 220 prisonniers. La mairie de Do aurait été réduite en poussière, les grévistes auraient brûlé les dossiers officiels. 3 à 4 pharmacies (appartenant à des députés ou des gros patrons) ont été saccagées et pillées. »

23/02 /08 aujourd'hui tout est redevenu calme à bobo. Les commerces réouvrent, et les gens circulent normalement. Mais on sent toujours une tension dans l'air, dûe certainement au nombre incroyable d'hommes de tenue armés postés en ville. Ils se retirent peu à peu. Le premier ministre et ses sbires ont accouru pour constater l'ampleur des dégâts et tenter de ramener le calme. Sa présence ici est une provocation de plus. Ses propos semblent dire que cette grève n'est pour rien. Le peuple est sorti dans les rues risquant sa vie face aux militaires pour rien… Il continue en disant que, depuis un an, aucune augmentation n'avait été décrétée. Peut-être qu'il a oublié qu'il avait augmenté de 300 % pour certaines denrées les prix, il y a 2 ans ? Cette déclaration est une incroyable provocation de la part du ministre à l'encontre de la population. Nier la réalité avec tant de "sincérité" dans le regard télévisé pour ensuite venir accuser les commerçants eux-mêmes d'être victimes de leur sort et enfin venir se décharger sur la hausse du carburant dûe à la situation mondiale pétrolière quelque peu tendue. Le peuple est pris pour un con. A lui de montrer s'il l'est vraiment. La manipulation médiatique se fait très discrète, mais présente. Un petit mot par-ci par-là, mais surtout ne pas trop en parler… Certaines radios indépendantes sont tout de même sorties du lot par rapport à la situation... Merci à eux d'avoir opté avant tout pour l'information avant la manipulation médiatique dictée par l'état.
Le couvre-feu est encore de vigueur. Ils ont peur que ça recommence alors ils font savoir qu'ils surveillent tout et commencent à rafler les gens. Des flics en civils viennent se mélanger aux groupes et faire leur sale boulot.
La liberté d'information est loin d'être assuré. Prendre des notes ou des photos peut être risqué. On commence à compter les manquants parmis les jeunes des familles des quartiers. Entassés dans la maison d'arrêt ou perdus on ne sait où.
L'état fait croire que la foule a été manipulée par des politiciens invisibles de l'opposition. Alors qu'il n'est rien, c'est plutôt l'expression d'un profond ras-le-bol du "Burkina d'en bas". Aucune tête n'a engagé les foules, elles se sont spontanément soulevées contre la dégradation de leurs conditions de vie. En effet, depuis 1974 bobo n'avait pas connu de telles scènes d'émeutes. Hommes femmes vieux étaient dans la rue, même si c'est principalement des jeunes hommes. Il me semble important de souligner que le soutien populaire était presque total. La discussion qui revient (et reviendra) souvent dans les chaumières est portée sur les pillages et les dégâts. Je fais toujours savoir que, de mon point de vue, ces dégâts ne sont rien comparé au vol légal que les riches font tous les jours au nez et à la barbe de tout le monde. Et ce quotidiennement depuis 20 ans. Les multiples coupures budgétaires qui finissent dans la poche, les cm en moins que ceux prévus dans le plan pour le bitumage de la route reliant les 2 principales villes du pays, qui viennent virtuellement se poser sur la route et réellement être détourné pour être reversés dans les comptes en Suisse, ça devrait être normal ? Sachant que cet exemple est le plus flagrant mais de loin pas le seul méfait de ces enfoirés ? pour moi non. Alors je ne vais pas aller pleurer devant une station shell dévastée ou encore un guichet de banque détruit à gros coups de marteaux africains. Non non non. Tant mieux même, ces pillages sont une maigre revanche en contradiction avec leurs détournements de
fonds. Voilà ce que j'en dis.


Lundi 25 février, le grand marché a rouvert (signe que c'est moins chaud). Tout redevient normal, comme s'il ne s'était rien passé Presque… Sauf que les feux rouges et les traces des pneus brûlés sur le bitume (faisant des ronds noirs dessus) trahissent le paisible paysage…
Une accalmie toute relative s'est installée à bobo. Les militaires et autres chiens de garde des pouvoirs sont toujours postés devant les bâtiments importants (économiquement ou politiquement) et les points névralgiques de la ville, armés jusqu'aux dents. Des renforts seraient arrivés des campements militaires des autres villes.
Les émeutes se sont étendues à banfora, une autre ville.
Couvre-feu toujours en vigueur dans certains quartiers sensibles, bruits de détonations entendus dans la nuit de samedi à dimanche mais aucune information concluante. Tout n'est que rumeur. Je le répète encore et toujours cet article n'est pas sensé être précis mais plutôt écrit sur le vif, donc attention aux informations données.
beaucoup de familles sont sans nouvelles de leurs petits qui ont été attrapés durant les rafles ou le couvre-feu, ce qui rajoute de l'essence sur un feu déjà bien parti.

Nous vivons un calme tout relatif puisque le 28 c'est au tour de Ouagadougou de se rebeller, et ce qui se dit, c'est que si les ouagalais se révoltent, les bobolais vont ressortir casser ce qui ne l'est pas encore.
ce qui est sûr, c'est que le ras-le-bol du peuple est bien là.
Un ouagalais marxiste-léniniste m'a appelé pour parler de ces événements avec moi. Même si nous ne sommes pas d'accords politiquement sur beaucoup de points, nous avons aussi beaucoup de points communs, ce qui permet de nous entendre "à peu près" à chaque fois. Il m'appelait pour me dire qu'à ouaga il pense qu'il ne va rien se passer. Il me rétorque que c'est pas organisé. Je lui dis qu'on verra tout en pensant que pour être efficace, un mouvement n'a pas forcément besoin d'être encadré, à l'image des recents événements qu'il y a eu à bobo il y maintenant presque une semaine. Voilà un des points avec lesquels je ne suis pas d'accords avec nos amis les rouges. C'est que ça doit forcément être organisé par eux et à leur façon si on veut que ça marche… Voilà leur principal problème en fait. Mais on va voir. Tout en espérant secrètement que ça va chauffer et qu'il a tort. Hier j'ai pris une photo qui m'a foutu l'adrénaline. Tant pour la prendre que par son contenu : une remorque appartenant à la maison d'arrêt de bobo remplie de pauvres mecs sortant pour les amener se faire juger dizaines par dizaines à la va-vite, à l'Africaine... La répression été féroce aussi physiquement que judiciairement sur bobo, on parle de plus d'une centaine de condamnations pour « vandalisme » et autres chefs d'accusations. Passer plus d'une demi-année en maison de correction déjà surbondée, ou les repas ne sont pas pris en compte par les autorités pénitentiaires (tu peux donc mourir de faim sans problèmes et si ce n'est pas la faim c'est les épidémies dues aux exécrables conditions de détention qui peuvent s'en charger) ça va être chaud pour ta gueule si ta famille ne s'occupe pas de toi. S'il existe des palais de justice, je ne vois pas ou se cache la vraie justice. Que ça soit ici comme en Europe.

27.2.08 Ce soir, pile une semaine après le début des émeutes à bobo, le « ministre sauvage » (terme que j'ai entendu en laissant traîner une oreille dans une causerie populaire comme on en entend souvent dans les maquis, par exemple) de l'économie est venu à bobo bloquer le rond-point des nations (LE carrefour de la ville) à l'heure de la descente du travail, les gens ne pouvant pas rentrer chez eux. Pour faire son petit discours d'appel au calme. Et surtout, venir promettre que les taxes douanières seront diminuées d'ici 3 mois (c'est tout le temps qu'il faut pour trouver une autre excuse bidon pour repousser encore l'échéance ou même essayer de faire oublier le problème, comme si les gens allaient se rendormir... Les taxes douanières pourraient être allégées. enfin tout ça c'est du blablabla, en attendant le peuple souffre et se prépare à une famine due aux mauvaises récoltes de mil, maïs, coton, bref tout. Bloquer et emmerder les gens comme ça est une énième provocation des minus aux pouvoirs. Ils le savent alors ils sortent avec la cavalerie. ça devient une provocation-démonstration de force : Les militaires étaient de sortie et avaient graissé leurs armes. La façon même de montrer leurs armes montre qu'ils sont en position de supériorité par rapport au peuple car eux ils ont accès à des engins de mort et peuvent l'utiliser sans (trop de) problèmes. Ils font le concours de la sale gueule, mais ya égalité, absolument pas de perdants. Le « ministre sauvage » est aussi sorti avec ses clowns de service. Des motards présidentiels avec les petites casquettes de services bleues, les tuniques bleues super serrées, les caches-chaussures blancs et des gants blancs de cochers (exactement comme les cochers à l'époque coloniale…). Se croire tout permis est bien, mais c'est moins bien de se permettre de faire chier le monde et faire ce que les autres n'imagineraient même pas faire tellement ça emmerderait le peuple. Se croire tout permis est mieux encore si c'est le cas pour tout le monde. Or c'est pas le cas monsieur le ministre. Pendant que vous mangez gastro à la petite sauterie que vous organisez dans un restaurant de luxe, à pas même 200 mètres de vous, ya des gens qui vont passer la nuit avec la faim et pour qui ça va être un problème de trouver de quoi se remplir le ventre le lendemain… Pardon ? ah ils n'auront qu'à chasser des chauves-souris qui vivent dans les arbres ? Comment on fait pour ceux qui ont pas la force de chasser ? d'accord, je vais leur dire ou vous le faites vous-même ? C'est moi ? oui, c'est bien ce que je pensais monsieur le ministre sauvage. Un jour tout se paye. Mais c'est la lutte qui paye (ou fait payer, selon) le plus.


Jeudi 28.2.08 Chaleur torride. grève à ouaga. Bobo est calme mais toujours encadrée militairement, et pour « mélanger » les gens comme on dit ici, ils mettent des flics en civils dans la rue pour tenter de voir qui parle et qui fait quoi sans attirer l'attention. Les flics sont quand même nerveux, ils sont nombreux et armés. à surveiller mobilement en patrouilles motorisées ou à pied ou statiquement assis à des carrefours ou devant des bâtiments officiels à moitié brûlés pour certains. Contrairement à ce qui s'est dit, les bobolais ne sont pas ressortis gréver avec les ouagalais. ça combat donc tout seul à ouaga, mais qu'importe, ils ont l'habitude, car souvent s'il y a grève c'est seulement et uniquement à ouaga. Lors des grèves contre la loi du port du casque obligatoire sur les mob' ' (par exemple, et c'est l'exemple véridique le plus con que j'ai trouvé), c'était seulement à ouaga que ça chauffait gravement. Dommage pour cette fois encore. Mais bon, je ne suis pas dans la tête des gens et s'ils ne veulent pas sortir c'est que ça ne devait pas être le moment. Faut dire aussi qu'on réfléchit à 2 fois avant d'aller gréver devant une rangée de militaires avec des kalash prêtes à servir et n'attendant que ça… À la différence d'il y a une semaine, ils sont préparés cette fois et nombreux… Il paraît que ça chauffe sévère à ouaga. Affrontements avec les forces de l'ordre (ou du désordre…) Pillages de stations, saccages de bâtiments officiels (on m'a parlé de l'attaque de « la maison du maire »), d'incendies de bus appartenant à Son Éminence le maire député et ainsi d'autres attaques… Évidemment, les feux rouges auraient aussi morflé…

29 février 2008, Ouagadougou, la capitale, Des émeutes violentes auraient éclaté toute la journée. Stations services (shell et consort) ainsi que bâtiments officiels auraient été les cibles privilégiées des émeutiers. aujourd'hui il semblerait que ça se passe tranquillement là-bas. Ici à bobo tout est resté calme, contrairement à ce qui s'était dit. Les flics étaient nombreux, nerveux et armés, mais pas d'incidents à signaler. Je comprends un peu les bobolais de ne pas avoir osé sortir quand on voit le nombre impressionnant d'hommes mobilisés dans la ville et les engins de mort qu'ils se trimballent sous le bras. Selon RFI, un mort serait à déplorer à Ouagadougou. Un manifestant poignardé par un employé d'une imprimerie qui aurait été attaquée par les grévistes. Les militaires seraient mobilisés sur toutes les grosses artères de Ouaga.

Toujours selon RFI, au Cameroun, la situation semble aussi se dégrader entre le gouvernement et le peuple, de violentes manifestations contre la vie chère et antigouvernementale (le président au pouvoir est contesté) secouent les principales villes du pays. L'armée tire à balles réelles sur la population.

5 mars, tout est calme au Burkina, mais ce qui se dit, c'est que la grève générale pourrait reprendre le 15 à ouaga et bobo. Selon RFI, la répression est de plus en plus féroce au Cameroun. On parle de dizaines de morts. À part en parler et informer je ne vois vraiment rien d'autre à faire contre. Je me console en me disant que c'est mieux que rien.

7 mars 08 c'est parti comme c'est venu, subitement. Si c'est pas les feux rouges qui ne sont toujours pas réparés (et qui risquent de ne pas l'être pendant un ptit moment du genre une année) et les auréoles des pneus fondus sur les goudrons, on aurait jamais dit que ya 2 semaines c'était la grève générale à tournure insurrectionnelle dans les rues de bobo. Les touristes vaquent en ville tranquillement se faisant harceler par les petits vendeurs d'objets d'art, le marché fonctionne comme si de rien, plus personne ne parle de ça, je suis le seul… Les gens doivent continuer de survivre comme ils peuvent. Ils ont même (ou feignent) oublié ce qu'il s'est passé.
Il me semble arrivé le moment de tirer des conclusions de ce moment un peu chaud et de développer quelques idées et critique de ce mouvement, du moins ce que j'en ai vu.

Premièrement ce que je vois c'est que la grande force de ce mouvement populaire est qu'il a été spontané et massif. Contrairement à ce qui a été dit aucune tête obscure n'est vraisemblablement à la tête de ce mouvement. Le peuple a fait savoir par un « fort mouvement d'humeur » (dixit la télé) que ça ne pouvait plus aller comme ça. Les forces de l'ordre ont littéralement été surprises et prises de court par la tournure des événements. Du beau boulot dans l'ensemble même si après des détails sont à déplorer : 1èrement, le saccage des feux et panneaux de signalisation, c'est un peu du n'importe quoi selon mon avis. Moi qui circule dans bobo, je trouve vraiment plus dangereux les croisements sans signalisations… Logique. 2èmement, le mouvement est venu et a pris de l'ampleur d'un coup pour rester en suspens une semaine durant et enfin mourir comme par étouffement, comme lorsqu'on laisse refroidir un fer alors qu'il était rouge rouge et prêt à être tapé… Je ne pouvais pas dire pour ouaga n'y étant pas, mais c'est ce que j'ai ressenti pour bobo. Manque de moyens et de temps dispo, je n'ai pas pu aller à ouaga me rendre compte moi-même de la situation ce que je regrette beaucoup. On ne peut pas toujours faire comme on veut, ce qui est bien triste, je vous l'accorde, c'est plus souvent comme on peut…
Sinon je dois dire quelque chose que l'on m'a dit et qui m'a fait bien sciencer. Les gens qui ont combattu se sont battu pour une seule chose : la thune. Grèves contre la vie chère. Et c’était pas des manifs du genre défense d’un pouvoir d’achat mais plus conquête... Bref ca pue un peu comme contexte. Si on se bat non pas pour des raisons politiques mais plus pour des raisons économiques, bin à mon avis on est très mal parti dans la direction qu’on s’est donné.ce que je veux dire, c'est que une grève générale des commerçants qui ne sont pas forcément ceux (celles…) qui sont le plus à plaindre, arrive à foutre un bordel incroyable, alors qu'un décret présidentiel permettant la ré-éléction à vie (c'est-à-dire sans limites prévue de mandats) du président n'a rien fait bouger, alors que faut admettre que c'est gros comme histoire. Le 20ème anniversaire de la mort de sankara le 15 octobre 2007, pareil, alors que tous les grévistes bobolais qui sont sortis ces derniers jours qu'ils connaissent ou non sankara et sa politique (et la plupart des grévistes ne connaissent pas sankara) ne jurent que par lui. Pour tout ce qu'on leur en a parlé avec les grands-pères et les grands-mères dans les cours sur comment ça se passait sous sankara. Les ministres en mobylette, la chasse à la corruption et détournements de fonds dans les tribunaux populaires retranscrits en direct à la radio, les discours qui sortaient du lot des autres discours si éloignés de la réalité africaine et en «français fort fort» comme on dit ici. Bref des commerçants essayent de protéger leur bizness (ce qui est compréhensible quand ya pas trop le choix autrement), et tout le monde rapplique avec la fourche et la torche qui brûlent en l'air en gueulant, par contre quand il s'agit de la défense des droits démocratiques fondamentaux (on pense ce que l'on veut de la démocratie, elle reste un mirage pour beaucoup de populations, si ce n'est toutes) ou de l'anniversaire de l'assassinat du « che » africain, y'a rien. Ce que je veux dire que lutter contre la vie chère est tout à fait compréhensible, mais peut-être que il n'y aurait même pas eu besoin de se révolter cette fois ci si la population s'était levée avant contre les privilèges et les détournements de fonds, bref, les libertés que se permettent les dirigeants (ce qui, quand on y réfléchit bien, est la cause directe de la situation actuelle) Cette révolte est saine, mais il y aurait eu d'autres luttes à mener avant que l'on soit acculé au mur de la façon actuelle, Après il faut reconnaître que la survie de tous les jours laisse très peu de place à la révolte et la critique contre notre société capitaliste actuelle et la recherche de solutions alternatives… On n'est pas non plus à l'abri de la gendarmerie (cette « force humaine » selon la plaque devant l'entrée du camp des gendarmes) qui « veille à la sécurité » des citoyens. Enfin, surtout celle des riches et des élites. Il ya plein de paramètres à prendre en compte pour comprendre cette grève les énoncer tous serait inutile et long (surtout que je ne connais de loin pas toutes les raisons qui ont poussé le peuple à de tels actes de sabotages), mais ce qui est sûr, c'est que le contexte est régional s'il n'est pas mondial.
- La hausse générale des prix des produits de première nécessité (donc des produits permettant ta survie) accule les populations, des mouvements de même type ont eu lieu au Sénégal, en mauritanie, en guinée et ces jours-ci au Cameroun.
- Le gouffre social entre l'élite etno-politico-économico-aristocratique (l'ethnie au pouvoir, c'est les mossi de Ouagadougou) se creuse chaque jour. Alors que certains ventres peuvent rester vides plusieurs jours, certains ventres se remplissent tous les jours et à plusieurs reprises de produits de luxe. Une situation qu'on ne voyait pas sous sankara.
-Comme je l'ai dit plus haut, les récoltes de cette année sont effroyablement mauvaises et une grosse famine se prépare. Alors que les médias officiels jouent l'air du "tout va très bien madame la marquise", le peuple se sent pris pour un con (et il est effectivement pris pour un con, à lui de faire savoir qu'il n'est pas con et ce que ça entraîne de le prendre pour un con).
- La crise ivoirienne a aussi entraîné une grosse migration premièrement des Burkinabés qui ont fui pour des raisons économiques leur pays pour revenir ensuite se réfugier des troubles ivoiriens. Mais aussi des Ivoiriens qui échappent à la guerre en venant au Burkina... Ce qui vient ajouter des bouches à nourrir, n'arrangeant en rien la situation sociale déjà plus que précaire (pour utiliser un mot bien de chez nous qui ne veut rien dire pour les Africains. "précarité" ils connaissent pas, mais pauvreté, misère même, ça oui, pour la plupart).
-Et il y a énormément de réalités africaines qui m'échappent encore qui ont poussé nos chères têtes noires à secouer la rue.

Lorsqu'on voit la façon dont se conduisent les politiciens, comment ils méprisent le peuple en le contraignant aux pires conditions de vie alors qu'ils se permettent un standing encore plus haut que nos riches en occident, comment ils rabaissent le peuple en lui confisquant une dignité plus que méritée après une colonisation dégueulasse, un déracinement (du moins une tentative) de la culture traditionnelle qui a réussi malgré tout à rester bien enracinée, et enfin, et surtout, une mondialisation qui se permet de faire de l'Afrique un mouroir économique, une mondialisation plus qu'agressive avec la population puisque de collusion effective avec les chefs d'états africains et leurs pouvoirs autocratiques pour la plupart, Chacun ayant besoin de l'autre. Les présidents corrompus étant maintenus au pouvoir pour permettre un bizness bien juteux, la colonisation n'a en fait jamais été interrompue, elle a juste changé de visage, s'est transformée pour devenir la mondialisation, ce terme plus que flou que les économistes "je sais tout" essaient tant bien que mal de définir avec des mots savants sans jamais effleurer les conditions de vie des populations dont ils parlent comme des sujets d'étude.
L'anesthésie générale due aux contexte économique désastreux, inoculée par les élites au pouvoir, poussant à rester terre-à-terre, à se soumettre puisque survivre est plus important que résister, a eu un moment de faiblesse et la douleur insupportable a réveillé le peuple. La soumission s'est envolée un moment durant et je ne peux qu'être heureux d'avoir vécu un tel moment. Le problème principal est que rien n'a changé. Tout est redevenu comme avant, la vie est toujours aussi chère, les privilèges des richissimes sont toujours d'actualité et les enfants dans les quartiers populaires continuent de souffrir et mourir de malnutrition pour cause de manque d'argent pour bien les nourrir. Cette révolte violente n'aura sûrement pas servi à rien, puisque les consciences ne sont pas éteintes mais au niveau des résultats probants, ben, je ne vois rien encore. Un mouvement doit avoir un but, une finalité, que ça soit la baisse des prix comme l'autogestion d'une maison occupée illégalement ou encore la révolution mondiale, et l'on doit se donner les moyens d'y parvenir. Taper sur quelque chose peut être salutaire, mais c'est encore mieux si on sait pourquoi on tape dessus. Bon, en même temps, on ne peut pas avoir tout et tout de suite, je vous l'accorde. Et le mouvement est loin d'être fini puisque les grèves sont sensées reprendre dans une semaine. On verra bien.

19 mars 2008, je clos mon article définitivement. La grève prévue le 15 a été un immense flop. Peut-être les gens se sont ils dit qu'ils ont eu gain de cause, puisque le premier ministre a promis une baisse des taxes d'ici 3 mois. Des gens continuent de se goinffrer alors que d'autres ont peut-être droit à un repas par jours… Ici, manger 3 fois par jours reste un signe de richesse. Le problème de fond reste sans solution. Mais on baissera pas les bras.

« a hungry man is an angry man » dixit bob marley, le héros musical des africains. On peut voir aussi de cette facon : « un homme qui a le ventre vide n'est pas un homme libre » dixit thomas sankara le che africain.
To be continued.
 
     
 
> pillages et émeutes
pillages et émeutes
> émeutes et pillages
émeutes et pillages
> shell bien cassé
shell bien cassé
> pneukibrul
pneukibrul
> neskaféniké
neskaféniké
 
  > Ajouter un commentaire  
   
> Ajouter une traduction à cet article
> Télécharger l'article au format .PDF
> Envoyer cet article par e-mail
 
Prends l'information en mains
Text France Marina a été transférée a l'hopital sainte anne
24-07-2008 03:38 - liberez marina
Text france liste des gréves de sans papiers
23-07-2008 12:20 - soutien aux sans papiers
Generic manif contre ALCOA geneve 23.7.08
21-07-2008 19:10 - saving iceland switzerland
Text G8 DE GÊNES - NI JUSTICE , NI VERITE
21-07-2008 10:57 - AUTREMEDIA
Image Lausanne: Construction en terre détruite PHOTO
20-07-2008 14:55 - La garderie vous pise dessus II
Image LA RELIGION DE L’EVACUATION...
20-07-2008 11:25 - Indymedia Suisse Romande
2 commentaires
Text Israel-Palestine, nouveau site
18-07-2008 09:08 - Israel-Palestine.ch
Text Qu'est-ce que le Do It Yourself ?
17-07-2008 11:59 - Non Fides
Text Evacuation du squat du Vallon à Lausanne
17-07-2008 09:20 - squat-heure
1 commentaire
Image ALB interviews the Cuban Libertarian Movement
16-07-2008 21:45 - Movimiento Libertario Cubano
1 commentaire
Image Lausanne: Construction en terre détruite
16-07-2008 13:42 - La garderie vous pise dessus
3 commentaires
Text Evacuation des Tulipiers (situation)
16-07-2008 07:26 - 2 tersquat
1 commentaire
Text Genève: Evacuation des Tulipiers | de
15-07-2008 16:39 - 1 tersquat
Text Evacuation à Genève
15-07-2008 11:35 - x
Text 4-3 Parade « Salute to Israel » Des actions autonomes de so
15-07-2008 01:44 - Autremedia
1 commentaire
Text Oui nous sommes les nouveaux et nouvelles justes
14-07-2008 03:39 - brison la machine a expulser
Text Hommage aux irréductibles
13-07-2008 15:00 - sapristri, ça suffit! nom de nom résistons!
Text De l’Audace de DSK ou l’exemple d’un socialiste mangé par...
11-07-2008 16:23 - Christophe Paquien
5 commentaires
Image Colombia, urgente: Crónica de un montaje anunciado
11-07-2008 09:46 - Lucy Roessler
Text Pour une sortie immédiate du nucléaire
10-07-2008 16:57 - Infonucléaire
Text Les retenus ont fermé leur centre, Résistons ensemble, juill
10-07-2008 11:25 - Résistons ensemble
Text FESTIVAL BRULANT
10-07-2008 09:41 - APA
Text Urgent risque de rafle de grande ampleur demain a paris
10-07-2008 01:59 - soutien aux sans papiers
Image Guide de la " Nuit des Résistances" du 13 juillet
09-07-2008 15:39 - Sylvain
Text Quand l'administration bush ne ment pas, on rigole!!!
09-07-2008 15:26 - Dominique
Generic international action week SAVING ICELAND
09-07-2008 14:20 - saving iceland
Text Cologne: Congrès des racistes en septembre
08-07-2008 18:04 - (A)
Image antiG8 activists are *not* terrorist
06-07-2008 17:00 - G8????????
Image [G8 2001-2008] Appel pour venir à Gênes
06-07-2008 02:06 - Genes-2008
Text 4ème été SANS EPILATION
04-07-2008 22:35 - Association MIEL
Text APPEL CARAVANE EUROPEENNE AU CHIAPAS
04-07-2008 20:12 - Caracol Marseille & ian
Image Journées d'action/rencontre autour des médias libres à Lyon
04-07-2008 19:31 - Collectif "Medias libres à Lyon" & Ian
Text Betancourt: nos pensées vont aux autres!!!
02-07-2008 23:21 - Dominique
3 commentaires
Text Paris-Fresnes, malgré la flicaille
02-07-2008 19:53 - solidarité
Text Violences policières en France
02-07-2008 02:27 - ((i)) gench
Text DEBAT SUR L'AIDE D'URGENCE A LAUSANNE LE 02 JUILLET A 2OH
01-07-2008 19:31 - Espace Autogéré & Ian
Text 8 juil: manif Philip Morris Lausanne
01-07-2008 17:46 - Sexisme = racisme = spécisme
Text Parti Nazional Socialiste!!!
01-07-2008 10:56 - Dominique
3 commentaires
Image ZAACHILA ENTRE BARRICADES COMUNAUTAIRES ET ARME(E)S DU PRI
30-06-2008 22:44 - Ian
2 commentaires
Text Opération de police musclée à la sortie d'un concert de rap
30-06-2008 14:04 - AUTREMEDIA
Image Le mouvement pour la réouverture des enquêtes sur le 9-11..
27-06-2008 15:00 - UFT 08
Text Squat de la déchetterie : la menace d’expulsion se concrétise
27-06-2008 14:39 - collectif "danger de vie"
3 commentaires
Text NON FIDES en ligne
27-06-2008 00:15 - Non Fides
Text Nouveau Film du Camp de Nahr al-Bared | de | ot | it
26-06-2008 22:54 - a-films
Text Lebanon: New Video from Nahr al-Bared Camp | de | it | fr
26-06-2008 22:09 - a-films
Text france de giscard, mitterand a sarkozy les camps de la honte
26-06-2008 08:30 - fermeture des camps de la honte
Text Clip contre evacuation de Centre Autonome Villa Rosenau/ Bal
26-06-2008 03:24 - Centre Autonome Villa Rosenau a Bale
Video - G8, la Diaz 'macelleria messicana'
26-06-2008 02:39 - G8, la Diaz 'macelleria messicana'
1 commentaire
Text Paris le cra de vincennes est mort on le pleure pas
25-06-2008 23:45 - cnt cimade
Text [G8-2001] une course contre la montre
25-06-2008 23:25 - Gipfelsoli infogroup
>> Archives newswire <<