Zurich: MORT SUR LE TARMAC: DEUX REQUÉRANTS TÉMOIGNENT
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  19-03-2010 08:35
Auteur : info :: : http://www.youtube.com/watch?v=k-EuBSkUgh4
 
 
  RENVOIS FORCÉS - Un requérant d'asile nigérian de 29 ans est mort mercredi soir à l'aéroport de Zurich-Kloten alors qu'il allait être renvoyé dans son pays par vol spécial. En grève de la faim, il a succombé à un malaise peu après avoir été ligoté de force. «On nous a traités comme des animaux», témoignent Julius et Emmanuel, deux compatriotes qui ont assisté au drame. L'avion pour Lagos n'a pas décollé. L'Office fédéral des migrations a annoncé qu'il supprimait tous les vols spéciaux d'expulsion jusqu'à nouvel avis.  
     
  ARIANE GIGON, ZURICH

La chanson «Samson»
 http://www.youtube.com/watch?v=k-EuBSkUgh4

des rappeurs du groupe Instinct Critik est en ligne depuis trois jours à peine. Les jeunes activistes valaisans ne savaient pas que leur texte, rappelant la mort, par étouffement, du Nigérian Samson Chukwu en 2001 lors d'un renvoi forcé, serait à ce point dans l'actualité.Mercredi en fin de soirée, un autre Nigérian, requérant d'asile débouté de 29 ans, est mort sur le tarmac de l'aéroport de Zurich-Kloten avant d'être embarqué, de force, dans un avion pour Lagos. «Cela ne nous étonne pas, dit le chanteur d'Instinct Critik qui ne veut pas que son nom soit cité. Cela continue comme avant Samson. C'est même étonnant qu'il n'y ait pas plus de morts.»

En grève de la faim
On ne sait pas grand-chose de l'homme décédé. En Suisse depuis 2005, il avait été condamné à une peine de prison ferme, indique Urs von Arb, chef de la division retour de l'Office fédéral des migrations (ODM). Sa demande d'asile avait été rejetée. «Selon ce qu'il disait, il n'avait pas de famille en Suisse»,indique le responsable.

Selon le communiqué de la Police cantonale zurichoise, l'homme, qui ne s'alimentait plus depuis quelques jours, «a essayé de s'opposer à l'expulsion et n'a pu être attaché que par la force. Peu de temps après, il a soudain rencontré des problèmes de santé et ses entraves ont été défaites».

Malgré l'intervention des secours sanitaires, il est décédé sur le tarmac. Le vol a été annulé.Le Parquet de Winterthour a ouvert une enquête, mais rien n'a filtré des premiers interrogatoires, hier. L'Institut de médecine légale de Zurich a été sollicité. L'ODM a suspendu provisoirement tous les vols spéciaux.Julius et Emmanuel, de leur côté, ont presque tout vu. Et ils en sont traumatisés. Ces deux Nigérians auraient dû quitter la Suisse dans le vol de nuit de Zurich. De retour, dans la nuit, au Centre de détention administrative romand de Frambois, dans le canton de Genève, ils témoignent de ce qu'ils ont vu à Zurich.

«On nous a traités comme des animaux», répète, encore apeuré, Emmanuel.Julius et Emmanuel expliquent comment «plus de 60 policiers» - pour 16 hommes à expulser - les ont accueillis vers 22 heures à Zurich-Kloten. Les hommes doivent uriner dans des bouteilles avant de monter dans l'avion.«Les policiers nous ont attachés en différents endroits du corps et mis un casque comme ceux des boxeurs, racontent les deux hommes.

On ne pouvait pas bouger.» Julius, un grand gaillard d'une quarantaine d'années, dit avoir parlé avec son compatriote décédé, qu'il ne connaissait pas, dans la salle où tous les requérants déboutés sont entravés, avant d'être isolés dans des cabines. «Il avait l'air en forme», dit Julius, surnommé «le médiateur du carcéral».S'ils avaient, jusque-là, refusé de partir volontairement, Julius et Emmanuel avaient finalement accepté - c'est aussi le rôle du Centre de Frambois - leur retour au Nigeria.

«Je voulais retrouver la liberté, dit Julius, je n'avais jamais été en prison avant cela.»Julius et Emmanuel ne comprennent pas qu'on attache des gens qui sont d'accord de partir. «Les policiers ont serré les entraves si fort que cela faisait mal. Les policiers vaudois qui nous accompagnaient les ont desserrées en cachette.Ce décès survient alors que l'ODM est en train d'élaborer un manuel sur l'application de la loi sur l'usage de la contrainte. «Il est en train d'être finalisé avec les cantons, précise Urs von Arb. Si des éléments nouveaux émanent de ce qui vient de se passer à Zurich, nous le modifierons.»

La police zurichoise épinglée
Pour Amnesty International, qui indique avoir souvent des problèmes d'éthique avec la police zurichoise, il serait primordial de «former les policiers à la désescalade des conflits, indique Denise Graf, spécialiste du dossier. Tous les cantons ne le font pas. Il est absolument inacceptable d'aller chercher les expulsés la nuit, en entrant dans leur cellule à six ou sept policiers, parfois masqués, comme dans les Grisons. De plus, un dialogue avec les requérants déboutés permettrait souvent d'éviter le retour de force. Avec les budgets exorbitants de ces retours, on financerait des programmes de retour individuels adéquats.»
 
     
   
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