Marcher vers ou sur la République ? telle est la question
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  24-03-2017 17:01
Auteur : Un flibustier du cortège de tête
 
 
  La marche du 19 Mars n’a pas été le lieu d’une rencontre, mais un entre-soi militant. De quoi se poser des questions sur l’objectif réel de celle-ci... Le cortège de tête a-t-il bien fait de "rester à sa place", c’est-à-dire en queue ?

Tristement, la marche du 19 mars était parisienne... On nous a enjoints de ne pas être offensif.ve.s lors de la marche de la dignité. Ne soyons pas dupes, c’est bien ce qu’il s’est passé. Les quelques frappes qui ont été faites restent anecdotiques.
 
     
 
_______En fait, le cortège de tête, devenu cortège de queue, était écrasé par le rythme d’une manifestation qui, devant lui, avançait pesamment vers la République (au double sens du terme...). Si le cortège de queue - renommons-le ainsi temporairement – est resté si tranquille, c’est parce qu’il n’avait pas l’énergie qui fait sa force, la liberté d’espace qui conditionne son action, les repères patiemment et durement construits à l’avant au cours du mouvement « Loi Travaille ! ». Il était totalement imprimé par le rythme des cortèges qui le précédaient, écrasé par la voix mortifère du cortège de Lutte Ouvrière qu’on entendait jusqu’aux dernières lignes. Les cortèges devant très structurés ont structuré les cortèges derrière. Logique de force et d’énergie qui se transmettent.

Mais aussi logique de respect. Une atmosphère respectueuse envers les familles des victimes régnait, et tranquillisait les cagoulé.e.s. L’argument était certes légitime. Plusieurs articles (entre autres : Notre radicalité ne s’incarne pas forcément toujours dans un brise-vitres) l’ont dit : militant.e.s parisien.,e.s qui ne voyez en votre action que la seule et légitime dans la rue, mais qui ne vivez pas la violence policière au quotidien, vous êtes bien présomptueux.ses à vouloir donner des leçons. Et c’est vrai. La vanité militante est exécrable.

-- -- -- Mais cet appel au calme, s’il a été lancé par les familles, a aussi été lancé par les organisations qui avancent leurs pions. La manifestation tournant mal, leur discours serait devenu inaudible. Tristement, malgré ce que l’on peut lire ici ou là, la manif était bel et bien parisienne, avec quelques cars venus de « province ». Ce n’était pas un lieu de rencontre, un lieu de convergence, mais une retrouvaille inversée, entre des militant.e.s de divers horizons qui constituaient numériquement 90% du défilé. Ce n’étaient pas les quartier qui étaient à nos côtés, contrairement à Bobigny, où nous étions aux leurs. L’argument du « militant qui doit suivre le premier concerné par les violences policières quotidiennes » n’était donc que moyennement tenable étant données les circonstances.

** ** Ajoutons-y la question d’une pluralité des tactiques. Faire « péter » le cortège de queue aurait-il incriminé les familles ? Aurait-il mis en danger les quelques cortèges de sans-papiers, relativement loin ? Si c’était le cas, alors ce serait de l’inconscience que de vouloir déborder. Ca ne l’était pas. Les copaines ont bien fait de le rappeler dernièrement dans PLI (Black bloc : pour la diversité des tactiques) : le cortège de tête est avant tout une tactique respectueuse de la diversité des moyens de lutter et défend avant tout l’idée que les organisateurs.trices de la manifestation ne sont pas les chefs ni celles et ceux qui décident de la façon dont chacun.e doit exprimer ses opinions – désolé, mais non, ce n’est pas la marche du PIR, autrement ils.elles devront défiler seul.e.s. On peut être offensif.ve et respectueux.se.

Cela pose immédiatement la question suivante : à quoi a servi cet événement, si ce n’est peser dans un débat électoral où certaines organisations essayent d’y faire leur place ?

L’article de Quartiers Libres l’a dit avec tellement de justesse : l’hégémonie culturelle est inversée (Tribune Libre : « Ils ont commencé indigènes, ils sont maintenant indigestes, ils finiront indignes »).

La marche à République, qui aurait pu être une marche de Paris-Banlieue SUR la République, a été une marche VERS la République, symbole d’un rapport de force manqué, et de la pleine domination de nos institutions dites « démocratiques » mais pour le moins racistes.

Si celles et ceux qui étaient présent.e.s à Bobigny ne sont pas venu.e.s, c’est parce que c’est la forme même de l’événement qui a compté : le lieu, l’appel, l’organisation, l’information.... Allons même plus loin : le public présent au concert de rap le soir-même n’avait rien à voir avec la composition de la marche. Désolé de vous le dire, mais c’était le seul moment de la journée où jeunes de banlieue et militant.e.s parisien.ne.s du cortège de tête se sont retrouvé.e.s indistinct.e.s, chantant les mêmes paroles et dansant ensemble sur le même son - « force de la culture contre culture de la force », entendait-on. Le reste des militant.e.s n’était pour ainsi dire pas là. Dès lors, la forme de ce défilé n’a pas été autre chose qu’un choix... S’il avait été appelé à Saint-Denis, par exemple, il aurait certainement été ce lieu de rencontre auquel tant appelaient.

-Mais si vous croyez que cette marche était vraiment organisée pour ça... vous passez à côté de la réalité.

-Je suis fier d’avoir marché derrière les familles des victimes, mais je suis triste d’avoir été récupéré politiquement, non par elles, mais par une partie des organisateur-rice-s et des partis ralliés à la marche ( sur leurs bases !!! ) .

***** Tâchons de nous réapproprier nos formes de luttes la prochaine fois... *****
 
     
   
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    le but 2017-03-24 18:44    
  Le but de cette manif était minimaliste... Essayer d'installer un débat sur les violences illégitimes de la police et le racisme d'ETAT franchouillard... Il est évident qu'après la manifestation chacun reprends ses billes et intègre plus ou moins la lutte contre l'état policier-raciste dans ses priorités...

La prochaine manifestation de ce type ("marcher séparément et frapper ensemble") aura lieu à Paris, place de la République, le 22 avril 2017, sur le thème du PREMIER TOUR SOCIAL...
 
  tléologue  
    de tout même du PIR 2017-03-25 02:16    
  à la vision des vidéos de ce bazar :


Les quelques obsédé-e-s nationalistes palestinien-ne-s et zautres zozos boycoteureuses ont manifesté avec des banderoles sur ce thème ... iels se sont retenu-e-s toutefois de vénérer en place publique la police de ces territoires ...
 
  récupération détournement  
    Bien vu 2017-03-25 10:43    
  On a surtout vu que le PIR = 0.8% des manifestants (moins nombreux que LO qui manifestait à contre-coeur)...  
  Bien voir  
    manip' 2017-03-26 14:35    
  Ces 0.8% qui avaient banderole en tête...  
  entrisme et stratégie = fuck of  
    Un flibustier redoutable :-)))))) 2017-03-27 10:19    
  Une façon détournée de nous resservir la même soupe contre la Marche par un « Surcouf » de pacotille qui nous assénait exactement les mêmes « analyses » contre la Marche AVANT QU’ELLE AIT LIEU !

 https://nantes.indymedia.org/articles/37212

La « tribune libre » de Quartiers libres n’est que l’illustration des tentatives des « anti-racialisateurs » pour dénoncer toute action antiraciste non contrôlée par les autoritaires. Quartiers libres se sont fait avoir comme Mille Bâbords en publiant une « tribune libre » qui dit le contraire de leurs positions habituelles.

Communiqués suite à la soirée du 28 octobre 2016 à Mille Bâbords
 http://www.millebabords.org/spip.php?article30042

Solidarité avec Houria Bouteldja
 http://www.millebabords.org/spip.php?article18613

Quartiers libres comme on l’aime :

 https://quartierslibres.wordpress.com/2014/06/16/appel-du-18-juin-2014-oui-a-la-laicite-non-aux-discriminations/

 https://quartierslibres.wordpress.com/2014/07/25/pas-dislamophobie-au-nom-des-idees-libertaires/

 https://quartierslibres.wordpress.com/2016/04/20/libertaires-contre-lislamophobie/

 https://quartierslibres.wordpress.com/2016/03/22/radio-libertaire-naime-pas-les-femmes-voilees/

Il aurait été tellement plus simple de reconnaître que les appels contre la Marche avaient été un échec, mais c’est mal connaître les « anti-racialisateurs », qui ne lâchent jamais leurs campagnes de calomnies aussi facilement. On ne peut pas empêcher la marche ? Alors on va la dénigrer après coup en faisant comme si on était « triste d’avoir été récupéré » ! ! ! ! C’est assez lamentable !

Pourquoi les « anti-racialisateurs » (et aussi celleux qui les soutiennent) font partie du problème... et non de la solution
 https://nantes.indymedia.org/articles/36245
 
  Jean Bart  
    Stratégie des suprémacistes 2017-03-27 10:27    
  Leurs buts, c’est d’empêcher toute manifestation antiraciste autonome. Pour ça il y a plusieurs stratégies :

- Dissuader les gens d’y participer par des attaques et des calomnies systématiques, soit en dénonçant la présence du PIR (la principale fixette compulsive), soit la présence des anti-PIR (partis, syndicats, organisations antiracistes respectables).

- Quand ça ne marche pas, prétendre être les seul-e-s à représenter les familles et s’inventer des « flibustiers du cortège de tête » très malheureux d’avoir été récupérés mais qui étaient là quand même pour leur éviter d’autres dérives.

Dans les deux cas, ça démontre justement un paternalisme et un profond mépris des familles, incapables de voir qu’elles sont manipulées malgré leurs conseils avertis.

Les antiracistes et les familles n’ont pas besoin de maîtres à penser ni de « professionnels » des luttes, surtout quand leur rôle se limite à saboter les luttes des autres.
 
  Stop au suprémacisme  
    apprendre à lire 2017-03-28 12:44    
  Tristement, la marche du 19 mars était parisienne... On nous a enjoints de ne pas être offensif.ve.s lors de la marche de la dignité. Ne soyons pas dupes, c’est bien ce qu’il s’est passé. Les quelques frappes qui ont été faites restent anecdotiques.


_______En fait, le cortège de tête, devenu cortège de queue, était écrasé par le rythme d’une manifestation qui, devant lui, avançait pesamment vers la République (au double sens du terme...). Si le cortège de queue - renommons-le ainsi temporairement – est resté si tranquille, c’est parce qu’il n’avait pas l’énergie qui fait sa force, la liberté d’espace qui conditionne son action, les repères patiemment et durement construits à l’avant au cours du mouvement « Loi Travaille ! ». Il était totalement imprimé par le rythme des cortèges qui le précédaient, écrasé par la voix mortifère du cortège de Lutte Ouvrière qu’on entendait jusqu’aux dernières lignes. Les cortèges devant très structurés ont structuré les cortèges derrière. Logique de force et d’énergie qui se transmettent.



________ * ------------Mais aussi logique de respect. Une atmosphère respectueuse envers les familles des victimes régnait, et tranquillisait les cagoulé.e.s. L’argument était certes légitime. Plusieurs articles (entre autres : Notre radicalité ne s’incarne pas forcément toujours dans un brise-vitres) l’ont dit : militant.e.s parisien.,e.s qui ne voyez en votre action que la seule et légitime dans la rue, mais qui ne vivez pas la violence policière au quotidien, vous êtes bien présomptueux.ses à vouloir donner des leçons. Et c’est vrai. La vanité militante est exécrable.




-- -- -- Mais cet appel au calme, s’il a été lancé par les familles, a aussi été lancé par les organisations qui avancent leurs pions. La manifestation tournant mal, leur discours serait devenu inaudible. Tristement, malgré ce que l’on peut lire ici ou là, la manif était bel et bien parisienne, avec quelques cars venus de « province ». Ce n’était pas un lieu de rencontre, un lieu de convergence, mais une retrouvaille inversée, entre des militant.e.s de divers horizons qui constituaient numériquement 90% du défilé. Ce n’étaient pas les quartier qui étaient à nos côtés, contrairement à Bobigny, où nous étions aux leurs. L’argument du « militant qui doit suivre le premier concerné par les violences policières quotidiennes » n’était donc que moyennement tenable étant données les circonstances.



** ** Ajoutons-y la question d’une pluralité des tactiques. Faire « péter » le cortège de queue aurait-il incriminé les familles ? Aurait-il mis en danger les quelques cortèges de sans-papiers, relativement loin ? Si c’était le cas, alors ce serait de l’inconscience que de vouloir déborder. Ca ne l’était pas. Les copaines ont bien fait de le rappeler dernièrement dans PLI (Black bloc : pour la diversité des tactiques) : le cortège de tête est avant tout une tactique respectueuse de la diversité des moyens de lutter et défend avant tout l’idée que les organisateurs.trices de la manifestation ne sont pas les chefs ni celles et ceux qui décident de la façon dont chacun.e doit exprimer ses opinions – désolé, mais non, ce n’est pas la marche du PIR, autrement ils.elles devront défiler seul.e.s. On peut être offensif.ve et respectueux.se.



Cela pose immédiatement la question suivante : à quoi a servi cet événement, si ce n’est peser dans un débat électoral où certaines organisations essayent d’y faire leur place ?



L’article de Quartiers Libres l’a dit avec tellement de justesse : l’hégémonie culturelle est inversée (Tribune Libre : « Ils ont commencé indigènes, ils sont maintenant indigestes, ils finiront indignes »).


La marche à République, qui aurait pu être une marche de Paris-Banlieue SUR la République, a été une marche VERS la République, symbole d’un rapport de force manqué, et de la pleine domination de nos institutions dites « démocratiques » mais pour le moins racistes.


Si celles et ceux qui étaient présent.e.s à Bobigny ne sont pas venu.e.s, c’est parce que c’est la forme même de l’événement qui a compté : le lieu, l’appel, l’organisation, l’information.... Allons même plus loin : le public présent au concert de rap le soir-même n’avait rien à voir avec la composition de la marche. Désolé de vous le dire, mais c’était le seul moment de la journée où jeunes de banlieue et militant.e.s parisien.ne.s du cortège de tête se sont retrouvé.e.s indistinct.e.s, chantant les mêmes paroles et dansant ensemble sur le même son - « force de la culture contre culture de la force », entendait-on. Le reste des militant.e.s n’était pour ainsi dire pas là. Dès lors, la forme de ce défilé n’a pas été autre chose qu’un choix... S’il avait été appelé à Saint-Denis, par exemple, il aurait certainement été ce lieu de rencontre auquel tant appelaient.


-Mais si vous croyez que cette marche était vraiment organisée pour ça... vous passez à côté de la réalité.


-Je suis fier d’avoir marché derrière les familles des victimes, mais je suis triste d’avoir été récupéré politiquement, non par elles, mais par une partie des organisateur-rice-s et des partis ralliés à la marche ( sur leurs bases !!! ) .


***** Tâchons de nous réapproprier nos formes de luttes la prochaine fois... *****
 
  contre les paranos  
    Les spams répétés deux fois sont deux fois plus cons 2017-03-28 23:11    
  19 mars 2017 : une marche digne et déterminée !

Près de 25 000 à marcher en ce 19 mars 2017 de Nation à République ! Nous étions nombreuses et nombreux à marcher contre les violences policières. Cette Marche pour la Justice et la Dignité a été une réussite et un moment important de la construction d’un espace politique autonome de l’immigration et des quartiers.

Nous avons marché derrière le cortège des familles et derrière les collectifs de lutte contre les violences policières. Le cortège de l’antiracisme politique, regroupant le PIR, la Brigade Anti-négrophobie, Français et Musulmans, l’ATF, l’ATMF, UHURU et divers collectifs, a été un véritable succès, dynamique, jeune, et a tenu ferme sur nos exigences : l’anti-impérialisme, la lutte contre la Françafrique et le franc CFA, la dissolution des polices spéciales, des BAC, le désarmement de la police, la solidarité avec la Palestine, et la mémoire des luttes immigrées. Il faut aussi mentionner les franges du mouvement social qui, au prix de nombreuses années de débats souvent vifs et de luttes internes, ont compris la nécessité de l’auto-organisation des mouvements antiracistes et saluer tout particulièrement les cortèges syndicaux autant que la colonne antifasciste.

Tous ensemble, nous avons aussi montré que la détermination politique paie, et qu’on peut encore défendre le droit de manifester à l’heure de l’État d’urgence, malgré la pression et le chantage des syndicats policiers, qui plus est au lendemain de la condamnation pénale de l’agent qui a assassiné Amine Bentounsi. Nous saluons l’immense travail de tous les organisateurs, et l’engagement des artistes qui ont permis la tenue d’un concert place de la République, lui aussi mémorable. L’ambiance y était déterminée, politique et généreuse tout au long de la soirée.

Le PIR se félicite de ce 19 mars qui invite à poursuivre le travail de rassemblement des familles, à combiner l’autonomie et la construction à la base avec l’élaboration d’une plateforme commune de l’antiracisme politique. Nous dénonçons les tentatives médiatiques de réduire l’événement à une foire d’empoigne entre militants de l’immigration et des quartiers ; c’est aussi une leçon de chose pour tous ceux qui avaient oublié qu’étaler des contradictions secondaires entre nous à grands fracas, ne peut que se solder par plus de confusion et une récupération politique bien réelle.

Que notre esprit d’initiative et le succès de cette mobilisation posent les jalons de notre victoire à tous !

« Nous nous sommes mis debout et nous avançons maintenant. Qui peut nous réinstaller dans la servitude ? » Frantz Fanon

 http://indigenes-republique.fr/19-mars-2017-une-marche-digne-et-determinee/
 
  déconologue  
    . 2017-03-29 05:19    
  Tristement, la marche du 19 mars était parisienne... On nous a enjoints de ne pas être offensif.ve.s lors de la marche de la dignité. Ne soyons pas dupes, c’est bien ce qu’il s’est passé. Les quelques frappes qui ont été faites restent anecdotiques.


_______En fait, le cortège de tête, devenu cortège de queue, était écrasé par le rythme d’une manifestation qui, devant lui, avançait pesamment vers la République (au double sens du terme...). Si le cortège de queue - renommons-le ainsi temporairement – est resté si tranquille, c’est parce qu’il n’avait pas l’énergie qui fait sa force, la liberté d’espace qui conditionne son action, les repères patiemment et durement construits à l’avant au cours du mouvement « Loi Travaille ! ». Il était totalement imprimé par le rythme des cortèges qui le précédaient, écrasé par la voix mortifère du cortège de Lutte Ouvrière qu’on entendait jusqu’aux dernières lignes. Les cortèges devant très structurés ont structuré les cortèges derrière. Logique de force et d’énergie qui se transmettent.



________ * ------------Mais aussi logique de respect. Une atmosphère respectueuse envers les familles des victimes régnait, et tranquillisait les cagoulé.e.s. L’argument était certes légitime. Plusieurs articles (entre autres : Notre radicalité ne s’incarne pas forcément toujours dans un brise-vitres) l’ont dit : militant.e.s parisien.,e.s qui ne voyez en votre action que la seule et légitime dans la rue, mais qui ne vivez pas la violence policière au quotidien, vous êtes bien présomptueux.ses à vouloir donner des leçons. Et c’est vrai. La vanité militante est exécrable.




-- -- -- Mais cet appel au calme, s’il a été lancé par les familles, a aussi été lancé par les organisations qui avancent leurs pions. La manifestation tournant mal, leur discours serait devenu inaudible. Tristement, malgré ce que l’on peut lire ici ou là, la manif était bel et bien parisienne, avec quelques cars venus de « province ». Ce n’était pas un lieu de rencontre, un lieu de convergence, mais une retrouvaille inversée, entre des militant.e.s de divers horizons qui constituaient numériquement 90% du défilé. Ce n’étaient pas les quartier qui étaient à nos côtés, contrairement à Bobigny, où nous étions aux leurs. L’argument du « militant qui doit suivre le premier concerné par les violences policières quotidiennes » n’était donc que moyennement tenable étant données les circonstances.



** ** Ajoutons-y la question d’une pluralité des tactiques. Faire « péter » le cortège de queue aurait-il incriminé les familles ? Aurait-il mis en danger les quelques cortèges de sans-papiers, relativement loin ? Si c’était le cas, alors ce serait de l’inconscience que de vouloir déborder. Ca ne l’était pas. Les copaines ont bien fait de le rappeler dernièrement dans PLI (Black bloc : pour la diversité des tactiques) : le cortège de tête est avant tout une tactique respectueuse de la diversité des moyens de lutter et défend avant tout l’idée que les organisateurs.trices de la manifestation ne sont pas les chefs ni celles et ceux qui décident de la façon dont chacun.e doit exprimer ses opinions – désolé, mais non, ce n’est pas la marche du PIR, autrement ils.elles devront défiler seul.e.s. On peut être offensif.ve et respectueux.se.



Cela pose immédiatement la question suivante : à quoi a servi cet événement, si ce n’est peser dans un débat électoral où certaines organisations essayent d’y faire leur place ?



L’article de Quartiers Libres l’a dit avec tellement de justesse : l’hégémonie culturelle est inversée (Tribune Libre : « Ils ont commencé indigènes, ils sont maintenant indigestes, ils finiront indignes »).


La marche à République, qui aurait pu être une marche de Paris-Banlieue SUR la République, a été une marche VERS la République, symbole d’un rapport de force manqué, et de la pleine domination de nos institutions dites « démocratiques » mais pour le moins racistes.


Si celles et ceux qui étaient présent.e.s à Bobigny ne sont pas venu.e.s, c’est parce que c’est la forme même de l’événement qui a compté : le lieu, l’appel, l’organisation, l’information.... Allons même plus loin : le public présent au concert de rap le soir-même n’avait rien à voir avec la composition de la marche. Désolé de vous le dire, mais c’était le seul moment de la journée où jeunes de banlieue et militant.e.s parisien.ne.s du cortège de tête se sont retrouvé.e.s indistinct.e.s, chantant les mêmes paroles et dansant ensemble sur le même son - « force de la culture contre culture de la force », entendait-on. Le reste des militant.e.s n’était pour ainsi dire pas là. Dès lors, la forme de ce défilé n’a pas été autre chose qu’un choix... S’il avait été appelé à Saint-Denis, par exemple, il aurait certainement été ce lieu de rencontre auquel tant appelaient.


-Mais si vous croyez que cette marche était vraiment organisée pour ça... vous passez à côté de la réalité.


-Je suis fier d’avoir marché derrière les familles des victimes, mais je suis triste d’avoir été récupéré politiquement, non par elles, mais par une partie des organisateur-rice-s et des partis ralliés à la marche ( sur leurs bases !!! ) .


***** Tâchons de nous réapproprier nos formes de luttes la prochaine fois... *****
 
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    Un spam raciste répété trois fois l'est trois fois plus 2017-03-30 10:26    
  Les trolls racistes n'étaient pas dans la marche, c'est pour ça qu'ils essaient de la dénigrer.


Un par mois. C'est, en moyenne, le nombre de pères, de frères, de fils que nous perdons à cause de la brutalité des forces de l'ordre. Une brutalité qui prend plusieurs formes : des techniques de pliage qui conduisent à l'asphyxie des victimes aux coups de poings, de balles ou de Taser qui, dans les pires des cas, s’avèrent mortels.

Régulièrement depuis plus de 40 ans, les nôtres sont ainsi tués par l’État Français, aux mains de ceux que l'on appelle ironiquement les "gardiens de la paix". Régulièrement depuis plus de 40 ans, c’est l'impunité la plus abjecte et les campagnes de criminalisation qui répondent aux mobilisations de celles et ceux qui réclament vérité et justice pour leurs morts. L'acharnement policier, judiciaire et politique contre la famille Traoré, à qui nous exprimons toute notre solidarité, en est la preuve. À chaque fois, c’est la même histoire.

La répression qui nous vise, nous familles de victimes, s’est accentuée sous le régime de l’état d’urgence. Tous les abus sont devenus possibles, avec leurs lots de conséquences tragiques. Ce n'est plus la police qui s'adapte à la loi, c'est la loi qui s'adapte à la police… Et nous sommes loin d’être les seuls à avoir été visés par le renforcement des dispositifs sécuritaires et des violences d’État. En 2015, le gouvernement a déclaré une véritable guerre intérieure : il a traqué les migrants et ceux qui les défendent, poursuivi la traditionnelle répression des « Noirs », des « Arabes », des « Rroms » et plus généralement des quartiers populaires, ciblé les « Musulmans » notamment via des perquisitions, des assignations à résidence et des fermetures de mosquées totalement arbitraires…À cela s’ajoute la querre sociale qu’ont menée Valls et consors, notamment dans le cadre de la mobilisation contre la loi travail. Face aux résistances des quartiers populaires et du mouvement social, on a vu les violences se déchainer en touchant des catégories jusqu'ici protégées.

Les attentas terribles que nous avons connus en 2015 et en 2016 sont venus renforcer l’arsenal sécuritaire alors qu'ils sont la conséquence directe de la politique guerrière que la France et ses alliés mènent à l'étranger. L'État Français, qui pèse toujours de tout son poids sur les peuples qu'il domine comme en Afrique, prolonge cette politique au Proche-Orient tout comme il entérine l'occupation de la Palestine. Sa "lutte contre le terrorisme" ressemble surtout à une agression permanente contre des peuples innocents. C’est, entre autres, ce qui nourrit la crise humanitaire des réfugiés, traités cyniquement comme une menace potentiellement "terroriste". C'est le serpent qui se mord la queue : le climat de guerre intérieure permet de justifier le contrôle toujours plus brutal de la population et délivre un permis de violence aux forces de l'ordre qui répriment toutes les gueules qui ne lui reviennent pas et tous ceux qui, des familles de victimes aux manifestants contre la loi travail en passant par les militants des quartiers populaires à la ZAD, osent s’organiser contre l’État, réclamer justice et affirmer leur Dignité.

Nous sommes tous concernés!

La campagne présidentielle ne va rien arranger. Au contraire. Presque chaque nouvelle déclaration est une insulte faite à nos combats, à nos préoccupations et à nos urgences.

Parce que nous ne nous soumettrons pas à l’arbitraire du pouvoir,
Parce que les mots "justice" et "dignité" ont encore un sens pour nous,
Parce que nous pensons qu’il est primordial de nous organiser, ensemble, pour lutter contre la guerre faite aux pauvres, aux migrants, aux descendants de colonisés,
Nous appelons tout-e-s celles et ceux qui se sentent concernés par ces sujets à nous rejoindre dans toutes les initiatives à venir (voir calendrier au bas de la page) et à participer très largement à la Marche pour la Justice et la Dignité qui aura lieu le dimanche 19 mars 2017 à Paris.Contre la hogra, contre l'humiliation, contre le racisme et les violences policières, contre les guerres lâches faites en notre nom contre des peuples qui ne nous ont rien fait.

Retrouvons espoir, force et unité pour faire bloc ensemble au nom de la Justice et de la Dignité.

Premières familles signataires :

Famille de Lahoucine Ait Omghar - Famille d'Amine Bentounsi - Famille de Hocine Bouras - Famille d'Abdoulaye Camara - Famille de Lamine Dieng - Famille de Wissam El Yamni - Famille d'Amadou Koumé - Famille de Mourad Touat - Famille d’Ali Ziri - Famille de Jean-Pierre Ferrara - Famille de Rémi Fraisse - Famille de Babacar Gueye - Famille de Théo Luhaka - Famille de Vital Michalon -


Avec le soutien de :

Comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng - Comité Vérité et Justice pour Mamadou Marega - Comité Vérité et Justice pour Abou Bakari Tandia - Collectif Vérité et Justice pour Babacar Gueye -

Signatures collectives

Abyssinie - Action-antifasciste Paris-Banlieue (AFA) - Action Antifasciste NP2C - ACTIT (Association culturelle des travailleurs de Turquie) - Afrocentricity International France - AG de la fac Rennes 2 - Alternative Libertaire (AL) - Act up sud ouest - AAA (Association Autodéfense et Autonomie) - ASIAGORA (Rassemblement des asiatiques français) - Association "liberté pour Antonin" - Association OUTrans - Association de Solidarité et d'Information pour l'Accès aux Droits des étrangers (ASIAD) - Les amis du PIT Sénégal - Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie (ACORT) - Association Black is really beautiful - Association Chahut - Association contre le racisme (ACOR, Suisse) - Association citoyenneté active (Chauny) - Association Égalité Toulouse Mirail - Association pour l'Intégration et l'Invention Républicaines (AIIR) - Association Femmes plurielles - Association KÂLÎ - AMDH (Association Marocaine des Droits Humains Paris/IDF) - Association de lutte contre l'islamophobie et les racismes (ALCIR 20eme) - Association Thalès (Nice) - Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) - ATMF Bas Rhin - Assemblée des Blessés, des Familles et des Collectifs contre les violences policières - ASTI Annonay - ASTI Colombes - BDS France - Brigade Anti Négrophobie (BAN) - Bruxelles Panthères- Calima - La Cabane juridique - Candidatura d'Unitat Popular (CUP - Països Catalans) - CAPJPO-EuroPalestine - Cases Rebelles - Cedetim/Ipam - LA CCIPPP 34 - Centre d'études postcoloniales de Lyon - CGT-Culture Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration - Confederacion General del Trabajo (CGT Espagne) - La Cip-IDF (Coordination des Intermittents et Précaires d'Ile-de-France) - CISPM (Coalition Internationale des Sans-Papiers et Migrants) - Collectif Acide - Collectif Agone - SKB (Union des femmes socialistes) - Collectif décolonial lyonnais - Collectif émancipation (Angers) - Le collectif des Raciné.e.s (Lyon) - Collectif FéminismeS de Rennes 2 - Collectif pour l'avenir des foyers (Copaf) - Collectif enseignant pour l'abrogation de la loi de 2004 (CEAL) - Collectif Interquartiers 49 - Collectif James Baldwin - Collectif Parisien pour la Protection des Jeunes et Mineurs Isolés Étrangers (CPMJIE) - Collectif Ni Guerres ni état de guerre - Collectif R comme... - Le CRED (Collectif Racisé-e et Décolonial) - Collectif Touche pas à mon intermittent.e - Collectif 20ème solidaire avec les migrants - Comité Anarchiste Paris 7 - Comité BDS FRANCE 34 - Comité contre les violences policières à Pantin - Comité de soutien Justice pour Théo et tous les autres (université Paris3) - Coordination des Groupes Anarchistes (CGA) - Comité ZAD de Rennes - Convergence Citoyenne Ivryenne (CCI) - Coopérative écologie sociale - CRI Rouge - CSP75 (Coordination 75 des Sans-Papiers) - D'ailleurs nous sommes d'ici" 67 (DNSI) - Désarmons-les! - DIDF (Fédération des Associations des Travailleurs et des Jeunes) - DIEL (Droits Ici Et Là-bas) - Do The red things - DNSI37 - Ecologistas en Accion (Espagne) - Emancipation Tendance intersyndicale - Faculty for Palestine (Canada) - La Familiale - FASTI - La Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (F.T.C.R.) - Fédération SUD-PTT - Féministes Femmes Racisées Antispécistes (FFRA) - Femmes en lutte 93 - Filles et Fils de la République - Fondation Frantz Fanon - Front antiraciste alsacien - Front Populaire de Turquie et DEV-GENÇ (jeunesse révolutionnaire de Turquie) - FUIQP - FUIQP (Saint Etienne) - GENEPI - Historical materialism (Toronto) - Groupe anarchiste Alhambra - Groupe Antifasciste Lyon et Environs - Identité plurielle - IJAN (Argentina) - IJAN International - Independent Jewish Voices (Canada) - Les Indivisibles - Islamic Human Right Commission (IHRC) - IWW Belgique - Jeunesse ambitieuse de Bobigny - Les copines de science po Strasbourg - Les habitants des la ZAD de Notre Dame des Landes - L'intersection - LKP - Libertaires contre l'islamophobie - London Campaign Against Police and State (Grande-Bretagne) - Marche des Femmes pour la Dignité (MAFED) - Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN) - Mwasi - Organisation Communiste Libertaire (Paris) - New socialists (Toronto) - Ontario Coalition Against Poverty - MDDM (Mouvement pour la Dignité et les Droits des Maliens) - Nouveaux Cahiers du Socialisme (Montréal) - Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) - Nouvelle Voie Anticoloniale - Nuit debout Rennes - NUS Black Students Campaign - OCML Voie prolétarienne - Organisation de femmes Egalité - Osons causer - Paris Against Trump - Paris Debout - Parti communiste des ouvriers de France (PCOF) - Parti pirate - P.H.A.R.E. pour l'égalité - Plateforme de la voix des prisonniers - Parti des Indigènes de la République (PIR) - Pas sans Nous - Pas sans nous (Bouches du Rhônes) - Podemos (Espagne) - Pride de nuit - Ras l'Front Isère - Rasl'Front Isère - Réseau d'Etudes Décoloniales - Réseau pour une gauche décoloniale - Réveil K - Revue Contretemps-Web - Le Seum collectif - Socialist Project (Toronto) - SIAMO (Sorbonne intervention antifasciste militante organisée) - Solidaires étudiants (université Paris 3) - SolidaritéS (Suisse ) - Sortir du colonialisme - Le Strass - Sud CT Mairie de Saint Denis - SUD CT (93 Plaine Commune) - SUD (Collectivités Territoriales 93) - SUD éducation 93 - SUD éducation 95 - Sud Secteur telecoms - Survie - Tours Debout - Uhuru - Unef - Union antifasciste toulousaine - Union Antiraciste et Populaire de Toulouse (UAPU31) - Union des Démocrates Musulmans de France (UDMF) - Union des Jeunes Révolutionnaires (UJR) - Union locale SUD/Solidaires (St Denis) - Union Juive Française pour la Paix (UJFP) - Union nationale de la femme tunisienne (UNFT) - Union prolétarianne marxiste-léniniste (section de Paris) - UFCM - Urgence Notre Police Assassine (UNPA) - 350.org -



Signatures individuelles :

Hamé, du groupe La Rumeur (artiste) - Kery James (artiste) - Youssoupha (artiste) - N.O.S (PNL) - Opal Tometi (co-fondatrice de Black Lives Matter et Executive Director of Black Alliance for Just Immigration-BAJI) - Eli Domota (LKP) - Medine (artiste) - Boubacar Boris Diop (écrivain) - Oumar Diaw (comédien) - Juliette Fievet (chroniqueuse et animatrice de télé/radio) - Melha Bedia (comédienne et humoriste) - Grand corps malade (chanteur et réalisateur) - Cut Killer (DJ international) - Samy Naceri (acteur) - Kiddam and the People (groupe de rap) -Youkoff (Artiste) - Tunisiano - Omar Barghouti (human rights defender, Palestine) - Sidi Watcho (artistes) - Mokobé (artiste) - Samia Orosemane (humoriste) - Lilian Thuram (personnalité sportive) -

Et par ordre alphabétique :

Samy Amara (humoriste) - Yazid Amghar (boxeur professionnel, champion de France) - Sihame Assbague (militante antiraciste) - Djamel Atallah (marcheur de 83) - Boualam Azahoum (miliant, Lyon) - Ludivine Bantigny (historienne) - Elsa Bardeaux (maire adjointe de Villeneuve Saint Georges à la jeunesse et de la vie des quartiers) - Hakim Beddar (membre fondateur du MIB et organisateur de l'arrivée de la marche de 83) - Benaili Mounia (Conseillère Municipale PG Juvisy sur Orge) - Ben Amar Youssef (adjoint au maire Allones 72) - Mohamed Benkhelouf (maire adjoint à Aubervilliers) - Mohamed Ben Yakhlef, Insaf Chebaane, Omar Cheriguene (conseillers municipaux de Vileneuve Saint Georgges) - Judith Bernard (metteur en scène) - Olivier Besancenot (NPA) - Djamel Blanchard (co-président de PAS SANS NOUS) - Félix Boggio Éwanjé-Épée (revue Période) - Ahmed Boubeker (sociologue) - Rachid Bouchareb (réalisateur) - Alima Boumediene Thiery (avocate) - Youssef Boussoumah (membre fondateur de la CCIPPP, missions civiles en Palestine et PIR) - Houria Bouteldja (PIR) - Pierre Cours-Salies (Sociologue, professeur émérite Paris 8, Membre d’Ensemble !) - Gerty Dambury (écrivaine) - Christine Delphy (Féministe) - Rokhaya Diallo (auteure et réalisatrice) - Eva Doumbia (artiste) - Mireille Fanon Mendès-France (Fondation Frantz Fanon et experte ONU) - Patrick Farbiaz (Sortir du colonialisme) - François Gèze (Editeur) - Alain Gresh (journaliste) - Nacira Guénif-Souilamas (sociologue) - Hadj Chikh Haouaria (conseillère départementale 13) - Sadri Khiari (dessinateur) - Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire) - Franco Lollia (BAN) - Frédéric Lordon (économiste) - Stella Magliani-Belkacem (La fabrique éditions) - Noël Mamère - Philippe Marlière (universitaire) - Madjid Messaouden (élu St Denis 93) - René Monzat (militant antiraciste) - Tariq Ramadan (professeur d'études islamiques et de philosophie et président de l'European Muslim Network) - Fabrice Riceputi (historien) - Océane Rosemarie (comédienne) - Philippe Poutou (Porte-parole du NPA) - Saadane Sadgui (Co-fondateur des JALB et du MIB) - Catherine Samary (Militante altermondialiste) - Maximilien Sanchez (conseiller municipal délégué à la jeunesse de Gentilly) - Anzoumane Sissoko (porte-parole de la CISPM) - Omar Slaouti (membre du collectif Ali Ziri), Hanifa Taguelmint (militante) - Odile Tobner (auteure de "Du racisme français) - Enzo Traverso (universitaire) - Miguel Urban (député Podemos au parlement européen) - Françoise Vergès (politologue) - Marie-Christine Vergiat (Députée européenne, Front de Gauche) - Michaël Wamen (CGT Goodyear Amiens, condamné à 12 mois de prison avec sursis pour avoir défendu son emploi) - Catherine Wihtol de Wenden (universitaire) - Louisa Yousfi (Paroles d'honneur)





Signatures internationales :

Jabir Puar (Associate Professor, Women's and Gender Studies, Rutgers University, USA), Jin Haritaworn (professor, University of Toronto), Rabab Abdulhadi (Director, Arab and Muslim Ethnicities and Diasporas (AMED) Initiative, Race and Resistance Studies, San Francisco State University, USA) , Inderpal Grewal (professor, Yale University, USA), France Winddance Twine (professor, Sociology, University of California, Santa Barbara, USA), Minoo Moallem (professor, Department of Gender and Women’s Studies, University of California, Berkeley, USA), Sirma Bilge (Associate Professor, Sociology Department, Université de Montréal), Lisa Duggan (Professor of Social & Cultural Analysis, NYU, USA), Nelson Maldonado-Torres (Associate Professor, Latino and Caribbean Studies, and Comparative Literature, Rutgers University, New Brunswick, NJ USA), Paola Bacchetta (professor, Berkeley), Hatem Bazian (director, Islamophobia Documentation Center, and lecturer, University of California, Berkeley, USA), Huma Dar (Co-founder, Muslim Identities and Cultures, and lecturer, Race & Resistance Studies, Department of Ethnic Studies, San Fransisco State University, USA), Malkia Cyril (Black Lives Matter, Bay Area, California, USA) Dina M Siddiqi, (professor, Anthropology, BRAC University, Bangladesh), Cheba Chhachhi, Artist, New Delhi, India, Kavita Krishnan, women's rights activist, Delhi, India, Carla Trujillo, novelist, also Assistant Dean, UC Berkeley, USA, Donna Murch, Associate Professor, Rutgers University, New Brunswick, New Jersey, USA, Ramon Grosfoguel, professor, UC Berkeley - Stefan Kipfer (York University, Canada) - Greg Albo, Professeur, York University, Toronto - Minoo Moallem, Professor, Department of Gender and Women's Studies, UC Berkeley- Pratibha Parmar, Filmmaker & Associate Professor, Film. California College of Arts - Chela Sandoval, Professor of Chicano and Chicano studies, university of California, Santa Barbara - Inderpal Grewal, Professor, Yale University - Ruthie Wilson Gilmore, Professor and Director, Center for Place, Culture, and Politics, CUNY - Aadam Muuse (the NUS Black Students' Campaign) -

 
  anti-bègue  
    . 2017-04-02 16:59    
  Tristement, la marche du 19 mars était parisienne... On nous a enjoints de ne pas être offensif.ve.s lors de la marche de la dignité. Ne soyons pas dupes, c’est bien ce qu’il s’est passé. Les quelques frappes qui ont été faites restent anecdotiques.


_______En fait, le cortège de tête, devenu cortège de queue, était écrasé par le rythme d’une manifestation qui, devant lui, avançait pesamment vers la République (au double sens du terme...). Si le cortège de queue - renommons-le ainsi temporairement – est resté si tranquille, c’est parce qu’il n’avait pas l’énergie qui fait sa force, la liberté d’espace qui conditionne son action, les repères patiemment et durement construits à l’avant au cours du mouvement « Loi Travaille ! ». Il était totalement imprimé par le rythme des cortèges qui le précédaient, écrasé par la voix mortifère du cortège de Lutte Ouvrière qu’on entendait jusqu’aux dernières lignes. Les cortèges devant très structurés ont structuré les cortèges derrière. Logique de force et d’énergie qui se transmettent.



________ * ------------Mais aussi logique de respect. Une atmosphère respectueuse envers les familles des victimes régnait, et tranquillisait les cagoulé.e.s. L’argument était certes légitime. Plusieurs articles (entre autres : Notre radicalité ne s’incarne pas forcément toujours dans un brise-vitres) l’ont dit : militant.e.s parisien.,e.s qui ne voyez en votre action que la seule et légitime dans la rue, mais qui ne vivez pas la violence policière au quotidien, vous êtes bien présomptueux.ses à vouloir donner des leçons. Et c’est vrai. La vanité militante est exécrable.




-- -- -- Mais cet appel au calme, s’il a été lancé par les familles, a aussi été lancé par les organisations qui avancent leurs pions. La manifestation tournant mal, leur discours serait devenu inaudible. Tristement, malgré ce que l’on peut lire ici ou là, la manif était bel et bien parisienne, avec quelques cars venus de « province ». Ce n’était pas un lieu de rencontre, un lieu de convergence, mais une retrouvaille inversée, entre des militant.e.s de divers horizons qui constituaient numériquement 90% du défilé. Ce n’étaient pas les quartier qui étaient à nos côtés, contrairement à Bobigny, où nous étions aux leurs. L’argument du « militant qui doit suivre le premier concerné par les violences policières quotidiennes » n’était donc que moyennement tenable étant données les circonstances.



** ** Ajoutons-y la question d’une pluralité des tactiques. Faire « péter » le cortège de queue aurait-il incriminé les familles ? Aurait-il mis en danger les quelques cortèges de sans-papiers, relativement loin ? Si c’était le cas, alors ce serait de l’inconscience que de vouloir déborder. Ca ne l’était pas. Les copaines ont bien fait de le rappeler dernièrement dans PLI (Black bloc : pour la diversité des tactiques) : le cortège de tête est avant tout une tactique respectueuse de la diversité des moyens de lutter et défend avant tout l’idée que les organisateurs.trices de la manifestation ne sont pas les chefs ni celles et ceux qui décident de la façon dont chacun.e doit exprimer ses opinions – désolé, mais non, ce n’est pas la marche du PIR, autrement ils.elles devront défiler seul.e.s. On peut être offensif.ve et respectueux.se.



Cela pose immédiatement la question suivante : à quoi a servi cet événement, si ce n’est peser dans un débat électoral où certaines organisations essayent d’y faire leur place ?



L’article de Quartiers Libres l’a dit avec tellement de justesse : l’hégémonie culturelle est inversée (Tribune Libre : « Ils ont commencé indigènes, ils sont maintenant indigestes, ils finiront indignes »).


La marche à République, qui aurait pu être une marche de Paris-Banlieue SUR la République, a été une marche VERS la République, symbole d’un rapport de force manqué, et de la pleine domination de nos institutions dites « démocratiques » mais pour le moins racistes.


Si celles et ceux qui étaient présent.e.s à Bobigny ne sont pas venu.e.s, c’est parce que c’est la forme même de l’événement qui a compté : le lieu, l’appel, l’organisation, l’information.... Allons même plus loin : le public présent au concert de rap le soir-même n’avait rien à voir avec la composition de la marche. Désolé de vous le dire, mais c’était le seul moment de la journée où jeunes de banlieue et militant.e.s parisien.ne.s du cortège de tête se sont retrouvé.e.s indistinct.e.s, chantant les mêmes paroles et dansant ensemble sur le même son - « force de la culture contre culture de la force », entendait-on. Le reste des militant.e.s n’était pour ainsi dire pas là. Dès lors, la forme de ce défilé n’a pas été autre chose qu’un choix... S’il avait été appelé à Saint-Denis, par exemple, il aurait certainement été ce lieu de rencontre auquel tant appelaient.


-Mais si vous croyez que cette marche était vraiment organisée pour ça... vous passez à côté de la réalité.


-Je suis fier d’avoir marché derrière les familles des victimes, mais je suis triste d’avoir été récupéré politiquement, non par elles, mais par une partie des organisateur-rice-s et des partis ralliés à la marche ( sur leurs bases !!! ) .


***** Tâchons de nous réapproprier nos formes de luttes la prochaine fois... *****
 
  .  
    Quartiers libres se sont fait avoir comme Mille Babords 2017-04-21 20:17    
  Chronique d’une action d’autodéfense à Marseille

Communiqué concernant l’action anti-raciste du 28 octobre à Mille Babord (Marseille).
Suite à l’appel d’une discussion intitulée « s’opposer au racialisme, les révolutionnnaires contre le racialisme et son immonde » accueillie par Mille Babords [1], vendredi 28 octobre 2016, nous avons décidé d’y mener une action directe.

Nous sommes 15 militant-es racisé-es majoritairement femmes, gouines, trans de différents horizons politiques marseillais. Nous sommes allé-es dans ce local non cagoulé-es et encore moins armé-es, en vue d’empêcher cette discussion. La nécessité de notre initiative vient de l’escalade de la violence et du mépris dans le « milieu gauchiste », à savoir :
- L’apparition de blogs aux propos racistes, diffamatoires, négationnistes et anti-libertaires.
- La publication de textes depuis un an ; sur des sites nationaux mais refusés dans plusieurs villes.
- L’accueil de la discussion par le local de Mille Babords.

Nous sommes venu-es armé-es de notre tract [2] , déterminé-es à visibiliser notre colère en scandant nos slogans :
« cette discussion n’aura pas lieu », « votre avis, on n’en veut pas », « vous ne referez pas l’histoire », « négationnistes » et « regardez vos privilèges ».
A l’écoute de nos slogans quelques personnes ont décidé de quitter la salle.

Étaient présent-es majoritairement une trentaine d’hommes blancs et cis [3] qui ont commencé à perdre leur sang-froid suite à notre riposte verbale. L’un d’entre nous a été empoigné par un personnage connu pour son virilisme et sa violence. En quelques secondes, des altercations physiques ont suivi et nous avons poursuivi notre autodéfense autant que nécessaire.

Dans l’altercation, nous avons pu entendre notamment :
« on vous a toujours accueilli »,
« on a sauvé vos parents »,
« vous êtes manipulé-es »,
« on lutte pour vous »,
« c’est qui les fachos ? ».

Au cours de l’action, des tables ont été retournées, des chaises ont volé, des brochures ont été balancées et nous avons récupéré l’affiche en soutien à Georges Abdallah.
Nous avons quitté les lieux en jetant des boules puantes.

Suite à notre départ, sur le trottoir, ce groupe frustré a déversé sa haine et sa violence sur d’autres opposant-es à la soirée jusqu’à menacer en brandissant une matraque télescopique. Puis dans la foulée, ils ont tabassé une personne au sol, à plusieurs.
La casse d’une vitre est une conséquence des événements, et n’a été à aucun moment l’intention de notre action. Nous n’en portons pas plus la responsabilité que les personnes à l’initiative de la soirée et l’équipe de Mille Babords.

Le lendemain, les personnes à l’initiative de cette discussion se sont permises de diffuser des sms et des tracts [4] de diffamations, de délations (appartenance à des groupes politiques), d’insultes et de menaces largement relayées par le milieu militant soi-disant libertaire et anti-raciste marseillais. Dans la nuit de dimanche 30 à lundi 31 octobre, Mille Babords publiait à son tour un communiqué [5], proche de la version des textes et sms diffusés.

Et c’est sans surprise que nous avons constaté le consensus et l’acquiescement silencieux de nombreuses personnes du paysage « politico-révolutionnaire ».

Des témoignages et des textes de réflexion sont à venir.

 https://iaata.info/Chronique-d-une-action-d-autodefense-a-Marseille-1657.html
 
  antifa  
    Non, l’antiracisme politique n’est pas « racialiste » ! 2017-04-28 13:44    
  En finir avec une imposture intellectuelle

« En dehors du fait que l’émergence d’un antiracisme politique constitue une menace pour la stabilité des rapports raciaux au sein du gauchisme , cette émergence a aussi fait de ce sujet une thématique politique incontournable. Il faut donc s’y positionner le plus rapidement possible, quitte à donner la parole à n’importe qui, quitte à ce qu’il dise n’importe quoi, et d’ailleurs tant mieux : plus c’est polémique et plus ça buzze.

On a donc pu voir une partie des milieux libertaires se mettre à discuter le plus sérieusement du monde des racialisateurs, sur la base de textes écrits par des personnes parfaitement ignorantes du sujet, au mépris de tout le travail déjà réalisé par des personnes concernées et des antiracistes sérieux.

On surfe ainsi sur l’effet de mode pour produire du bavardage dans lequel on ne dit rien parce que le but n’est pas d’élaborer une méthode, ni même de produire un contenu, mais d’occuper une place. »

Blog Mignon chaton, article « Pour en finir avec le terme « racialisateur »

Introduction

Si pendant près de dix ans, l’extrême-gauche, les anarchistes et les autonomes ont évolué en parallèle du développement de l’antiracisme politique, nous observons que des cultures politiques différentes se sont rencontrées récemment dans le cadre de la dénonciation de l’état d’urgence et de l’islamophobie, et que les convergences sont maintenant fréquentes dans la lutte contre les crimes policiers.

Le succès de la marche du 19 mars - qui, selon les organisateurs, a rassemblé plus de 20 000 manifestants contre le racisme et les violences policières malgré le silence des médias dominants - est l’un des signes du rapprochement entre différentes réalités militantes, et de la prise en compte croissante du racisme d’État par ceux qui ne le subissent pas directement. Le contenu de l’appel a participé à cette convergence. En effet, celui-ci mentionnait les crimes policiers, les rafles de migrants, la prise pour cible des musulmans dans le cadre de l’état d’urgence, la persécution par la police des noirs, des arabes et des rroms, mais aussi la répression du mouvement contre la loi travail et les attaques contre ceux qui soutiennent la ZAD, ce qui fut interprété par beaucoup d’entre nous comme une main tendue.

C’est en parallèle de ces rapprochements, et probablement en réaction, qu’une poignée de militants a mis en place une campagne de dénigrement de l’antiracisme politique, sur fond de négation du racisme structurel. Ainsi, nous avons pu, ces derniers mois, voir circuler à Rennes un pamphlet intitulé La race comme si vous y étiez ! signé des « amis de Juliette et du Printemps ». La cible de cet ouvrage n’est autre que l’antiracisme politique, ici renommé « racialisme ». Aussi surprenant que cela puisse paraître, la thèse centrale de l’ouvrage consiste à affirmer que l’antiracisme serait « racialiste » quand il ne se limite pas à l’affirmation que « les races n’existent pas » mais qu’il prend en compte les effets du racisme, la racialisation des rapports sociaux et les différentes assignations qui en découlent.

Si le Parti des Indigènes de la République (PIR) et Houria Bouteldja, sa porte-parole, sont les principales cibles du livre, ses rédacteurs ne cachent pas leur opposition à tous ceux qui « considèrent qu’ils n’ont rien à voir avec le PIR mais s’appliquent à en utiliser les catégories et la novlangue » (page 216). Comme le disent eux-mêmes les rédacteurs de La race comme si vous y étiez, « au delà des outrances de l’égérie du PIR, c’est bien aussi à l’ensemble de ces milieux qui lui servent de près ou de loin de caisse de résonance que ce livre entend s’opposer » (pages 218-219), le principal reproche fait à « ces milieux » étant la reprise du concept de « race » pour penser les rapports sociaux liés au racisme structurel et au continuum colonial en France.

Dans la même dynamique, dans le contexte de l’appel à la marche du 19 mars pour la justice et la dignité, une publication de 4 pages intitulée « Contre le racisme, contre l’État, sa police et sa justice » fut diffusée à Rennes dans un rassemblement de soutien à cette manifestation, et utilisée à l’université Rennes 2 pour recouvrir les affiches de la marche pour la justice et la dignité. Si le titre de ce texte proclame la nécessité de lutter « contre le racisme », nous observons que le seul propos de ses auteurs, qui signent « Communistes tant qu’il le faudra, pour la fédération des comités « la vérité? ?! : la justice nique sa mère » » consiste en un dénigrement des collectifs « Vérité et Justice », et de l’antiracisme politique. Selon ces quelques militants, que l’on a connus mieux inspirés à une époque pas si lointaine, l’antiracisme politique serait à combattre, puisqu’il serait « racialiste » d’analyser les rapports sociaux liés au racisme. Par ailleurs, pour ces personnes que nous avions considérées comme des camarades de lutte, toute prise en compte de l’expérience du racisme dans la constitution des subjectivités devrait être dénoncée comme « ethno-différentialiste ».

Si beaucoup de personnes investies dans les luttes à Rennes, dont nous, ont jusqu’alors opté pour un silence méprisant à propos de ces campagnes de dénigrement qui masquent mal une ignorance réelle de ce que sont les rapports sociaux liés au racisme, le caractère de plus en plus public de ces discours nous pousse à exposer le plus précisément possible les ressorts argumentatifs utilisés par ceux se définissant comme « antiracialistes » ou « antiracialisateurs », en espérant mettre un point final à leurs élucubrations.

Si les discussions stratégiques ou les débats relatifs à telle ou telle position d’un collectif antiraciste sont légitimes, nous verrons, en relisant les écrits et en analysant les arguments développés par les pourfendeurs de l’antiracisme, que la lutte contre un soi-disant « racialisme » découle d’une sous-estimation des effets du racisme et du colonialisme. Aussi, nous verrons en quoi la diabolisation de l’antiracisme politique et la référence à une vision fantasmée du marxisme (réduit à la seule lutte de classe, laquelle serait menée par une classe ouvrière qui risquerait d’être « divisée » pour peu qu’on en souligne l’hétérogénéité) masque mal une absence d’analyse de stratégie.

I – S’opposer au concept de « race » et ignorer le caractère structurel du racisme.

Dans La race comme si vous y étiez !, le principal argument contre l’antiracisme politique, présent en de multiples endroits de l’ouvrage, est qu’une majorité des militants qui s’en réclament utilisent le mot « race », ce qui reviendrait à valider le racisme. L’usage du mot « race » en sciences sociales ou dans un contexte militant est notamment disqualifié, selon les « amis de Juliette et du Printemps » qui ont commis cet ouvrage, par le fait que les races n’existent pas en biologie (pages 8-9), avant que l’on nous explique que la seule « racialisation concrète » est l’existence des races animales (page 9).

Ainsi, les « racialistes » seraient « ceux qui reconnaissent l’existence des races ou qui font la promotion de leur usage conceptuel », cette définition permettant d’affirmer que les antiracistes utilisant le mot « race » pour dénoncer des discriminations sont en réalité « précisément les agents du racisme » (page 11). Ainsi, les « amis de Juliette et du Printemps » affirment sans rire que « les racialistes d’extrême-gauche (…) sont plus bien plus proches des idéologies racistes stricto sensu, de Gobineau à Hitler, que le raciste du coin qui « n’aime pas les bougnoules qui profitent des allocations familiales et les youpins qui gouvernent la finance mondiale » mais qui ne fait pas pour autant de la théorie des races un axe conceptuel, une grille de lecture ou un « prisme » ».

Ce développement mérite qu’on s’y attarde, car ce que ne semblent pas comprendre ici les « amis de Juliette et du printemps », en amalgamant racistes et antiracistes, voire en considérant que les personnes utilisant les mots « bougnoules » et « youpins » seraient moins racistes que celles qui utilisent le mot « race » dans leur dénonciation des inégalités, est que le racisme est un ensemble de rapports sociaux, et n’est pas réductible à l’usage d’un mot ni même à un ensemble de préjugés. Par exemple, nous pouvons remarquer que le discours associant les juifs à « la finance mondiale » a connu son essor lors des pogroms européens du début du XXème siècle, puis au cours du génocide nazi, quand ceux associant les noirs et les arabes à la paresse et à la fraude aux allocations se sont développés dans un contexte de chômage de masse, de contrôle social et de discriminations dans l’accès au travail salarié. Une personne mentionnant des rapports sociaux de race pour penser la lutte contre les inégalités peut donc être antiraciste, alors que ceux qui propageaient le mythe des juifs banquiers et manipulateurs étaient coresponsables de la persécution qui a mené à leur extermination.

Les « amis de Juliette et du printemps » réduisent, selon les endroits du livre, le racisme aux discours, aux préjugés, voire à l’usage du mot « race », avant d’affirmer que « quand le racisme devient autre chose que des propos de comptoir » il ne serait qu’« une idéologie » (page 10), et non un ensemble d’assignations et de rapports de pouvoir. Pourtant, il ne suffit pas de déclarer « la race n’existe pas » pour faire disparaître les hiérarchies sociales liées au rapports sociaux de race. C’est pourquoi, en sciences sociales comme dans l’antiracisme politique, le terme « race » est utilisé pour désigner les rapports sociaux liés au racisme et à la manière dont le pouvoir répartit des positions en discriminant, que ce soit dans les lycées lors des choix d’orientations, lors des entretiens d’embauche, dans l’accès au logement, ou dans le rapport à la ville avec notamment les contrôles au faciès.

L’analyse de ces processus est ignorée dans La race comme si vous y étiez !, et le discours portant sur les rapports sociaux de race est considéré comme « importé de la plus mauvaise sociologie américaine » dans la publication de 4 pages distribuée récemment. Ainsi, si les diatribes contre l’antiracisme sont le plus souvent couplées à une dénonciation du mot « race », les discriminations et le racisme d’État ne sont jamais analysés. Pourtant, nous devons rappeler que si le mot « race » a été supprimé de la constitution, le fait que François Hollande affirme que « dans la République, il n’y a pas de place pour la race » n’a pas fait disparaître le racisme d’État.

En réalité, le seul effet du procès d’intention lié à l’usage du mot « race » est de diaboliser ceux qui nomment des catégories sociales et des rapports de pouvoir pour penser les luttes en vue d’une émancipation. Comme l’expliquait récemment Norman Ajari, philosophe spécialiste de Frantz Fanon et membre du Parti des Indigènes de la République, dans l’émission Paroles d’honneur : « Une erreur dans laquelle tombent très souvent bon nombre de militants qui peuvent se prétendre antiracistes, c’est qu’ils pensent que la priorité ce n’est pas de combattre le racisme, mais de combattre la race. Or, combattre la race dans les circonstances de politique décoloniale dont nous parlons, c’est avant tout combattre les racisés. L’important n’est pas de lutter contre des catégories, mais de lutter contre des systèmes de pouvoir, des systèmes d’oppression, et le nom de ces systèmes de pouvoir et d’oppression ce n’est pas la race. C’est le racisme. »

En outre, amalgamer au racialisme - théorie développée au 19ème siècle pour légitimer la domination coloniale, affirmant que l’humanité était divisée en races biologiques inégales, - l’usage contemporain et politique du mot « race » dans l’antiracisme relève de l’escroquerie intellectuelle. Comme l’écrivait le rédacteur du blog Mignon chaton dans l’article intitulé « Utiliser le mot race ? », considérer que l’usage de termes comme « race », « racialisation » ou « personnes racisées » valide le racisme « est donc à peu près aussi absurde que si on affirmait que parler de prolétariat pour critiquer l’exploitation reviendrait en fait à contribuer idéologiquement au capitalisme en acceptant de nous reconnaître comme des prolétaires. Ou encore qu’il ne faudrait pas utiliser le mot racisme parce que ce terme contient le mot race, donc valide le racisme. Il ne s’agit pas d’une question de mot mais d’analyse à laquelle ce mot renvoie et dans le contexte de laquelle il est employé. Pour lutter contre notre situation nous avons besoin de la nommer et de l’analyser parce que les catégories qui nous assignent sont déjà existantes. Nous ne choisissons pas de nous identifier à notre catégorie sociale, celle-ci s’impose à nous, de façon d’ailleurs assez violente, se reconnaître comme racisé ce n’est pas proclamer fièrement une identité, c’est simplement reconnaître que nous sommes la cible d’un dispositif d’assignation sociale spécifique, dispositif socialement construit que nous cherchons à analyser et contre lequel nous voulons lutter. »

Enfin, si nous n’avons rien contre le fait que des militants choisissent un autre mot que « race » pour désigner les catégories créées par le racisme, nous considérons qu’avoir pour seul argument contre le racisme la non-validité scientifique de la division de l’espèce humaine en races biologiques relève de l’aveuglement éthique, et du peu de cas fait à la lutte pour la construction de l’égalité sociale. Dans l’émission Paroles d’honneur précédemment mentionnée, Tristan Garcia, philosophe et écrivain, expliquait que sa conscience de l’existence des rapports sociaux liés au racisme le poussait à accepter un usage stratégique de la catégorie « race », tout en considérant comme important de rappeler que la « race » est en soi une « catégorie fausse ». Norman Ajari lui répondait que l’antiracisme ne doit être ni scientifique ni moral, mais lié à l’éthique et à la construction de l’égalité : « Certes, la race est une catégorie infondée par nature mais prendre ça pour point de départ me pose toujours problème. Non pas parce que je penserais qu’elle est au contraire fondée, mais parce que je pense que c’est un mauvais préalable à la lutte. Quelqu’un comme Shlomo Sand nous a beaucoup parlé de la manière dont, en Israël, certains chercheurs essaient de refonder cette catégorie, essaient de recréer un racisme biologique pour des raisons que, j’imagine, on n’a pas besoin d’aller chercher loin pour comprendre. .. Le risque existe qu’un jour, ces catégories de races soient refondées. (…) Je pense que nous avons besoin d’un antiracisme qui tiendra le coup le jour où, peut-être, tel chercheur, raciste évidemment, mais peut-être de bonne foi, reconstruira des catégories de races qui pourront être admises par la communauté scientifique. Quand bien même ces catégories seraient, au bout du compte, vraies, est-ce que, éthiquement, notre antiracisme pourra tenir ou bien est-ce que, d’un seul coup, le racisme sera légitimé parce que la science a prouvé que les catégories étaient vraies ? Je pense que nous avons besoin d’un antiracisme qui peut tenir ce choc-là. ».

II – Nier l’existence de rapports sociaux liés au racisme pour diaboliser ceux qui s’organisent en conséquence.

Si le refus de l’usage du mot « race » est le plus souvent uniquement argumenté par le fait que sa simple prononciation relèverait du racisme, ceux qui refusent l’usage de ce terme montrent pourtant, de manière assez fréquente, leur refus de prendre en compte les effets du racisme institutionnel et structurel. Ainsi, dans « Contre le racisme, contre l’État, sa police et sa justice », publication de quatre pages distribuées à Rennes contre l’appel à la marche du 19 mars, il est affirmé que « n’en déplaise aux tenanciers de l’ethno-différencialisme politique, de Patrick Buisson à Houria Bouteldja, la grande révolte de novembre 2005 n’était ni « décoloniale » ni « raciale » ». Si nous notons là aussi la supercherie consistant à reprendre un terme élaboré par l’extrême-droite (l’ethno-différencialisme étant un concept théorisé par la Nouvelle droite pour justifier son racisme) pour amalgamer racistes et militants de l’antiracisme politique, nous souhaitons surtout nous attarder sur l’affirmation selon laquelle « la grande révolte de novembre 2005 n’était ni « décoloniale » ni « raciale » ».

Nous nous demandons en effet ce qui permet aux rédacteurs de ce texte d’affirmer que la question raciale (c’est à dire les races sociales produites par les différences de traitement dans une société raciste) n’est pas l’une des origines d’une révolte menée par des personnes majoritairement aux prises avec le racisme de la société française, révolte déclenchée par la mort de deux jeunes qui tentaient de fuir un contrôle au faciès. Pour les auteurs de ce texte, il ne faudrait pas considérer qu’avoir la peau blanche ou noire puisse conduire à des expériences différentes vis-à-vis de la police, puisque la police s’en prendrait indistinctement à tous « ceux qui doivent rester de la chair à usine moderne ». Pourtant, pour peu qu’on s’intéresse un minimum à la parole des émeutiers de 2005, nous sommes obligés de constater que certains d’entre eux établissent un lien direct entre leur expérience du racisme et le fait de s’en prendre aux institutions qui en ont été les vectrices.

Ainsi, dans le livre Quand les banlieues brûlent coordonné par les sociologues Véronique Le Goaziou et Laurent Mucchielli, et plus précisément dans le chapitre intitulé « Les émeutes de novembre 2005 : les raisons de la colère », un des émeutiers de 2005 s’exprime en ces termes : « Franchement dans les émeutes y avait de tout. Il y avait les mecs qui avaient la rage contre les keufs, d’autres qui avaient la rage contre l’école parce qu’ils ont plus d’école, d’autres parce qu’ils ont pas de taf, d’autres pour s’affirmer dans le quartier. Tous les mecs qui avaient une rage contre quelque chose ils ont profité des émeutes pour tout niquer.. Mais la majorité des mecs, c’est la haine contre les keufs parce qu’ils se la racontent beaucoup, y en a plein ils sont racistes et ils nous traitent comme de la merde. »

Il serait bien sûr prétentieux, pour ne pas dire grotesque, de prétendre pouvoir lister les causes objectives du déclenchement d’une révolte. De plus, nous savons que dans des banlieues majoritairement blanches (notamment à Lille et Saint-Étienne) les jeunes arrêtés par la police pendant les émeutes avaient majoritairement la peau blanche. Cependant, plusieurs des témoignages recopiés dans cet ouvrage nous donnent des exemples concrets de la manière dont l’expérience du racisme peut structurer une subjectivité. En voici un autre : « Moi aussi, j’ai participé aux émeutes et j’en suis fier, c’était pour tout retourner et enculer les keufs, ces sales bâtards qui se la racontent trop. Je suis dégoûté parce que je voulais aussi qu’on brûle ce lycée de merde avec ces profs racistes. Je te jure, je mitonne pas, si j’ai réussi à avoir mon bac c’est pas grâce à ces chiens de profs. (...) Maintenant, je sais très bien que personne ne va me croire quand je dis que certains profs sont racistes. Mais moi, je sais de quoi je parle. Je l’ai vécu en direct. »

A la fin du dépliant de 4 pages, figure un tract distribué en 1984 et retrouvé par les Archives Get away, dont on tente de nous convaincre qu’« il met en avant quelques évidences contradictoires avec les bancales constructions actuelles, « comme si on traitait de la même façon un beur bourge qu’un beur prol, comme si un bourge français et un prolo français avaient les mêmes droits » ». Accuser le mouvement structuré autour de la lutte politique contre le racisme de ne pas comprendre qu’il y a une différence entre les « bourges » et les « prols » est évidemment une manipulation, expliquée, par exemple, par Houria Bouteldja dans un entretien avec le magazine Jeune Afrique : « Pour nous la question raciale est sociale. Ceux qui meurent des violences policières, ce sont des enfants de prolo. Les filles qui sont exclues de l’école parce qu’elles portent le voile, ce sont des filles de prolo. À gauche, ils voudraient qu’on utilise leurs mots , « lutte des classes », « capitalisme ». Mais quand on lutte contre les discriminations raciales, cela veut dire qu’on lutte contre le chômage, la pauvreté, les violences policières. On ne milite pas pour les femmes saoudiennes qui viennent faire leurs courses sur les Champs Elysées ! »

Se croyant obligés de nier les inégalités raciales pour parler des rapports de classe, les rédacteurs de La race comme si vous y étiez ! ironisent aussi sur le constat selon lequel « à niveau social équivalent, il vaut toujours mieux être blanc », en croyant y opposer ce qu’ils considèrent comme « plus sûr », à savoir qu’ « à taux de mélanine équivalent, il vaut mieux être riche » (page 148), sans comprendre que seuls ceux qui décident de bannir l’antiracisme de leurs références considèrent ces deux affirmations comme contradictoires. La manière dont les « amis de Juliette et du Printemps » balaient d’un revers de main la mention du racisme est ici explicitement en lien avec l’injonction à choisir entre la référence à la classe sociale et la prise en compte du racisme.

A l’inverse, Omar Slaouti, porte parole du collectif 19 mars, explique en quoi il est possible de penser ces différentes questions de manière concomitante. Voici ce qu’il explique dans une interview donnée au site Contretemps une semaine avant la marche : « Les rapports de domination, d’exploitation, de violence, de race et de classe sont à la fois imbriqués et même liés dans une co-construction dynamique. Il y a là une consubstantialité vivante, quasi organique. ». Il illustre son propos d’un exemple : « L’élève devant le lycée Bergson qui se fait sauvagement violenter par leur police républicaine est victime à la fois de la couleur noire de sa peau et de son engagement contre la loi Travail. Mais il est perçu et construit d’autant plus noir qu’il manifeste contre la loi travail, et il manifeste d’autant plus contre cette loi de précarisation qu’il est noir. Il serait vain de figer la situation en s’interrogeant sur l’emplacement du curseur de la violence des coups portés entre l’oppression raciale et l’oppression de classe. »

Le fait que le racisme peut par exemple aggraver la précarisation d’individus ou de groupes sociaux rend évidemment caduque l’affirmation contenue dans les 4 pages, selon laquelle le racisme servirait uniquement à « séparer, humilier, atomiser ceux qui pourraient se retrouver dans un commun refus de la situation qui leur est faite. ». En effet, le racisme ne cache pas aux gens qu’ils vivent la même chose, mais leur fait vivre des choses différentes, de la même manière que le patronat ne fait pas croire aux travailleurs qu’ils sont concurrents, mais les met réellement en concurrence. Encore plus absurde est le fait de considérer que reprocher à la gauche de ne pas prendre suffisamment en compte les situations spécifiques des personnes issues de l’immigration serait un « travail minutieux de séparation des exploités entre eux » (La race comme si vous y étiez !, page 85), exploités dont on suppose qu’ils étaient parfaitement unis avant l’émergence d’un antiracisme politique. Cet argument n’est pas sans rapport avec ce que doivent entendre les membres de groupes féministes qui, parce qu’elles mettent en lumière la surexploitation des femmes ou dénoncent le fait que la figure du travailleur invoquée dans les discours politique est le plus souvent masculine, se voient souvent reprocher de « diviser la lutte ».

En outre, il est difficile d’ignorer que les séparations opérées par le racisme sont présentes dans l’histoire des luttes. Ainsi, entre 1982 et 1984, lorsque plusieurs grèves d’Ouvriers Spécialisés éclatèrent dans le secteur de l’automobile, celles-ci ne furent que très partiellement soutenues par la CGT, et les grévistes furent physiquement attaqués par des ouvriers français organisés dans un syndicat patronal, au cri de « Les Arabes dans le four, les Noirs dans la Seine ! ». Si nous ne pouvons infirmer qu’il existe, comme cela est affirmé dans la publication de 4 pages, un lien entre les mouvements lycéens précédant la révolte de novembre 2005 et cette vague d’émeutes, puis entre ces émeutes et les manifestations contre le CPE, nous nous rappelons aussi de l’attitude du service d’ordre de l’UNEF empêchant des « jeunes de banlieue » majoritairement noirs et arabes de rejoindre la manifestation, rassurant par la même une partie des lycéens et étudiants des centre villes présents dans les cortèges.

Ces exemples ne signifient pas que la convergence dans les luttes n’est pas souhaitable, ni qu’elle serait impossible. Cependant, cette convergence n’est pas atteignable en niant les différences de situations, et encore moins en diabolisant les personnes qui subissent le racisme et s’organisent contre le pouvoir. Comme cela est expliqué dans l’article L’antiracisme idéaliste du Blog Mignon chaton : « Il faut bien comprendre que le prolétariat n’a pas été crée en bloc à un moment X originel, puis divisé artificiellement à un second moment Y par un faux discours dont il suffirait de dévoiler la fausseté pour que le prolétariat renoue avec son essence unitaire. Le critère vrai/faux qui opposerait le racisme à la solidarité de classe repose sur une conception idéaliste du social : pour un prolétaire blanc, le racisme offre de réels avantages à courts termes, comme toute attitude égoïste, parce que l’on ne fait pas croire aux prolétaires qu’ils sont en concurrence sur le marché du travail, ils le sont réellement. La division du prolétariat est une division réelle, une réalité empirique, qu’on n’abolit pas, et qu’on ne dépasse pas, en lui opposant une essence qui existerait on ne sait où, dans un ciel des idées. On peut, à la limite, tenter de produire cette unité dans la lutte, mais cette lutte ne fera pas l’économie de la mise en jeu d’un certain nombre de contradictions internes à ce que l’on appelle le prolétariat. »

Cette nécessaire prise en compte des différences de situation est l’exact contraire de ce qui est proposé par ceux qui tirent à boulets rouges sur l’antiracisme. Dans le tract daté de 1984 qu’il serait urgent de faire connaître, l’effet du racisme sur les pratiques policières est tout bonnement nié, au nom du fait qu’une balle de revolver fait le même effet à chaque personne la recevant. Doit-on aussi, en suivant la même logique, considérer que les violences conjugales n’ont pas de rapport avec le patriarcat car des coups peuvent blesser des hommes comme des femmes ? Ou encore tenter de démontrer l’absence de lien entre la classe sociale et le fait d’être SDF car le corps d’un patron comme celui d’un chômeur peut ressentir le froid ? Encore une fois, il s’agit ici d’amalgamer le social et le biologique, pour nier l’influence du racisme dans les rapports sociaux, sans bien sûr expliquer pourquoi les personnes subissant les tirs de la police sont très majoritairement noires ou arabes.

Puisqu’ils refusent de prendre en compte les effets du racisme dans les discours qu’ils portent sur les rapports sociaux et d’analyser les luttes en fonction de l’existence de ces rapports de pouvoir, les rédacteurs de La race comme si vous y étiez ! préfèrent ironiser longuement, sur « ces histoires de discriminations raciales et de quartiers populaires » (page 79) et sur le « dragon racisme d’État » face aux « chevaliers servants de l’antiracisme » soutenant des « blanchefleurs racisées » (page 80). Les rédacteurs affirment aussi qu’il ne faudrait pas parler de « privilège blanc », ni d’une lutte pour abolir les inégalités entre « blancs » et « non blancs » car … « cela n’a strictement rien à voir avec la vie de personne. ». Puis de préciser : « Cela ne se vérifie aucunement sous nos latitudes et si ce phénomène existe à quelques endroits (et cela sera toujours trop) nous n’avons pas la prétention de pouvoir dérouler des analyses à ce sujet dans le cadre de cet ouvrage. » (pages 65-66). Ce passage est éclairant quant au fait que le but n’est pas de comprendre le racisme ni de penser l’antiracisme, mais simplement de s’en prendre à une tendance politique émergente que l’on considère comme concurrente.

De plus, si les rédacteurs de La race comme si vous étiez ! nient le racisme français, nous constatons quelques pages plus loin qu’ils tentent de se dédouaner de leur méconnaissance des phénomènes racistes, en se cachant derrière le fait que « la domination et le racisme n’ont aucune couleur exclusive » (page 68). Cet argument est à peu près aussi stupide que celui qui suppose que « le pouvoir n’a pas de sexe », sous prétexte que des femmes ont pu avoir accès au pouvoir politique ou économique. Cela nous fait penser à ceux qui citent Margaret Thatcher pour dire que les femmes peuvent être aussi dures que des hommes, comme si son pouvoir avait eu quelconque influence sur le sexisme. En outre, insistons sur le fait que la domination n’existe pas intrinsèquement, qu’elle est un rapport structurel, socialement situé. Comme le rappellent les militants de l’antiracisme politique, en opposition aux tenants d’un antiracisme moral, le racisme n’est pas une question d’attitude, mais une question de pouvoir, et c’est donc bien le caractère structurel du phénomène qui est souligné dans les analyses de la domination raciale. C’est pourquoi nous sommes consternés par le relativisme lorsque dans les 4 pages distribuées à Rennes, nous lisons qu’il ne faudrait pas opposer « racistes « blancs » contre « non-blancs » (comme si la couleur de peau était en soi un critère d’appartenance politique) ». Non seulement, nous pouvons faire ici le pari audacieux que le fait d’être noir va peut-être jouer sur le fait de ne pas être négrophobe, mais aussi affirmer, au-delà de l’évidence, que la couleur de la peau a de fortes chances d’exercer une influence sur la manière dont on vit le racisme, et par là, sur les manières dont on s’opposera ou non au pouvoir. Nous rappelons par ailleurs que les blancs ne sont, à aucun endroit du monde, persécutés pour la couleur de leurs peaux.

Nier la dimension structurelle du racisme permet finalement aux « amis de Juliette et du printemps » de ne se pencher que sur un seul racisme, celui … des arabes envers les noirs et les rroms. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le seul endroit où nous constatons une reconnaissance de l’existence de rapports de sociaux de race est lorsque nous lisons qu’au « PIR, apparemment, les « Noirs » sont soumis aux « Arabes », ces derniers trônent en haut de l’échelle, reproduisant ainsi des hiérarchies anciennes des temps du prophète ou de la traite négrière, tandis que les « Rroms », eux, n’existent pas. » (page 50) Finalement, ceux qui refusent de voir la race finissent quand même par voir des hiérarchies raciales... chez les autres. L’écran de fumée qui consiste à montrer du doigt le racisme supposé d’autrui pour relativiser ou nier le racisme structurel est aussi connu et usé que celui qui consiste à parler du sexisme supposé des « jeunes de banlieue » pour nier l’existence du sexisme dans les autres espaces sociaux. Outre le fait que rien n’étaye la thèse d’une quelconque hiérarchie raciale au sein du PIR, il faut de nouveau expliquer que le racisme prend corps dans des rapports de pouvoir, dans des contextes donnés. Rappelons donc que le racisme structurel en France est celui qui discrimine ceux considérés comme non-blancs, dans la continuité des rapports coloniaux.

Rappelons aussi que les récentes manifestations ciblant les noirs au Maghreb ont non seulement été dénoncées par des militants décoloniaux, mais analysées comme une résultante de la colonisation occidentale qui a catégorisé et hiérarchisé, pour construire les divisions sur lesquelles s’appuyait le pouvoir. Par conséquent, cela ne peut en aucun cas constituer un argument pour nier ou minimiser le racisme structurel en France. De la même manière, le fait qu’en Birmanie des bouddhistes massacrent des musulmans ne contredit pas le fait que les bouddhistes sont persécutés au Tibet par le pouvoir chinois. À contextes différents, situations différentes. Et puisque reviennent ici les arguments classiques de la traite négrière par les arabes et de la négrophobie « des temps du Prophète », sans nous lancer dans un cours d’Histoire dont les « amis de Juliette et du printemps » auraient pourtant visiblement besoin, rappelons tout de même que si des arabes ont effectivement réduit des noirs en esclavage, les historiens s’accordent sur le fait que cette traite n’a jamais eu la dimension industrielle de la traite occidentale, ni été justifiée par des théories « scientifiques » sur l’inégalité raciale. Pour ce qui est des « hiérarchies anciennes des temps du Prophète » (visiblement, il n’est nul besoin de préciser lequel, le sous-entendu suffit), s’il s’agit de rappeler que la société arabe du septième siècle était férocement inégalitaire, cela ne fait aucun doute. Cependant, il nous semble difficile de voir en quoi le fait qu’à différentes époques les pouvoirs politiques ont hiérarchisé les populations pour gouverner remettrait en cause l’analyse décoloniale de la situation contemporaine. Par ailleurs, s’il s’agit de désigner ici l’Islam comme responsable des hiérarchies sociales, du septième au vingt-et-unième siècle, l’argument relève de l’amalgame le plus grossier. Cet intérêt soudain pour le racisme des arabes envers les noirs semble finalement avoir pour seul but de désigner les personnes subissant le racisme comme les principales coupables, tout en s’innocentant soi-même.

Cette volonté de nier par tous les moyens l’existence d’un racisme structurel en France semble avoir un seul but : délégitimer l’antiracisme politique et autonome, dont la publication des analyses dans des maisons d’édition ou sur des sites internets relèverait d’une « hégémonie politico-mafieuse » (page 225). L’auto-organisation prônée par plusieurs courants est ainsi disqualifiée, les rédacteurs ironisant à propos de « la sacralité de la parole (et éventuellement de la connerie) des « premiers concernés » », puis font mine de s’interroger :« nous nous demandons bien qui pourra parler au nom des sourds muets » (page 80) ... Nier le fait que ceux qui luttent à partir de leurs expériences du racisme s’opposent à des pouvoirs racistes permet aussi d’amalgamer toutes les affirmations subjectives et d’opposer, dans un refus de prendre en compte les positions des uns et des autres et les rapports de pouvoir existants, un égal mépris à ceux qui s’organisent « en tant que (et pas en étant) noir, juif, punk, végétarien, skateboarder, homme, pizzaiolo, pan-sexuel, etc ». (page 13).

Toutes les organisations de l’antiracisme politique sont ainsi diabolisées pour le simple fait d’exister. La voix des Rroms, en plus d’être accusée d’être un faire-valoir du PIR, se voit ainsi reprocher de porter des « intérêts victimaires » (page 21) en luttant contre la rromophobie de l’État français. Paroles non blanches, expérience antiraciste non-mixte à l’université Paris 8, est qualifiée, dans une rhétorique proche du conspirationnisme, de « tentative d’OPA bancale sur le mouvement contre la loi El Khomry » menée par « quelques étudiants racialistes » (page 51). Là aussi, ces procès d’intention ne sont pas sans rappeler l’angoisse de ceux qui, au même moment, disaient qu’il était « sexiste » de faire un comité féministe non-mixte à l’université Rennes 2 pour imposer une autre répartition des tâches et de la parole à l’intérieur du mouvement.

Nous comprenons que, pour les « amis de Juliette et du printemps », toute analyse du racisme ou du colonialisme prenant en compte la structuration raciste du corps social est « racialiste ». Ainsi, les membres de l’Union Juive Française pour la Paix sont eux aussi considérés comme « racialistes » … car ils luttent en tant que juifs (pages 58-59). Tout aussi absurde, constater que les Palestiniens font face à une politique coloniale et raciste menée par Israël serait une « assignation » « et prouverait une volonté de « racialiser toute question » (page 165). Nous notons ici qu’il n’est à aucun moment considéré que l’« assignation » puisse être opérée par l’État d’Israël, lequel, en plus d’occuper la Palestine et de mettre en place des checkpoints, impose la mention « Arabe » sur les papiers d’identité de ceux d’entre eux qui vivent en Israël, interdit les mariages mixtes, impose l’existence de routes séparées en Cisjordanie pour les Palestiniens et les colons israéliens et interdit aux habitants de la Bande de Gaza d’en sortir.

Dernier exemple : pour nier le fait que les positions occupées face au racisme ont un effet sur les perceptions et les positions dans les luttes, il est, dans La race comme si vous y étiez !, affirmé sans honte qu’il serait « racialiste » de dire « vos oppresseurs allemands » à des juifs, et qu’il n’y aurait pas de juifs ayant résisté au nazisme « en tant que juifs », mais seulement « en étant juifs », comme si être juif et s’opposer au nazisme relevaient dans tous les cas de la coïncidence fortuite (pages 163-164) ... En niant, au nom d’une détestation de l’antiracisme politique, la possibilité de s’organiser à partir d’une expérience du racisme, on va donc jusqu’à affirmer que le fait d’être juif, l’expérience de l’antisémitisme et le génocide en cours n’avaient pas d’influence dans la manière de se positionner vis à vis du nazisme, et ce au mépris de la mémoire des mouvements de résistance qui ont revendiqué leur identité juive … Le ridicule ne tue pas, l’indécence non plus. […]

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Text Utiliser le mot « race » ?
29-06-2017 14:40 - mignon chaton
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Image Gaza : un crime contre l'humanité
29-06-2017 14:28 - Bureau national de l’UJFP
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Text Soutien à Houria Bouteldja et à l’antiracisme politique
29-06-2017 13:32 - UJFP
Image Non, l’antiracisme politique n’est pas racialiste !
29-06-2017 13:23 - Les ennemis de Juliette
Text Halitose
27-06-2017 06:27 - Patrice Faubert
Text Verbatim
25-06-2017 07:48 - Patrice Faubert
Text Assemblée en mixité révolutionnaire et non-mixité de classe
24-06-2017 01:45 - révolutionnaires contre le racialisme et son
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Image Une note de lecture critique de « La fabrique du musulman»
22-06-2017 23:33 - souslaplagelespaves.noblogs.org
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Text Allo ?
22-06-2017 11:24 - Faubert Patrice
Image La non-mixité : une nécessité politique
21-06-2017 15:09 - anti-sexisme
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Image Gaza : vers un nouveau massacre, pire que les précédents
21-06-2017 14:17 - Gideon Levy
Text Contre obsession religieuse raciale - fabrique du « musulman
21-06-2017 14:10 - Nedjib Sidi Moussa
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Text Le fantôme d'Ernest Coeurderoy
20-06-2017 06:39 - Patrice Faubert
Text Psychosomatique de radioactivité
18-06-2017 09:51 - Patrice Faubert
Text La fausse conscience, conscience de l'imposture
16-06-2017 07:11 - Patrice Faubert
Image L’ islamisme n’ est pas une Religion !
15-06-2017 18:24 - Des portes paroles du collectif
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Image L’islamophobie n’est pas une opinion
14-06-2017 22:02 - iaata
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Text Déficit informationnel ou mur de Kardashev
14-06-2017 09:46 - Patrice Faubert
Text Décines : pas d’islamistes au centre culturel !
14-06-2017 01:46 - collectif "ILS N’AURONT PAS NOTRE SILENCE "
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Text A propos de dialogue, de solidarité et d’attaque
13-06-2017 22:36 - Konspiration d’Individualités Complices et Ka
Image 7 idées reçues sur les élections
13-06-2017 21:50 - groupe-louise-michel
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