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Terreur et répression à Oaxaca (Mexique) : appel à solidarité avec l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (APPO). Plus de 3000 effectifs de l’armée et de la police sont entrés dans la ville de Oaxaca.
Au Mexique, en dépit des discours officiels sur la « transition démocratique », les forces conservatrices et la répression se généralisent. Quelques mois à peine après l’attaque armée contre le Front des Peuples en Défense de la Terre de la ville d’Atenco, c’est aujourd’hui l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (APPO) et la section locale du Syndicat des Travailleurs/euses de l’Education Nationale (SNTE) qui sont assiégées par les forces militaires, policières et paramilitaires. Depuis la mi-mai de cette année, la section 22 du Syndicat National des Travailleurs/euses de l’Education a entamé un mouvement de grève pour exiger l’indexation des salaires face à la hausse du coût de la vie, et pour l’amélioration des conditions-cadre de leur travail. En effet, comme au Chiapas ou dans d’autres régions à forte population rurale-indienne, les conditions de travail des travailleurs/euses de l’éducation se heurtent à une structure sociale oligarchique et raciste, au manque d’infrastructure et d’encadrement pour les élèves, à la précarité de l’emploi et des salaires pour les enseignant-e-s, etc. De manière générale, la province de Oaxaca présente une forte polarisation sociale qui ne date pas d’hier : plus de 60% de la population est indienne, fortement ségréguée et subissant les plus hauts indices de misère et d’analphabétisme. Elle est aussi l’une des régions les plus rebelles, et cela depuis l’époque coloniale.
Depuis le mois de juin, le mouvement syndical subit une répression systématique, visant à casser le mouvement et à le discréditer aux yeux de l’opinion publique. En juin, des manifestations furent massivement réprimées par la Police Fédérale préventive (PFP), générant l’extension du mouvement à divers secteurs populaires, paysans et indiens ainsi qu’aux partisans du candidat de centre-gauche aux élections présidentielles Manuel Lopez Obrador, évincé du pouvoir malgré les preuves de fraude électorale. S’est alors formée l’assemblée des peuples de Oaxaca (APPO), regroupant près de 350 organisations, qui exige la destitution du gouverneur Ulises Ruiz par la grève générale dans l’enseignement, par l’occupation permanente du centre-ville, par le maintien de barricades pour résister aux diverses attaques de milices priistes (du parti PRI), paramilitaires et policières. Le mouvement exige également la libération des prisonniers politiques et l’annulation des mandats d’arrêts contre les membres de l’APPO et du syndicat des enseignant-e-s. Depuis septembre, le gouvernement fédéral assiège progressivement la ville en envoyant à ses abords, des forces de l’armée nationale, de la marine, de la police fédérale préventive, ainsi que de l’agence fédérale d’investigation (AFI) (police politique). Depuis près de deux mois, le mouvement vit dans l’angoisse d’une attaque frontale. A la mi-octobre, la répression avait déjà provoqué dix morts, principalement le fait de milices partisanes et de la police fédérale préventive.
Depuis samedi 28 octobre, la guerre a été déclarée au peuple oaxaquénien. Dans deux quartiers à forte résistance organisée (Santa Lucía et La Experimental) des miliciens du PRI et des paramilitaires ont attaqué les barricades en plusieurs endroits. Quatre personnes ont été abattues par balles : une enseignante et un enseignant, un membre de l’Appo et un caméraman étasunien du réseau de médias alternatifs Indymedia. Des dizaines de personnes ont également été blessées et une cinquantaine sont portées « disparues ». Cette attaque armée - volontairement « non officielle » - est aujourd’hui le prétexte à une intervention massive et officielle de l’armée et de la police, dans le but de « rétablir » l’ordre dans la ville. Aujourd’hui 29 octobre, 3500 effectifs militaires et policiers sont en train de pénétrer au centre-ville et d’attaquer plusieurs barricades et rassemblements de manifestant-e-s. En solidarité, des dizaines de milliers de personnes ont « pris » spontanément les routes aux abords de Oaxaca pour tenter de stopper pacifiquement l’entrée des troupes dans la ville.
Un massacre est en route contre un mouvement populaire qui se dresse depuis des mois contre le modèle de société néolibéral, raciste, sexiste et autoritaire. La répression exercée à son encontre, loin d’être isolée, s’inscrit dans une logique d’agression contre diverses organisations populaires, syndicales, paysannes, féministes et indiennes dans cette province. Toute organisation remettant en question le pouvoir des « caciques » locaux (notables et propriétaires terriens) priistes subit la loi de leurs gardes blanches (paramilitaires). Malgré de nombreuses dénonciations internationales, l’impunité règne encore au Mexique et la répression que vit aujourd’hui Oaxaca confirme l’intensification de l’offensive conservatrice dans l’ensemble du pays.
Communiqué du groupe de solidarité avec le Chiapas Ya Basta-Lausanne, 29 octobre 2006 Contact : lunadebrujas@yahoo.fr
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