Saïd Bouamama, un sociologue au service du hijab...
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  29-03-2017 05:42
Auteur : Yves
 
 
  ...ou la construction d’un « paternalisme respectable »
 
     
 

- - - - - * Sous le titre « La construction d’un racisme respectable » le sociologue Saïd Bouamama* prétend nous livrer quelques clés pour comprendre l’ampleur de la polémique suscitée par le voile en France. Je suis, comme lui, opposé à la loi sur le voile mais pour des raisons totalement différentes : le hijab fait partie de l’uniforme politique que veulent imposer les intégristes religieux et les islamistes politiques aux jeunes filles et aux femmes ; il s’agit clairement d’un symbole d’oppression, d’une prison en tissu ; néanmoins, il me semble, pour le moment, inutile d’augmenter l’arsenal législatif existant. En effet, c’est d’abord et avant tout par une patiente discussion qu’il faut tenter de traiter le problème, et non pas par l’exclusion de ces jeunes filles du système scolaire public.

Saïd Bouamama dénonce, avec raison, un certain nombre d’éléments de la situation française ou internationale : un nationalisme jacobin dont une interprétation chauvine de la laïcité constitue l’un des piliers ; un passé colonial dont le bilan n’a toujours pas été clairement effectué (1) ; une tendance assimilationniste qui traditionnellement ignore les difficultés de vie des migrants ; les discours et la logique sécuritaires ; un racisme qui frappe plus particulièrement les personnes de culture arabo-musulmane ; une « dramatisation », un « catastrophisme » et une manipulation des peurs à propos de l’essor de l’islam en France ; une conjoncture mondiale marquée par une attaque généralisée contre les acquis de l’Etat-providence, acquis en partie liés aux combats du mouvement ouvrier, etc.

Par contre, il reprend à son compte l’un des lieux communs de la propagande stalinienne : « la fin du monde bipolaire a fait disparaître les freins à la logique capitaliste basée sur la recherche du profit maximum ». Comme si les démocraties populaires et l’URSS n’avaient pas été des centres d’accumulation primitive fondée sur les méthodes d’exploitation les plus barbares y compris (et cela perdure en Chine) l’utilisation de la main d’œuvre carcérale et concentrationnaire ! S. Bouamama colporte également un autre cliché (du réformisme altermondialiste celui-ci) : cette même « fin du monde bipolaire » aurait « enclenché » la mondialisation - alors que cette mondialisation est consubstantielle au capitalisme.

Malheureusement, ces éléments du contexte national ou international ne permettent pas de comprendre pourquoi le débat sur le hijab a pris une telle ampleur en France, ni surtout de définir une position politique à propos d’un attribut vestimentaire qui représente beaucoup plus qu’un simple « foulard ».

Une discussion sans aucune base... matérielle ?

Ce qui frappe, à la lecture de ce texte, c’est d’abord l’argument massue de départ, répété d’ailleurs à plusieurs reprises. Le nombre de jeunes filles portant le voile dans les établissements scolaires français serait en baisse. Sur quoi se fonde cette affirmation ? Uniquement sur les déclarations de la médiatrice de l’Education nationale, Hanina Chérifi, chargée d’arbitrer les conflits dans ce secteur. Premier problème : cette médiatrice, comme son nom l’indique, n’intervient que lorsqu’on l’appelle, c’est-à-dire lorsque l’administration et le corps enseignant n’arrivent pas à trouver de compromis avec une élève « voilée ». Ces compromis étant fort divers, il est statistiquement impossible d’estimer le nombre de jeunes filles réellement concernées par le port du « foulard ».

Par conséquent, les chiffres fournis par la médiatrice ne traduisent qu’une partie du phénomène. Pourtant notre sociologue « oublie » de mentionner ce « point de détail ». Pourquoi ? Tout simplement parce que cela enlèverait pas mal de crédibilité à son argumentation.

Mais admettons, avec lui, que le nombre de jeunes filles voilées ait diminué dans les établissements scolaires depuis quelques années. Cela rend-il automatiquement la polémique et le vote d’une loi sur les « signes religieux ostensibles » absolument « artificiels », comme l’affirme S. Bouamama ? Oui, mais seulement si l’on ferme les yeux sur l’extension du hijab et autres attributs vestimentaires « musulmans » dans tous les lieux publics, si l’on néglige une visibilité grandissante qui ne tient pas seulement à l’exploitation politique ou médiatique dont elle est l’objet.

Ce n’est qu’en tenant compte de sa plus grande présence dans l’espace public que l’on peut comprendre pourquoi le hijab est l’objet de tant de polémiques, même si (mais cela reste à démontrer statistiquement) le nombre de « voiles » diminue dans l’espace scolaire depuis quelques années. Ce n’est pas ce dont la plupart des intervenants ont débattu, nous objectera-t-on. Certes, mais c’est pourtant cette diffusion du hijab qui constitue la base matérielle et rationnelle des polémiques sur le hijab. Il est bien sûr impossible de mesurer en termes statistiques combien de femmes et de jeunes filles portent le hijab aujourd’hui en France, mais il est difficilement contestable que ce « signe religieux ostentatoire » soit de plus en plus présent dans l’espace public. Il faut donc creuser davantage les bases matérielles de la discussion sur le « foulard islamique ». Un sociologue travaille en principe avec des chiffres et des données concrètes recueillies sur le terrain. Or, l’article de M. Bouamama ne nous livre aucun chiffre ni sur l’importance des populations immigrées en France, originaires de zones où la religion musulmane est religion d’Etat ou en tout cas influence fortement la vie culturelle et sociale, ni sur la composition de ces migrations et de leur descendance, notamment le rapport entre le nombre d’hommes et de femmes, ni sur les discriminations renforcées dont sont victimes les migrantes (taux de chômage et d’emplois à temps partiel bien supérieurs à celui des Françaises).

Si M. Bouamama s’était penché sur ces données matérielles, au lieu de se livrer uniquement à une « déconstruction » partiale des discours des partisans de la loi, il aurait constaté que l’immigration des pays dits « musulmans » a évolué depuis un siècle ; que la fermeture des frontières depuis 1974 a considérablement accru les migrations dites « familiales » en France comme dans toute l’Europe et que cette base matérielle incontestable permet de comprendre pourquoi la discussion sur le hijab n’a pas éclaté en 1910, en 1930, ou en 1960, mais justement quand une fraction importante des migrants est devenue des... migrantes.

Un antiracisme anhistorique ?

Soucieux de rester dans le ciel éthéré des concepts, Saïd Bouamama n’a pas non plus une approche rigoureuse au niveau de l’histoire des idées. Il ignore sciemment trente ans de discussions idéologiques en France et en Occident et l’importance prise par les idéologies multiculturalistes depuis les années 60. S’il s’était un minimum penché sur l’histoire des idées, il aurait découvert que la façon dont on dénonçait le racisme dans les années 50 et 60 diffère radicalement de l’idéologie antiraciste actuelle. On peut considérer qu’il s’agit d’un progrès, mais on ne peut faire une croix sur l’histoire de l’antiracisme et le changement intervenu dans ses fondements théoriques.

Commençons par deux anecdotes personnelles. Mon père, mon oncle et ma tante ont définitivement quitté les Etats-Unis et émigré après 1945 parce qu’ils ne supportaient ni qu’on les étiquette comme Noirs (qu’on les « essentialise », dirait notre distingué sociologue), ni que toute leur vie affective, matérielle et professionnelle soit conditionnée par leur appartenance « raciale » (rappelons qu’à l’époque les rapports sexuels entre individus de « race » différente étaient passibles de lourdes peines de prison dans un certain nombre d’Etats, que l’accès au droit de vote, à l’instruction et à la plupart des emplois qualifiés était interdit aux Noirs américains, etc.). Pour des raisons philosophiques et politiques, ils étaient délibérément colour blind, « aveugles aux couleurs », et refusaient de considérer les différences de pigmentation comme des critères de classification valable des êtres humains.

Quand je militais au MRAP dans les années 60 en France, cette association antiraciste était à l’époque, elle aussi, « aveugle aux couleurs ». Nous dénoncions toute théorie des races, toute classification des êtres humains selon leur couleur de peau, leur prétendue origine ethnique ou leur religion. Nous nous fondions bien sûr sur l’universalisme républicain « à la française » mais aussi sur les résultats d’un colloque de l’Unesco, « La science face au racisme » qui avait établi de façon définitive, du moins le croyions-nous à l’époque, qu’il n’y avait plus aucune raison de caractériser les individus selon leur couleur de peau - même si les manuels scolaires français diffusaient encore de belles photos des « races jaune, "rouge", noire et blanche ».

Aujourd’hui, grâce notamment à SOS Racisme et aux idéologues du « respect de la différence », à certains intellectuels d’extrême gauche et sociaux-démocrates, mais aussi suite aux visions que les Antillais, les Arabes, les Africains et leurs descendants vivant en France ont forgées d’eux-mêmes (sous l’influence notamment de la culture anglo-saxonne), s’est généralisé un vocabulaire « cool », « branché » et... racial, valorisé par les minorités et repris par la majorité dite « blanche » ou « européenne ». C’est le tristement célèbre « Black, Blanc, Beur » de SOS Racisme avec ses variantes « feuj » et autres « renois » ou « rebeus ». Dans le débat sur le voile en France, ce ne sont donc pas uniquement les preux chevaliers de l’antiracisme qui s’affrontent aux racistes conscients ou inconscients, comme le prétend Saïd Bouamama, mais deux conceptions de l’antiracisme, radicalement différentes, la seconde fortement influencée par le modèle communautariste et ségrégationniste anglo-saxon, la première reprenant généralement de façon acritique le modèle assimilationniste français.

Et la seconde conception, celle des Taguieff, Debray et Tribalat par exemple, n’a rien à voir avec un « racisme respectable ». On peut reprocher à cette conception son nationalisme arrogant, sa valorisation acritique du modèle assimilationniste français, son apologie des vertus de l’Etat bourgeois, son conformisme social ; on peut trouver les analyses de Taguieff verbeuses (mais à cette aune-là le texte de S. Bouamama présente le même défaut) ou considérer que Michèle Tribalat, en réclamant le fichage ethnique des Français à des fins statistiques et pour mieux lutter contre le racisme, défend surtout son pré carré de chercheuse au CNRS sans envisager les conséquences pratiques désastreuses d’une telle mesure. Mais, pour le moment ni Tribalat, ni Taguieff, ni les féministes dites « laïcardes » n’ont, à ma connaissance, employé des arguments racistes. En assimilant donc tous les partisans de la nouvelle loi et tous les partisans de l’ancien antiracisme à des racistes et des colonialistes inconscients, M. Bouamama ne se livre qu’à une polémique facile et stérile, qui lui permet de disqualifier ses adversaires, sans prendre la peine de répondre à leurs arguments.

L’islam politique, connais pas !

Saïd Bouamama n’aime ni les chiffres ni les dates, ni l’histoire des idées, ni les faits concrets. C’est pourquoi il discute de la question du voile sans évoquer une seule fois de façon concrète l’origine politique du « hijab ». Apparemment il n’a jamais entendu parler de la révolution iranienne et des contraintes « vestimentaires » que cette révolution a imposées par le fouet, l’emprisonnement, la peine de mort et la lapidation aux Iraniennes. Il n’a jamais entendu des « crimes d’honneur » pratiqués en Jordanie comme en Irak au nom de l’islam, et à une échelle heureusement bien plus limitée en Suède, en Grande-Bretagne ou en France. Il n’a jamais entendu parler ni des talibans, ni du GIA ou du FIS algériens, ni du Refah turc, ni des Frères musulmans égyptiens, ni du Hamas palestinien, ni du MMA pakistanais. Il n’a jamais entendu parler des cliniques privées où les bourgeoises indonésiennes emmènent leurs filles se faire faire une « excision symbolique » (une ablation d’un peu de peau sur le clitoris) au nom de l’islam. Il a seulement (vaguement) entendu parler du 11 septembre dont il prétend que cet attentat a changé les mentalités. M. Bouamama réussit à passer sous silence une guerre qui dure depuis plus de trente ans. Cette guerre menée par les forces de l’islam politique (tantôt avec le soutien de l’impérialisme américain, tantôt contre lui) ne se limite pas à un simple conflit idéologique entre l’ultraconservateur Huntington et quelques jeunes filles qui décideraient « individuellement » de prendre le voile parce qu’elles font une crise d’adolescence, ou une crise identitaire, à tonalité religieuse (ce type de crise est certes possible, mais le phénomène est statistiquement infime, vu le poids que font peser sur ces adolescentes la structure fortement patriarcale de leurs familles, la cristallisation de communautés ethnico-religieuses (2), le militantisme des minorités intégristes et islamistes, les gangs qui essaient de contrôler les banlieues populaires en terrorisant le « sexe faible », etc).

En caricaturant Huntington - le « choc » des civilisations que, rappelons-le, ce dernier prétend vouloir éviter devient, sous la plume de Saïd Bouamama, une « guerre des civilisations » (sic) que l’idéologue conservateur souhaiterait légitimer (3) ! -, notre sociologue pressé de dénoncer le prétendu racisme de tous les partisans de la loi oublie l’essentiel : il existe des tendances politiques fortes dans les pays de la zone culturelle arabo-musulmane comme en Asie, qui mènent une lutte politique déterminée, lutte qui passe par l’usage de la terreur contre leurs propres peuples. Et ces partis islamistes ont d’ « honorables correspondants » en Europe.

Faut-il pour autant crier au complot intégriste en France, complot qui expliquerait pourquoi le port du voile a pris de l’ampleur en France ? A voir les quelques centaines de personnes qui se rendent aux manifs des fondamentalistes musulmans, on peut en douter pour le moment. Par contre, ces gens-là savent très bien saboter les réunions de Ni putes ni soumises dans les banlieues populaires, quitte à mandater les mêmes émissaires de ville en ville et à envoyer en première ligne des jeunes filles « voilées » qui considèrent que la libération de la femme passe par... le port du hijab !

L’ « ethnicisation » des questions sociales : discours officiels et réalité

Saïd Bouamama a raison quand il écrit que les questions sociales sont de plus en plus « ethnicisées » dans les discours politiques officiels. Mais il oublie deux faits fondamentaux : 1) Les questions sociales ont toujours été « ethnicisées » en France dans les conversations quotidiennes, dans les banlieues ouvrières, comme dans les beaux quartiers : étant métis et fils d’un Noir américain et d’une Franco-Portugaise, cela fait 54 ans que j’entends des réflexions racistes à l’école, à la fac, à l’armée et au boulot. La principale différence entre les années 50-60-70 et aujourd’hui c’est que le discours ethnique et/ou raciste s’exprime ouvertement dans la bouche d’intellectuels, de journalistes et d’hommes politiques de droite et de gauche, qu’il a acquis droit de cité par l’intermédiaire des succès électoraux du FN mais aussi par d’autres voies plus inattendues. Mais il faut être aveugle et sourd (ou alors être arrivé en France seulement depuis quelques années) pour croire qu’il s’agirait uniquement d’une question idéologique liée à l’effondrement de l’Union soviétique après 1989 et à la phase de « régression libérale » que traverse le capitalisme mondial.

2) Ce n’est pas seulement la droite qui « ethnicise » les questions sociales. C’est aussi la « gauche », qu’il s’agisse de SOS-Racisme, de Tarik Ramadan, des intellectuels conseillers du prince Mitterrand (Touraine, Wieworka, etc.), de certains militants d’extrême gauche, etc. Il est curieux d’ailleurs que M. Bouamama ne mentionne à aucun moment les recommandations de la commission Stasi (la proposition d’augmenter le nombre de fêtes religieuses, la formation des imams favorisée par l’Etat, etc.) ni la constitution du Conseil consultatif du culte musulman. Il n’arrête pas de protester, dans son texte, contre l’ « ethnicisation » qui serait, selon lui, provoquée par les partisans de la loi, mais il n’a pas un mot pour dénoncer le financement des écoles privées (à 95 % catholiques) par l’Etat, le statut particulier de l’Alsace-Moselle, l’union sacrée gauche-droite pour contraindre les prétendus « musulmans français » à former une communauté religieuse et à se doter d’une représentation, etc. Il nous explique doctement que, « en matière identitaire, toutes les pressions de négations ne peuvent susciter que des réaffirmations de plus en plus caricaturées », mais il « oublie » de mentionner toutes les affirmations identitaires qui contribuent, elles aussi, à construire des identités imaginaires de plus en plus caricaturales.

Lutte de classe et laïcité

Saïd Bouamama dénonce ceux qui remplacent la « conscience de classe » par une « conscience de race », mais on ne comprend guère de quelle classe il parle, car nulle part dans son texte il ne fait référence à la classe ouvrière, à l’analyse marxiste qui a toujours combattu les discours identitaires qu’il essaie de nous refiler en contrebande.

Notre sociologue dénonce ainsi l’ « islamophobie » actuelle tout en regrettant la disparition de la « conscience de classe ». S’il s’agit là d’une allusion aux positions de Marx sur la religion, le coup de chapeau discret est plutôt maladroit. Si Marx écrivait aujourd’hui un livre sur « La question musulmane » ses propos ne seraient pas moins « islamophobes » qu’ils n’étaient hostiles au judaïsme (voire, dans certaines de ses formulations les plus ambiguës, aux Juifs en tant que peuple) il y a cent cinquante ans.

Quant à la question de la laïcité, il est évident que derrière sa défense se cachent toutes sortes de gens peu recommandables. Mais là encore pourquoi brandir comme un argument décisif le fait que Le Pen soit en faveur de la nouvelle loi si l’on cache que Philippe de Villiers, compère de Le Pen en xénophobie, ait voté au Parlement contre cette même loi ? Saïd Bouamama est-il un complice de Philippe de Villiers (ou du Vatican) parce que tous deux s’opposent à la loi sur les signes religieux ostensibles ? Ce type d’argument ressort de la polémique facile, pas d’une discussion théorique sérieuse.

Saïd Bouamama a une curieuse vision de l’histoire de la laïcité en France. Il nous explique que l’école est aujourd’hui « présentée comme le terrain de combat essentiel contre ce "nouvel ennemi" qui est le "foulard", le "communautarisme" », etc. Il « oublie » curieusement de se pencher sur les raisons particulières qui ont fait que les laïcs (toutes tendances confondues, des anarchistes athées aux catholiques modérés en passant par les francs-maçons et les socialistes) ont dû s’affronter à l’Eglise catholique, lui imposer des règles que celle-ci n’était pas encline à accepter avant 1905. Si « manipulation » il y a actuellement, cette manipulation fait appel à un élément essentiel de la mémoire collective qui a au moins un aspect positif (totalement oublié actuellement) : il y un siècle, la laïcité faisait partie d’un combat plus large pour l’égalité de tous les citoyens et contre la mainmise de l’Eglise sur l’enseignement et l’espace public.

Comment peut-on écrire sans rire que « certaines jeunes filles » portent le jijab pour exprimer une « réaction de protection à [des] dégradations du cadre scolaire » ? Quand on est un écolier ou une écolière, si l’on veut lutter pour obtenir plus de profs, moins d’élèves par classe, un enseignement de qualité, alors c’est un combat collectif qu’il faut mener avec tous ses camarades de collège ou de lycée. On ne voit vraiment pas comment ce que Bouamama nous présente comme une réaction purement individuelle marquée par un retour au religieux aurait le moindre rapport avec une volonté d’amélioration du système scolaire. D’ailleurs, si l’on avançait une hypothèse aussi baroque à propos d’un jeune juif qui déciderait soudain de porter la kippa à l’école, ou d’un jeune catholique qui raterait ses cours le matin parce qu’il souhaiterait soudain aller tous les jours à la messe, aucun analyste ne prétendrait que ces jeunes gens comptent réagir à la « dégradation » de l’enseignement ou se protéger contre elle !

Notre sociologue a raison de s’opposer à la nouvelle loi contre les signes religieux ostensibles et de dénoncer certains des arguments employés pour la soutenir. Malheureusement ses accusations de racisme ou de colonialisme inconscients ne convaincront aucun enseignant sincèrement antiraciste, bien au contraire. Tout comme Pierre Tévanian qui, dans un texte intitulé « De la laïcité égalitaire à la laïcité sécuritaire » sur le site Les mots sont importants, compare les profs aux colons d’Algérie et le petit personnel de l’Education nationale (les ATTOS) aux colonisés ( ?!) à partir d’UNE anecdote concernant l’origine ethnique des uns et des autres dans UN SEUL établissement scolaire - celui où il enseigne -, Saïd Bouamama use de l’artifice de la culpabilisation de l’ « homme blanc », relevée en plus par l’accusation de « lepénisme », qui permet de réduire encore plus l’intérêt du débat, en assimilant les opposants à la loi sur le voile à des lepénistes inconscients.

Universalisme = paternalisme ?

Mais c’est seulement à la fin de son article que Saïd Bouamama nous dévoile véritablement à partir de quel point de vue il aborde la question du hijab. Il nous apprend en effet que l’universalisme équivaudrait à une forme de « paternalisme », reprenant ainsi les arguments à la fois des multiculturalistes anglo-saxons et des groupes intégristes et islamistes au « Sud » comme au « Nord ». Effectivement il existe des droits (de l’homme et de la femme) qui ont une valeur universelle. Et ces droits, bien mal appliqués dans les métropoles impérialistes (mais c’est une autre discussion) entrent en contradiction avec certaines traditions culturelles : de la mutilation du clitoris ou de l’infibulation (traditions prémusulmanes) à la polygamie reconnue par le Coran, en passant par les « crimes d’honneur » (qui sont loin d’être une spécialité « musulmane ») le statut juridique inférieur de la femme dans la charia ou l’interdiction des transfusions sanguines (pour les témoins de Jéhovah) ou de l’avortement (pour les chrétiens), on se trouve effectivement devant des valeurs inconciliables avec celles que prétendent défendre les droits de l’homme et de la femme.

Face à cette irréductibilité, quelques imams illuminés ou militants intégristes tentent de justifier les pratiques les plus barbares. Mais dans les métropoles impérialistes, ce type de discours a peu de chance d’avoir un grand succès, y compris dans les « communautés » ethnicoreligieuses déjà cristalléisées ou en formation. Alors on voit essaimer de multiples faux-culs qui essaient de combiner citoyennisme altermondialiste et charia (version Tarik Ramadan), ou respect de l’islam et républicanisme (avec de nombreuses sous-versions : celle de l’UOIF, proche des sinistres Frères musulmans, ou celles, un peu moins antipathiques car favorables à une véritable révolution des Lumières en terre d’islam, du psychanalyste Malek Chebel ou de Soheib Bencheikh, mufti de Marseille).

Certains, comme Tarik Ramadan, demandent un « moratoire » pour la lapidation : ce terme est très ambigu puisqu’il signifie comme l’indique le Larousse : la « SUSPENSION volontaire d’une action » (sens que lui donne Ramadan quand on l’interroge) mais aussi un « délai que l’on s’accorde avant de POURSUIVRE UNE ACTIVITE » (sens que lui donneront certainement les oulémas réactionnaires avec lesquels Ramadan souhaite entamer un dialogue). D’autres considèrent que, pour des raisons « culturelles » l’excision ne devrait pas être punie par la loi française ou alors pas trop sévèrement.

Mais avant de crier au « paternalisme » occidental, il faudrait peut-être s’intéresser à ce que disent les militantes et militants laïcs ou de gauche du Moyen-Orient, les associations de défense des droits des femmes au Mali, au Burkina-Faso, en Inde, au Pakistan, en Jordanie, en Tunisie ou en Indonésie. On s’apercevrait alors que leur universalisme n’a rien de « paternaliste », bien au contraire. Il correspond aux intérêts des femmes, alors que le multiculturalisme à la sauce bouamamesque répond, qu’il le veuille ou non, aux intérêts des hommes qui veulent perpétuer les traditions machistes et patriarcales...... pour les femmes non occidentales (les multiculturalistes « blancs » ou « blanches » peuvent dormir tranquilles) ! Lorsque notre sociologue distingué écrit « c’est pour les émanciper qu’il faut les contraindre », sous-entend-il qu’il faudrait, dans chaque pays, adopter des lois différentes selon le sexe, la religion, l’origine ethnique, etc. ? On nous permettra de considérer une telle conception, ou même le refus de prendre clairement position sur une question démocratique aussi essentielle, comme un formidable retour en arrière, même si la situation est loin d’être idéale dans l’Hexagone : c’est d’ailleurs le choix catastrophique qu’a fait un pays comme le Canada où des tribunaux religieux (juifs, catholiques et musulmans) ont le droit d’intervenir dans les conflits conjugaux et en matière de justice civile, et où leurs décisions doivent être respectées par les tribunaux laïcs.

Respect des « besoins identitaires » ou respect de l’égalité ?

Saïd Bouamama affrme que les jeunes filles ont un « besoin identitaire contemporain » qui ne proviendrait « ni d’une simple imposition parentale », « ni d’une importation étrangère », « ni d’une tradition dépassée ». Malheureusement, restituer toute la complexité des causes d’un ou de plusieurs comportements individuels n’est en aucun cas suffisant pour déterminer une position politique. De plus, pour un militant (et sans doute aussi pour un théoricien des sciences sociales), l’interprétation d’un comportement collectif ne se réduit pas à la simple addition de témoignages individuels. Prenons quelques exemples : ce n’est pas parce que certaines femmes se prostituent librement, que les révolutionnaires peuvent considérer la prostitution comme une forme de liberté, quels que soient les discours que diffusent ces mêmes prostituées. (D’ailleurs la plupart d’entre elles ne s’expriment pas tout simplement parce qu’elles sont soumises à un régime de terreur exercé par les macs et renforcé par le harcèlement policier.) Ce n’est pas le discours de quelques courtisanes de luxe médiatisées qui peut nous permettre de définir une position politique sur la prostitution.

Le fait d’être opposé par principe à la prostitution, au nom de valeurs universelles (« paternalistes » ?), ne suppose pas non plus automatiquement de soutenir la création d’un arsenal juridique pléthorique pour réglementer ou réprimer la prostitution. Lorsqu’on s’oppose à la prostitution au nom de la défense des droits des femmes est-ce l’expression d’une « vision homogénéisante des sociétés », d’une normalisation de la sexualité, ou une façon de défendre la liberté et de l’égalité de tous les êtres humains ? De même lorsqu’une femme battue prétend vouloir rester avec son mari parce qu’elle affirme comprendre ses problèmes, avoir pitié de lui, s’attache-t-on à ses motivations individuelles pour tolérer les coups de son époux, ou décide-t-on que des « valeurs universelles » priment sur les justifications individuelles ? Ou encore, lorsqu’un raciste a été agressé par un Antillais, un Africain ou un Maghrébin, se contente-t-on de comprendre ses sentiments de haine, de reproduire béatement ses propos racistes, ou a-t-on recours à un grille de lecture plus « universaliste » (et donc « paternaliste » ?) pour interpréter cet acte de violence ?

On peut bien sûr interpréter le concept de laïcité de nombreuses façons, comme le montre la diversité des rapports entre les Eglises et l’Etat, ne serait-ce qu’en Europe. Saïd Bouamama nous explique que la laïcité n’a de sens pour lui que dans une « société multiculturelle et multireligieuse ». Comme il ne nous explique pas concrètement comment fonctionnerait une telle « société multiculturelle et multireligieuse », et qu’il ne nous indique pas quel est le pays où l’idéal de la laïcité lui semble le mieux incarné pour le moment, ses propos ne peuvent que susciter la méfiance des laïcs et des athées qui n’ont aucune envie de vivre dans une « société multireligieuse » où des tribunaux religieux imposent leur loi aux femmes, créant de fait une inégalité entre toutes les citoyennes, comme c’est le cas au Canada ; ils n’ont pas non plus envie de vivre dans une « société multiculturelle » qui considère normaux ou tolérables la polygamie, l’excision ou les mauvais traitements infligés aux femmes. Ce n’est pas vouloir vivre dans « une société de clones culturels » comme l’écrit notre sociologue, mais dans une société laïque d’hommes et de femmes libres et égaux où les religions sont cantonnées à la sphère privée, où, sous prétexte de « respecter » les différentes « cultures », l’on ne met pas sur le même plan le couscous et la polygamie, les écrits d’Avicenne et ceux de l’imam Khomeyni, la musique de Berlioz et les tubes produits par la Star Academy, Mein Kampf et les poèmes de Hölderlin.

Il faut ignorer délibérément les leçons de l’histoire pour croire que les religions aient pu ou puissent vivre en bonne intelligence avec d’autres sans des luttes incessantes des partisans de la liberté et de la laïcité contre la mainmise de toutes les Eglises sur la vie publique et privée. Ce n’est pas un hasard si l’Eglise catholique a persécuté les juifs et les protestants pendant des siècles. Ce n’est pas un hasard si l’islam a inventé le statut du dhimmi pour les non-musulmans, statut qui dénie toute égalité à ceux qui ne croient pas aux enseignements du Coran et qui promet la peine de mort aux athées et aux apostats, statut qui considère que la vie d’un « infidèle » n’a pas le même poids que celle d’un croyant, etc. Ce n’est pas un hasard si les hindouistes persécutent et tuent les musulmans en Inde. Ce n’est pas un hasard si les bouddhistes, pour s’imposer au Japon, ont mené une guerre sanglante qui a duré plusieurs siècles contre le shintoïsme qui était auparavant la religion majoritaire. Ce n’est pas un hasard si les fondamentalistes juifs en Israël ont assassiné Rabin et propagent le racisme contre les Palestiniens et les Arabes. Ce n’est pas un hasard si les islamistes et les intégristes musulmans croient à la véracité du Protocole des Sages de Sion et propagent l’antisémitisme.

Si l’on veut vivre dans une société garantissant le maximum de liberté et d’égalité, il ne s’agit pas de « supprimer la diversité » comme le prétend démagogiquement Bouamama (cela le Capital s’en charge depuis 150 ans), mais de faire le tri entre les héritages de diverses traditions et cultures, sans préjugés mais sans complaisance aucune. Et un tel tri ne peut s’effectuer qu’à partir de valeurs et de droits universels. Comme l’expliquent bien les camarades des Partis communiste-ouvrier d’Irak et d’Iran qui mènent la bataille contre l’islam politique dans leurs pays respectifs et contre le multiculturalisme en Occident, ce pseudo « respect des différences » ressemble, à s’y méprendre, à un « racisme inversé ». D’ailleurs Chirac et Mitterrand l’ont bien dit ouvertement pour l’Afrique (« ces pays ne sont pas encore mûrs pour la démocratie »). Les multiculturalistes, quelles que soient leurs bonnes intentions, croient que les femmes des pays du « Sud » ne sont pas dignes de bénéficier des mêmes libertés et des mêmes droits que les femmes des pays du « Nord ». Ne serait-ce pas cela le véritable « paternalisme » - voire le racisme - « respectable » ?

Yves Coleman (juillet 2004)

* L’article en question se trouve notamment sur le site "Les mots sont importants", site qui combine de très bons textes sur l’idéologie de la droite et de la gauches sécuritaires et le lepénisme avec des articles à la tonalité multiculturaliste, hélas beaucoup moins convaincants. Nous y reviendrons dans un prochain article sur Pierre Tevanian et ses (mauvais) arguments pour défendre sa (juste) opposition à la nouvelle loi sur les signes religieux ostensibles.

1. A ce propos, l’inculture historique n’est pas une spécialité de ceux qui regrettent la « Belle époque » du colonialisme français. Dans un livre paru chez Albin Michel intitulé "L’une voilée, l’autre pas", livre qui fait "dialoguer"entre elles deux obscurantistes musulmanes, Saïda Kada, militante proche de Tariq Ramadan, dénonce l’oubli du sacrifice des migrants « morts pour la France », sans même se rendre compte qu’ils sont aussi morts pour défendre les intérêts des marchands de canon français en 1914-18 et en défendant le colonialisme français en Indochine comme en Afrique pendant et après la Seconde Guerre mondiale ! Mais après tout, comment s’étonner qu’une superpatriote comme cette « citoyenniste » musulmane ignore l’internationalisme prolétarien et le véritable anticolonialisme ?

2. Un documentaire de 90 minutes (Alya) sur la tentative ratée d’une famille juive française de s’installer en Israël a récemment été diffusé sur France 5. Il a d’ailleurs suscité la fureur des sites qui défendent une attitude totalement critique par rapport à la politique des gouvernements israéliens. Ce film montrait bien comment, sans que les parents aient la moindre formation religieuse ni ne parlent même l’hébreu, un de leurs fils passait par une profonde crise mystique. Cet adolescent jugeait lui-même cette conversion radicale indispensable pour résister au vide créé par la perte de tous ses amis, la disparition de tous ses repères, suite à son départ de France ; il avait besoin d’un rapport intime, fusionnel, avec le judaïsme afin de réussir à s’adapter à une nouvelle réalité sociale pour laquelle il ne disposait pas d’autre grille de lecture (son milieu familial était de « gauche » et a voté travailliste en Israël, donc guère capable de critiquer l’impasse politique du sionisme). La pression qu’exerce Israël - Etat « communautaire » s’il en est -, sur les nouveaux arrivants n’est pas moindre que celle exercée par une communauté de migrants qui doit se défendre contre l’intolérance et le racisme de la société « d’accueil » (la France pour les écolières « voilées »).

3. A tous ceux qui critiquent Huntington sans l’avoir lu, ou en le déformant sciemment, je conseille vivement de lire l’article de Guy Fargette (« Faut-il confondre choc et conflit ? ») et l’interview contradictoire (« Quelques précisions sur Huntington ») sur le site mondialime.org, section Ni patrie ni frontières ou dans les numéros 3 et 4-5 de la revue Ni patrie ni frontières. Ou encore le numéro 106 de la revue Hérodote (« Religions et géopolitique »).

4. Les textes des militants laïcs des Partis communiste-ouvrier d’Irak et d’Iran sur le multiculturalisme, les « crimes d’honneur », la laïcité, le hijab et l’ « islamophobie » se trouvent en anglais sur les sites  http://www.wpiraq.net/`  http://www.wpiran.org/  http://www.m-hekmat.com/  http://www.equalityiniraq.com/  http://www.medusa2000.com/farsiindex.htm En français, on peut consulter les textes de Houzan Mahmood, Myriam Namazie, Azar Ajedi ou Azam Kamguian dans la revue Ni patrie ni frontières n° 6-7 (janvier 2004) et 10-11 (à paraître fin août), la brochure Femmes en Irak, sur les sites du Comité solidarité Irak ou bien mondialisme.org, section Ni patrie ni frontières. De nouvelles traductions de textes féministes irakiennes et iraniennes sont régulièrement ajoutées à ces sites « universalistes ».

 http://www.mondialisme.org/spip.php?article358
 
     
   
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    Patiente discussion.... 2017-03-29 10:36    
  Patiente discussion = bourrage de crâne cognitiviste = dérive paternaliste autoritaire = va te faire foutre, je préfère parler avec quelqu'un qui ne souffre pas d'un complexe de supériorité...Mentalité de colon abject, TINTIN au CONGO de mes c...  
  Déconologue  
    Yves Coleman, la construction d’un racisme respectable 2017-03-29 11:31    
  De l’intégration compassionnelle à l’assimilation autoritaire - Réflexions autour du livre de Pierre Tevanian, La mécanique raciste

La réédition de La Mécanique raciste, actualisée, augmentée d’un avant-propos et d’un nouveau chapitre, vient à point nommé compte tenu de la séquence historique mondiale et nationale qui est la nôtre et des questions complexes qu’elle pose. Le livre Le Choc des civilisations de Samuel Huntington, publié en 1996, ouvre cette séquence en imposant une grille de lecture essentialiste, d’une part, et de nouveaux visages du racisme, d’autre part. Depuis, elle est devenue médiatiquement et politiquement hégémonique, et a pour conséquence l’imposition d’un cadre pour penser le réel en termes d’identité, de « valeurs de la république », d’assimilation, etc. Ce cadre de pensée réducteur contraint à percevoir l’immigration comme problème, l’islam comme danger et l’identité « nationale » comme menacée. Il contribue de ce fait à créer les conditions d’une « droitisation » de la société française et même d’un processus de « fascisation ». Ce simple constat suffit à souligner l’actualité de la démonstration de Pierre Tevanian. Plus encore qu’au moment de leur première parution, les thèses de cet ouvrage permettent de saisir les processus à l’œuvre dans notre société et les enjeux cruciaux qu’ils révèlent. C’est l’utilité sociale et politique de ce livre que je tiens ici à souligner, à la lumière des dynamiques sociales et idéologiques qui se sont déployées depuis sa première édition.

Concept, percept, affect

Le racisme est un édifice conceptuel exprimant une conception du monde : une architecture pyramidale de la société où les différences, réelles ou supposées, légitiment une inégalité de traitement. La différence posée comme prémisse du raisonnement raciste conduit en conclusion à la légitimation de l’inégalité, après une série d’opérations que Pierre Tevanian nomme différenciation, péjoration, focalisation et essentialisation.

L’épisode médiatique et politique du burkini, qui a agité le landernau médiatique au cours de l’été 2016, illustre parfaitement ce processus. Alors que nos plages reflètent dans la multiplicité des tenues (du caleçon au slip de bain, du bikini au monokini) la diversité des rapports au corps et des modes de consommation du bord de mer, il a suffi d’une circulaire municipale pour qu’une tenue précise devienne une « différence » essentielle et significative. Cette construction d’une différence par les circulaires, les déclarations politiques et les commentaires médiatiques s’est en outre déployée, indiscutablement, sur le registre de la péjoration. Le burkini, nous a-t-on dit, véhicule une vision rétrograde de la femme, témoigne d’une offensive « salafiste[1] » et représente une menace pour l’ordre public. Cette péjoration s’est évidemment alimentée d’une focalisation (faisant disparaître derrière l’objet « burkini » les personnes qui voulaient simplement accéder au droit de se baigner) et d’une essentialisation (toutes ces femmes étaient réduites à une homogénéité de motivation, de comportement, de message). Enfin, l’interdiction d’accéder à la plage atteste d’une inégalité de traitement dans le droit d’accès au loisir.

Mais le racisme n’est pas qu’un concept, nous rappelle Pierre Tevanian : il est également un percept, c’est-à-dire un mode de perception construit historiquement et socialement, transmis et intériorisé par la culture. De nombreux travaux contemporains ont mis en évidence la façon dont les représentations sociales de l’Arabe, du Noir et du musulman ont été forgées par plusieurs siècles d’esclavage et de colonisation. Ces imaginaires hérités ne suffisent cependant pas à expliquer leur persistance sur la longue durée, et encore moins leurs mutations. Nous ne sommes pas seulement en présence d’un « passé qui ne passe pas[2] » ou d’un « transfert de mémoire[3] » : il s’agit plutôt d’une revivification active des représentations du passé, à des fins contemporaines. C’est à mon sens un des éléments d’explication du passage, au cours des années 1980, du racisme anti-Arabe à l’islamophobie. Ce qu’il y a de fondamentalement nouveau dans les événements de l’été 2016, ce ne sont pas les circulaires anti-burkini mais le fait qu’elles aient pu correspondre à une certaine « demande sociale ». Des citoyen(ne)s ont pris le temps d’appeler des polices municipales pour signaler la présence de femmes portant le burkini. D’autres ont applaudi les policiers municipaux exigeant de ces femmes qu’elles changent de tenues ou qu’elles quittent la plage[4]. Autrement dit : les percepts racistes se sont tellement étendus, ancrés et banalisés dans une partie du corps social qu’ils produisent désormais une « demande » que l’offre médiatique et politique ne manque pas de répercuter et d’amplifier à son tour. Nous touchons du doigt ici les effets de plusieurs décennies d’essentialisation de l’islam et de stigmatisation des musulmans dans les discours publics.

Un autre apport essentiel de La Mécanique raciste est de souligner que le racisme n’est pas seulement un rapport à l’autre mais également un rapport à soi. Dans la « séquence burkini », pour rester sur cet exemple, c’est une posture subjective particulière qui s’est manifestée, une affirmation identitaire forte, exprimant sans retenue le sentiment d’agir pour une bonne cause. Il s’agissait, à en croire les adversaires du burkini, de défendre les droits des femmes, la République, la laïcité – bref : de promouvoir un « racisme respectable[5] ». Un tel racisme procède toujours de la même manière : ses promoteurs se décrivent comme des porteurs de « valeurs » positives universelles et renvoient leurs cibles dans la sphère de la négativité et la dangerosité. Les affects racistes se sont en somme installés à la faveur de campagnes politiques et médiatiques ininterrompues construisant l’islam comme un « problème » et les musulmans comme une « menace ». Et ce processus de légitimation a finalement construit un « nous », posé comme porteur de progrès, en lutte contre un « eux » déficient, déviant et menaçant.

Il faut souligner ici le paradoxe que révèle cet « été du burkini » : rarement les effets d’inversion du réel avaient été aussi forts. Alors que le port du burkini signifie une volonté d’accéder à un espace commun, il a été réinterprété comme un acte de séparatisme. Alors qu’il marque une tentative de concilier l’accès à un droit commun avec une subjectivité spécifique (relevant de la foi, du rapport au corps et/ou du rapport à la pudeur), il a été stigmatisé comme un projet menaçant le « vivre ensemble ». Cette inversion du réel illustre les ambiguïtés dudit « vivre ensemble » – et sa dimension foncièrement inégalitaire. C’est un autre point important que souligne Pierre Tevanian : il y a de multiples manières de « vivre ensemble », plus ou moins égalitaires, et la valorisation abstraite et pour elle-même de l’être-ensemble masque souvent l’évitement de la question égalitaire, voire la promotion d’un modèle de société inégalitaire. Nous ne rappellerons jamais assez qu’une partie des esclaves vivaient « avec » leurs maîtres, mais dans une structure pyramidale à base inégalitaire, oppressive, criminelle.

Bref : la triple dimension du racisme en termes de concept, de percept et d’affect, telle que l’analyse La Mécanique raciste, a trouvé cet été une illustration presque caricaturale.

L’injonction d’invisibilité

L’inégalité et la domination nécessitent, pour se reproduire, une mise en invisibilité sociale des groupes dominés. À l’inverse, les dynamiques de l’égalité se traduisent inévitablement par une visibilité sociale plus importante. Des analyses sur le mouvement ouvrier aux travaux sur l’esclavage, en passant par les recherches sur l’immigration ou sur les mouvements féministes et homosexuels, une littérature conséquente est venue attester ce lien logique entre égalité et visibilité d’une part, inégalité et invisibilité d’autre part. La domination est en effet d’autant plus forte qu’elle se rend invisible – et innommable – en invisibilisant ses victimes. Pierre Tevanian insiste à juste titre dans son troisième chapitre sur ce lien entre (in)égalité et (in)visibilité, sur la question dite du voile comme dans toutes les constructions racistes, et son analyse des trois corps d’exception – corps invisible, corps infirme, corps furieux – nous permet à son tour de bien saisir ce qui s’est joué autour du burkini : quelque chose comme un rappel à l’ordre, comme une injonction de retour à l’invisibilité. Jean-Pierre Chevènement, propulsé président d’une improbable « Fondation pour un islam de France » aux termes de la polémique estivale, l’a signifié on ne peut plus clairement en appelant publiquement les musulmans à la « discrétion ».

Pierre Tevanian a raison de souligner que ce besoin étatique de réaffirmer, formaliser, solenniser l’injonction d’invisibilité a quelque chose d’un aveu de faiblesse. Il vient en réponse à la pratique sociale des subalternes qui ont eu l’audace d’investir des espaces, des sphères et des échelons jusqu’alors réservés à d’autres – à l’image de la militante afro-américaine Rosa Parks refusant en 1955 l’invisibilité à laquelle elle était assignée en s’installant dans les premiers rangs d’un bus. C’est désormais quotidiennement que la prétention à être présent(e)s dans les « premiers rangs » de notre société s’exprime ostensiblement et en toute indiscrétion. Bien sûr, la situation états-unienne des années 1950 n’est pas identique à la situation française des années 2010 : aux États-Unis l’interdit était explicite, et porté par la loi d’un État, alors qu’il est dans la France d’aujourd’hui implicite et condamnée par le droit. Cette différence de taille ne peut cependant pas occulter les points communs à toutes les situations inégalitaires : l’assignation à une place subalterne, son intériorisation puis sa remise en cause quand sont réunies certaines conditions (historiques, sociologiques, politiques), suscitant à son tour un rappel à l’ordre violent. Sans minimiser la place des comportements individuels dans les passages de frontières sociales vers des espaces jusque-là interdits, ce qui s’exprime dans ces moments de remise en cause est un processus sociologique, ce qui induit l’irréversibilité de cette nouvelle visibilité et de ces prétentions insistantes à l’égalité. La conclusion de La Mécanique raciste est, à ce sujet, particulièrement pertinente : l’agressivité des tenants de l’ordre inégalitaire n’est pas à interpréter exclusivement comme un signe négatif. C’est bien parce qu’il se sent menacé que l’ordre social dominant réagit aussi brutalement. Comme l’explique Christine Delphy, c’est parce que des dominé(e)s, en se visibilisant, rendent du même coup visibles les faux-semblants de la « règle réelle » qui régit notre société inégalitaire qu’ils et elles font scandale[6]. Face à un processus social irréversible, l’ultime recours des bénéficiaires de cette inégalité est, comme souvent, la réaffirmation autoritaire de la « règle » que certains éditorialistes et responsables politiques défendent de plus en plus explicitement et brutalement. Pour reprendre une formule de Pierre Tevanian, c’est une « course de vitesse » politique qui se trouve dès lors engagée, entre une dynamique sociologique profonde de refus des places assignées, d’une part, et le projet politique de maintien de la domination par tous les moyens, d’autre part[7].

Ce texte constitue le premier tiers de la postface rédigée pour La mécanique raciste, qui paraît le 6 avril 2017 aux Editions La Découverte.

1. Peu importe la cohérence du raisonnement sur cet aspect du « burkini étendard du salafisme ». La sociologue Nilüfer Göle souligne que ce vêtement (comme d’autres pratiques comme le jambon halal, la diversité des manières de porter le foulard, etc.) est un « accommodement » entre la foi et la mode occidentale ayant pour objectif et pour effet de permettre « aux femmes de nager, et donc de conquérir de nouveaux espaces ». Enquête sur les « musulmans ordinaires » d’Europe, Revue Etude, n° 4223, janvier 2016, p. 91.

2. L’expression a d’abord été utilisé par Eric Conan et Henry Rousso à propos de Vichy avant d’être usitée pour la colonisation en général et pour la guerre d’Algérie en particulier. Vichy, un passé qui ne passe pas, Fayard, Paris, 1994.

3. Benjamin Stora, Le transfert d’une mémoire. De « l’Algérie française » au racisme anti-arabe, La Découverte, Paris, 2001.

4. Le journaliste Georges Mattei rappelle que le 17 octobre 1961 des citoyens indiquaient aux policiers les cachettes des manifestants fuyant la répression (Libération du 7 octobre 1980). Nous n’avons plus eu depuis de situations analogues significatives.

5. Bouamama Saïd, L’affaire du foulard islamique. La production d’un racisme respectable, Le Geai Bleu, Roubaix, 2004.

6. Christine Delphy, Classer, dominer. Qui sont les autres, La Fabrique, Pari, 2007, p.

7. Pierre Tevanian, La Haine de la religion, op. cit.

 https://bouamamas.wordpress.com/2017/03/25/de-lintegration-compassionnelle-a-lassimilation-autoritaire-reflexions-autour-du-livre-de-pierre-tevanian-la-mecanique-raciste/
 
  anti-facho  
    Yves Coleman, un raciste gauchiste au service de l'Etat 2017-03-29 13:15    
  Pour en finir avec l'islamalgame

Ces nouveaux croisés de l'athéisme laïcard font mine de croire que les marxistes se seraient ramollis, face aux religions. Que nenni. Cette tricherie tire d'un Marx lu à l'envers une religio-phobie, à priorité anti-«musulmans», c'est-à-dire alimentant la chasse aux mauvais arabes d'en-bas, dans une paranoïa prétendant combattre l'antisémitisme. Le cercle vicieux s'alimente en boucle dans la sphère médiatico-militante, faisant écran à la question sociale, parfois de part et d'autre, jusqu'à considérer comme raciste et antisémite le Parti des Indigènes mis dans le même sac que Dieudonné.

Cette radicalité anti-religieuse ne prend pas les choses à la racine, les rapports sociaux, qui est le sens du texte de Marx «la religion opium du peuple». Le concept d'islamo-gauchisme sert ainsi de paravent aux questions sociales et à la lutte des classes dans ses déterminations racialisées. Ils en rajoutent à l'idéologie, aux politiques et aux mesures liberticides du capital telles qu'elles produisent concrètement la segmentation racialisée du prolétariat.

Comment Marx est revu pour fonder l’islamophobie, Quentin Vanbaelen, Interview de Pierre Tevanian («La haine de la religion») suivie d'une discussion. On y trouve démontée l'argumentation du «marxiste» Germinal Pinalie, dont Yves Coleman recommande le blog. En mai 2013, dans un texte vidé de toute critique sociale, le soldat Coleman lumineux écrit : « Pierre Tevanian se trompe totalement de cible en attaquant et calomniant l’athéisme et les Lumières ». La boucle est bouclée : Coleman Charlie avant Charlie. Je les invite à une discussion-débat dans un «quartier sensible», je veux bien m'occuper de la sono mais pas du service d'ordre…
.
 http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-663.html
 
  anti-con  
    Yves Coleman, une taupe infiltrée dans le milieu anar 2017-03-29 13:26    
  Si on veut comprendre le rôle de Coleman comme taupe infiltrée dans le milieu libertaire pour défendre les intérêts du « Monde libre » et de la « démocratie », il suffit de le lire dans le texte. Ses délires sur l’anti-américanisme, l’anti-impérialisme, l’antiracisme, l’anticolonialisme, l’antisionisme… ça ne s’invente pas !?

 http://mondialisme.org/spip.php?article1699?

 http://mondialisme.org/spip.php?article1704?

 http://mondialisme.org/spip.php?article1706?

Pour ceux qui veulent des citations et des exemples, il y en a des dizaines dans tous ces liens, mais rien qu’en ouvrant le premier :?

« Anti-américanisme : l’extrême gauche (spécialement en France) a toujours été hostile aux Etats-Unis. Elle a systématiquement dénoncé :?

– les interventions militaires américaines à l’étranger (tout en étant beaucoup moins bavarde et active sur les interventions militaires françaises en Afrique) ;

– les coups d’Etat exécutés avec l’aide de la CIA ;

– les missiles placés en Europe contre l’URSS ;

– l’usage de l’arme atomique à Nagasaki et Hiroshima ;

– l’influence néfaste des romans, des séries télé et des films policiers américains ;

– « l’invasion » du Coca Cola, des Mc Donald’s, des jeans, des ordinateurs IBM, des logiciels Microsoft, des fast-foods, de la « mal-bouffe », etc.?

ELLE REJOIGNAIT ET REJOINT AINSI LES CALCULS POLITIQUES DE CERTAINES FRACTIONS DE LA BOURGEOISIE NATIONALE QUI PRÉFÈRENT QUE LES PROLÉTAIRES DIRIGENT LEUR COLÈRE CONTRE DES CAPITALISTES ÉTRANGERS QUE CONTRE ELLE-MÊME. »?

Etc., etc.?On peut difficilement trouver de serviteur plus zélé de l’Empire…???

Autres arguments de Coleman pour illustrer la "confusion" extrême droite / extrême gauche :?

- Dresde (bombardements de) : crimes commis par l’aviation alliée, qui déversa 7 000 tonnes de bombes incendiaires sur Dresde les 13 et 14 janvier 1945. Ces bombardements détruisirent la moitié des habitations et un quart des installations industrielles de la ville et firent au moins 35 000 victimes. CES BOMBARDEMENTS ONT ÉTÉ UTILISÉS À LA FOIS PAR LES NÉGATIONNISTES VENUS DE L’ULTRAGAUCHE, PAR JACQUES VERGÈS (AVOCAT DE KLAUS BARBIE) ET PAR L’EXTRÊME DROITE POUR MINIMISER LES CRIMES DU NAZISME.?

- Ecologie : thématique récupérée par le GRECE puis, plus récemment, par les Identitaires et le Front National. On ne s’étonnera pas que d’anciens Verts comme Jean Robin ou Jean Brière soient passés à l’extrême droite. De plus, les Verts, en France comme en Allemagne, ont été victimes d’infiltrations systématiques par des militants fascistes ou fascisants. LA COMBINAISON DES DEUX PHÉNOMÈNES (AMBIGUÏTÉS POLITIQUES DE L’ÉCOLOGIE, « NI DE DROITE NI DE GAUCHE (49) », QUI RAPPELLE LE SLOGAN INVENTÉ PAR DORIOT – « NI DROITE NI GAUCHE, EN AVANT ! » –, ET INFILTRATIONS PAR L’EXTRÊME DROITE) ABOUTIT À ACCROÎTRE ENCORE LA CONFUSION.?"

 http://mondialisme.org/spip.php?article1706

Cet individu est encore considéré comme fréquentable par qui que ce soit ?
 
  confus ZION  
    . 2017-03-29 17:12    
  Ah, pas encore l'insulte anarcho sioniste ? !





ça va venir
 
  .  
    complexe de supériorité. 2017-03-29 17:49    
  Le complexe de supériorité des racialisateurs est le meilleur ou le PIR ?  
  .  
    Saïd BOUAMAMA, ailier gauche du sous-fascisme 2017-03-29 18:00    
  Un article de décembre 2016 : Saïd BOUAMAMA, ailier gauche du sous-fascisme -  https://garap.org/communiques/communique52.php  
  1 compas du GARAP  
    Kézaco ??? 2017-03-29 20:49    
  Le GARAP ? C'est quoi ce truc ??? Vous avez confiance ? PAS MOI !!!  
  Un peu naïf mais pas trop...  
    Coleman et ses gros sabots 2017-03-29 23:15    
  Décidément, Yves Coleman est bien pratique, avec ses gros sabots : « ACQUÉRIR UNE VISION CLAIRE DES DIFFÉRENTES FORMES DE RACISME ET DE LEURS RÔLES. ET RÉFLÉCHIR À CE QUE POURRAIT ÊTRE UN ANTIRACISME DE CLASSE »

Bien pratique pour des considérations dépassant sa personne et son militantisme spécialisé dans la dénonciation, non de l'Etat et du capital, mais des militants d'extrême-gauche.

Tout l'article est construit avec l'idée que le racisme est... une idée. Il s'agirait de s'en faire la bonne pour élaborer le bon «antiracisme», de préférence de gauche ou d'extrême gauche, en prenant en compte des « analyses de sociologues, historiens et spécialistes de sciences sociales, universitaires, économistes... ». Notons au passage que pour Yves Coleman, F. Fanon, Malcolm X, Stockely Carmichael, Huey Newton, Angela Davis sont des « identitaires », un qualificatif qui trouverait grâce à lui une valeur rétro-active pour tous ceux qui ont mené depuis des siècles leurs luttes contre leur esclavage, leur colonisation ou leur ségrégation institutionnelle en France... Le Noir sur-exploité qui se bat le fait parce qu'il est exploité, pas parce qu'il est noir, mais s'il est plus sur-exploitable, c'est parce qu'il est noir.

Il ne vient pas à l'idée d'Yves Coleman que les premiers concernés par le racisme sont les "victimes" du racisme, et qu'eux ne se définissent pas comme « antiracistes ». L'antiracisme vient d'une extériorité compassionnelle au problème de classe et de race. À l'inverse, c'est toujours partant de leur situation concrète, de leur situation sociale, économique ou de leur confrontation à la répression policière, que ces populations racialisées entrent en luttes, des luttes qui ne se caractérisent pas par des revendications «identitaires», mais plutôt à visée dés-identitaires. Au fond, ils ne demandent pas un soutien « antiraciste de classe » à leur luttes. Une telle posture finalement morale n'est bonne qu'à soulager la conscience militante blanche... ou assimilée [...]

« Penser l'histoire et le présent des identités dans leurs rapport aux classes sociales et à leurs antagonismes »

Vouloir définir un « antiracisme de classe », c'est vouloir donner des leçons de classe aux racialisés. C'est oublier que le racisme réel est un rapport social, et comme tout rapport social dans le capitalisme, une rapport de classe en lui-même de par son intérêt pour le capital, non par une quelconque prise de conscience apportée par une posture militante qui ne mange pas de pain... noir. D'autant quand on passe son temps, comme Yves Coleman, à flinguer tous ceux qui justement sont pris dans la tourmente et les tourments d'être, non pas «identitaires», mais identifiés par leurs couleurs de peau »

 http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-608.html
 
  colemanologue  
    Lâchez-nous le GARAP ! 2017-03-29 23:33    
  Le GARAP nous a beaucoup fait rire !

 https://nantes.indymedia.org/articles/31514

encore un groupe "révolutionaire" qui veut faire table rase...

"le capitalisme est en crise"

c'est sûr qu'avec des poncifs de se genre, le grand soir est pour bientôt...

vous vous relisez des fois ? c'est une caricature ce texte... ça a été pondu par des étudiants parisiens que ça m'étonnerait pas...

mépriser des humains juste parsqu'ils pensent pas comme moi, ou plutot parce qu'ils suivent un axe de ce marécage que des gens appellent "pensée unique" qui n'est pas le même que celui que je suis à ce moment-là, c'est ça que je reproche aux "religions". et là, dans religion, je mets tous les systèmes de pensée et do'organisation clé-en-main. la "recomposition de lautonomie prolétarienne" comprise.

dans votre texte, vous appelez "critique" ce qui n'est que "mépris". une personne qui ne rentre pas dans votre schéma de pensée ne mérite que votre mépris. qu'elle travaille ou qu'elle prie, qu'elle regarde les anges de la téléréalité ou qu'elle lise deleuze, votre idée d'elle est arrêtée, elle est méprisable. si elle laissait derrière elle tous ses péchés, elle serait peut-être acceptée dans le saint des saints GARAP, mais là encore, l'aura néfaste de son passé de collabo flotterait autour, encourageant cette personne à "se dépasser", à renier ses péchés, à inquisiter encore mieux que l'inquisiteur, à poster un texte merdeux sur indymedia, denoncant les péchés des autres, pourmieux oublier les siens...

et ouais, t'as vu, tu change de champ lexical, tu rajoute "péché" et ton "groupe" révolutionaire devient aussi flippant que Waco.
d'ailleurs, en causant de "révolution", t'en parle comme si :

1. tout le monde savait ce que c'est
2. tout le monde était d'accord sur l'intérêt essentiel de son avènement

alors, la révolution, faite dans les termes de votre texte, emplie de péchés, de mépris, de tabous et dépourvue totalement de sentiments humains (probablement trop faibles et faillibles), elle me fait froid dans le dos, parce que le seul truc qui vous dispenserait de cramer la moitié de la population et foutre l'autre en camp (de rééducation, de concentration de vacances, bref, en taule) c'est qu'une réu du GARAP tourne mal et que l'un de vous robespierrise les autres.

jojo
 
  Saint-Emilion  
    . 2017-03-30 01:45    
 

En 2005, réagissant à l'instrumentalisation sarkozienne, à des fins électoralistes, des émeutes dans les quartiers populaires, Bouamama, n'avait pas hésité à faire un appel du pied à tous les démocrates – une catégorie politique large qui va a minima jusqu'au centre-droit. Bouamama démontrait pas là-même que, entre moult autres insupportables tares politiques, il était un adepte de la collaboration entre classes sociales.

À rebours de ce type d'illusions démocratiques confortables – et alors que des membres de l'aile gauche du sous-fascisme viennent justement, pour la première fois, de passer des menaces verbales à la violence assumée –, il appartient aux partisans de l'abolition de l'État, de la société de classe, du travail, de la religion, d'expédier quelques tacles bien appuyés dans les jambes des sous-fascistes afin de leur ôter au maximum toute capacité de nuisance.

 
  .  
    . 2017-03-30 07:46    
  Signataire, aux côtés de vieux débris marxiste-léninistes et de l'islamiste Tariq Ramadan du crapuleux « Appel des Indigènes de la République » en 2005, adepte des provocations verbales (« Moi je m'en fous que les gens n'aiment pas les arabes »15), Bouamama n'hésite pas non plus – à l'instar d'un Finkielkraut, d'un Sarkozy, ou de votre voisin raciste – à faire l'amalgame entre noirs, arabes et musulmans.

Par un artifice rhétorique grossier associant à la hussarde une couleur de peau à une religion, Bouamama tente donc d'enrégimenter toute une fraction du prolétariat vivant en fRance sous la bannière réactionnaire de l'islam.
 
  .  
    FICHTRE !!! 2017-03-30 10:37    
  Ce débat entre langues de vipères est bien triste et un peu crétin...
Bouamama ne mérite ni trop d'honneur, ni trop d'indignité...
Après lecture de quelques articles sur d'autres sites je le vois plus comme un homme féministe que comme un djihadiste non-violent...mais ça se discute et ça peut se discuter très longtemps si on accuse ce pauvre d'être un sous-fasciste parce qu'il est un démocrate petit bourgeois (il ne faut pas s'emmerder avec la logique aristotélicienne, n'Est-ce pas ?).
 
  Etudiant.  
    Ce qui dérange le saïdophobes 2017-03-30 13:59    
  LES DISCRIMINATIONS RACISTES :UNE ARME DE DIVISION MASSIVE(Saïd Bouamama)

Après avoir été longtemps niées, les discriminations racistes semblent sortir du silence assourdissant qui caractérisait cette question sociale essentielle : des études tentent de les mesurer, des discours politiques volontaristes sont prononcés, une haute autorité est mise en place, etc. Pourtant, à y regarder de plus près le changement n’est en grande partie qu’apparent. Nous n’avons pas à faire à une véritable stratégie de lutte contre ces inégalités de traitement qui minent les classes et milieux populaires mais à
un discours de façade visant à contenir les revendications égalitaires.

L’occultation du caractère systémique des discriminations racistes, de leurs bases matérielles et de leurs fonctionnalités sociales dépolitise la question et technicise les réponses. En témoigne l’émergence de « nouveaux discours » d’accompagnement qui ne sont que de nouveaux masques idéologique de la domination : égalité des chances, promotion d’une élite
méritante, mixité sociale, cohésion sociale, etc. De la marche pour l’égalité en 1983 aux sans-papiers aujourd’hui, de multiples combats ont mis en avant la fonction sociale de l’inégalité raciste de traitement : organiser une
concurrence ethnique entre forces de travail pour maximiser les profits. Mener ces combats efficacement suppose de s’attaquer aux racines de l’inégalité.

 
  antifa  
    https://garap.org/communiques/communique52.php 2017-03-30 15:34    
  Dans la même veine, à entendre Bouamama se lamenter sur le fait que l'actuelle civilisation est basée sur « la négation de tous les regroupements communautaires » 20 , on ne peut que constater que, l'art de faire des analyses anachroniques a beau être subtil, cet histrion l'exerce à merveille.

Il y a, en effet, bien longtemps que la bourgeoisie française a ajouté la promotion du communautarisme (catholique, musulman, juif...) à sa panoplie des méthodes de mise au pas du prolétariat.

Bien loin d'être niés par la classe dominante, les « regroupements communautaires » sont donc encouragés par divers procédés : reconnaissance des religieux en tant qu'interlocuteurs légitimes pour parler au nom d'une « communauté », tolérance voire appui aux établissements scolaires confessionnels – même intégristes21 –, financement de constructions ou de rénovations de lieux de cultes avec des deniers publics, etc.

Le tableau que nous brossons ne serait pas complet si l'on passait sous silence les collègues de cirque de Bouamama. Outre sa retape occasionnelle pour le PIR, Bouamama fait parfois conférence commune avec l'agent d'influence Michel Collon – maoïste22 connu notamment pour sa participation à la conférence Axis For Peace23 en 2005 et son soutien stipendié à diverses dictatures (Russie, République islamique d'Iran, régime baasiste syrien). Lors d'un meeting commun de nos deux fringants sous-fascistes24, Collon a notamment affirmé dans la plus grande des décontractions qu' « [en Libye sous Kadhafi], les gens vivaient super bien et avaient un niveau de vie extraordinaire. »25 Bouamama, décidément altruiste, a aussi partagé son numéro de clown, lors d'une représentation à Lille, avec l'universitaire algérien Ahmed Bensaada, celui-ci expliquant doctement que les révolutions tunisienne et égyptienne et 2011 ont été inspirées en sous-main par les États-Unis et que les « Services » américains manipulaient les dissidents dans ces deux pays26.
 
  https://garap.org/communiques/communique52.ph  
    Pourquoi les fachos n'aiment pas Saïd Bouamama 2017-03-30 22:03    
  Saïd Bouamama et Saïdou de Z.E.P. relaxés / L’AGRIF déboutée.

Le jugement est enfin prononcé. Les juges ont estimé que la plainte pour « injures raciales » et « provocation à la haine raciale » contre les « Français blancs dits de souche » était injustifiée. Nos deux camarades sont relaxés. Les motivations du jugement précisent que la catégorie dite « Français de souche » ne recouvre aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique. Ils ajoutent également que la « blancheur » n’est pas une composante juridique de la qualité de Français. Il s’agit bien d’une victoire, et en ces temps de régression généralisée, nous pouvons tous en être fiers.
Cette victoire, nous la devons aux milliers de militantes et de militants qui se sont mobilisés pour nous soutenir en recueillant des signatures pour la pétition, en créant des comités de soutien, en organisant des actions de solidarité, en étant massivement présents le jour du procès dans l’enceinte et à l’extérieur du tribunal, ou devant les autres tribunaux dans plusieurs régions. L’AGRIF fait appel et nous avons donc encore besoin de votre soutien et de votre mobilisation. D’ores et déjà, une première leçon peut déjà être tirée : la lutte paye et la solidarité est une arme précieuse pour les dominés.

Merci à toutes et à tous

Restons insolents face aux inégalités et aux dominations.

Saïd Bouamama
Saïdou de Zone d’Expression Populaire
Devoir d’Insolence



« Nique la France » : Saïdou (ZEP) et Saïd Bouamama relaxés par le tribunal

Poursuivis à l’initiative d’une association d’intégristes chrétiens d’extrême-droite, les militants antiracistes Saïdou et Saïd Bouamama, co-auteurs des textes de « Nique la France », ont été relaxés par le tribunal de Paris.

L’audience avait eu lieu le 20 janvier dernier devant la 17ème chambre correctionnelle du Tribunal de Paris.

Aux termes de 5 heures de débats en présence de nombreux militants antiracistes venus soutenir les deux prévenus, la procureure avait refusé de requérir une condamnation.

Défendus par M° Henri Braun, les prévenus avaient fait citer cinq témoins : Olivier Le Cour Grandmaison, Maurice Rasjfus, Christine Delphy, Rokaya Diallo et Mme Legeorgette, spécialiste en linguistique.

Pour les uns comme pour les autres, c’est la création par le gouvernement Sarkozy de la notion “d’identité nationale” et d’un ministère du même nom, qui a eu pour vocation la division des Français et bafoué le principe d’égalité. C’est dans ce contexte, en 2010, alors que la droite reprenait à son compte des thèses de l’extrême droite, qu’ont été écrits les textes mis en cause par l’Agrif, l’association à l’origine des poursuites.

Les critiques contenues dans leurs textes “Nique la France” s’adressent bien à une France raciste et colonialiste, et non à l’ensemble des Français. Elles ont d’ailleurs été reprises dans des termes similaires, avait fait remarquer la défense, par des chanteurs français comme Georges Brassens, Pierre Perret, et Renaud, sans que ces derniers aient jamais été inquiétés.

Comme quoi, ont affirmé certains, ce ne sont pas les propos eux-mêmes qui gênent la partie civile, mais plutôt les origines de ceux qui les ont prononcés. Situation aussi stupide et ridicule que le fait de considérer comme moins français quelqu’un comme le rappeur Saïdou qui est né en France, de parents français, que des Philippe Seguin ou Ségolène Royal, nés à l’étranger !

“Les Français de souche, cela n’existe pas”, a reconnu la procureure. Avant elle Christine Delphy avait fait remarquer que “l’expression, typiquement coloniale, date du temps de l’Algérie française”.

Les juges ont donc fait droit à ces arguments, et nous ne pouvons que nous en féliciter en ces temps où la liberté d’expression est tellement malmenée, sous couvert de « lutte contre le terrorisme ».

 http://la-feuille-de-chou.fr/archives/78702
 
  antifasciste  
    Nique les staliniens 2017-04-01 18:09    
  Dans la même veine, à entendre Bouamama se lamenter sur le fait que l'actuelle civilisation est basée sur « la négation de tous les regroupements communautaires » 20 , on ne peut que constater que, l'art de faire des analyses anachroniques a beau être subtil, cet histrion l'exerce à merveille.

Il y a, en effet, bien longtemps que la bourgeoisie française a ajouté la promotion du communautarisme (catholique, musulman, juif...) à sa panoplie des méthodes de mise au pas du prolétariat.

Bien loin d'être niés par la classe dominante, les « regroupements communautaires » sont donc encouragés par divers procédés : reconnaissance des religieux en tant qu'interlocuteurs légitimes pour parler au nom d'une « communauté », tolérance voire appui aux établissements scolaires confessionnels – même intégristes21 –, financement de constructions ou de rénovations de lieux de cultes avec des deniers publics, etc.

Le tableau que nous brossons ne serait pas complet si l'on passait sous silence les collègues de cirque de Bouamama. Outre sa retape occasionnelle pour le PIR, Bouamama fait parfois conférence commune avec l'agent d'influence Michel Collon – maoïste22 connu notamment pour sa participation à la conférence Axis For Peace23 en 2005 et son soutien stipendié à diverses dictatures (Russie, République islamique d'Iran, régime baasiste syrien). Lors d'un meeting commun de nos deux fringants sous-fascistes24, Collon a notamment affirmé dans la plus grande des décontractions qu' « [en Libye sous Kadhafi], les gens vivaient super bien et avaient un niveau de vie extraordinaire. »25 Bouamama, décidément altruiste, a aussi partagé son numéro de clown, lors d'une représentation à Lille, avec l'universitaire algérien Ahmed Bensaada, celui-ci expliquant doctement que les révolutions tunisienne et égyptienne et 2011 ont été inspirées en sous-main par les États-Unis et que les « Services » américains manipulaient les dissidents dans ces deux pays26.
 https://garap.org/communiques/communique52.ph
 
  nik  
    Fastoche... 2017-04-02 15:14    
  C'est facile de mépriser le "communautarisme" quand on fait partie de la majorité oppressante, des non-racisés, des chou-choux du pouvoir, des protégés par la police, des non fumeurs, des bo-bo, etc...

Mais nous, avec nos gueules de métèques, nos clopes au bec, nos bagnoles semi épaves, nos opinions qui déplaisent...ON SE FAIT profondément CHIER avec vous, on refuse de s'adapter à votre merde, à vos interdictions, à votre MORALE laïque républicaine et obligatoire.

Le VIVRE ENSEMBLE répugnant que vous proposez n'est qu'abjection, soumission à l'autorité, conformisme puant et niaiseries alors: ALLEZ VOUS FAITRE FOUTRE !!!

FFER (fumeurs, fiers de l'être et de le rester).
 
  FFER  
    https://garap.org/communiques/communique52.ph 2017-04-03 03:01    
   https://garap.org/communiques/communique52.ph  
  https://garap.org/communiques/communique52.ph  
    Question 2017-04-03 12:47    
  GARAP ??? Sous-flics idéologiques au service de l'assimilation "républicaine" ??? Allergiques à la diversité culturelle ??? Néo puritains qui veulent reformater l'humanité à leur image ???  
  Questionneur  
    https://garap.org/communiques/communique52.ph 2017-04-04 00:32    
 
Dans la même veine, à entendre Bouamama se lamenter sur le fait que l'actuelle civilisation est basée sur « la négation de tous les regroupements communautaires » 20 , on ne peut que constater que, l'art de faire des analyses anachroniques a beau être subtil, cet histrion l'exerce à merveille.

Il y a, en effet, bien longtemps que la bourgeoisie française a ajouté la promotion du communautarisme (catholique, musulman, juif...) à sa panoplie des méthodes de mise au pas du prolétariat.

Bien loin d'être niés par la classe dominante, les « regroupements communautaires » sont donc encouragés par divers procédés : reconnaissance des religieux en tant qu'interlocuteurs légitimes pour parler au nom d'une « communauté », tolérance voire appui aux établissements scolaires confessionnels – même intégristes21 –, financement de constructions ou de rénovations de lieux de cultes avec des deniers publics, etc.

Le tableau que nous brossons ne serait pas complet si l'on passait sous silence les collègues de cirque de Bouamama. Outre sa retape occasionnelle pour le PIR, Bouamama fait parfois conférence commune avec l'agent d'influence Michel Collon – maoïste22 connu notamment pour sa participation à la conférence Axis For Peace23 en 2005 et son soutien stipendié à diverses dictatures (Russie, République islamique d'Iran, régime baasiste syrien). Lors d'un meeting commun de nos deux fringants sous-fascistes24, Collon a notamment affirmé dans la plus grande des décontractions qu' « [en Libye sous Kadhafi], les gens vivaient super bien et avaient un niveau de vie extraordinaire. »25 Bouamama, décidément altruiste, a aussi partagé son numéro de clown, lors d'une représentation à Lille, avec l'universitaire algérien Ahmed Bensaada, celui-ci expliquant doctement que les révolutions tunisienne et égyptienne et 2011 ont été inspirées en sous-main par les États-Unis et que les « Services » américains manipulaient les dissidents dans ces deux pays26.
 https://garap.org/communiques/communique52.ph
 
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